Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prose

 

Auteur: Mercury80

Status: Complète

Série: City Hunter

 

Total: 55 chapitres

Publiée: 11-04-21

Mise à jour: 24-08-21

 

Commentaires: 36 reviews

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DrameRomance

 

Résumé: "Je survivrai par n'importe quel moyen pour celle que j'aime." Survivras-tu pour moi ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Toi et moi sans toi" sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

Astuces & Conseils

Comment faire pour mettre une image dans une fanfiction?

 

C’est simple. Pour illustrer votre texte, il suffit de m’envoyer les images en question et de me dire où elles devraient se situer dans le texte. Je m’occupe du reste. Il faut vous connecter et utiliser le même email que celui que vous m’avez donné en vous inscrivant.

 

 

   Fanfiction :: Toi et moi sans toi

 

Chapitre 8 :: Chapitre 8

Publiée: 30-05-21 - Mise à jour: 30-05-21

Commentaires: Bonjour, voici la suite de l'histoire. Bonne lecture, à jeudi pour la suite et merci pour vos commentaires^^

 


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Chapitre 8  

 

- Monsieur Saeba… Monsieur Saeba, vous m’entendez ?  

 

J’entends la voix qui me paraît venir de si loin dans le brouillard où je suis plongé. Mes yeux n’ont pas quitté l’emplacement où était ton lit il y a encore quelques secondes, devrais-je dire minutes ? En fait, je n’ai aucune idée du temps qui a passé depuis qu’on t’a emmenée. Les appareils sont restés, quelqu’un les a éteints sans que je vois qui, mais rien d’autre ne témoigne de ta présence ici. Pas une trace de sang, pas de compresses, rien…  

 

- Monsieur Saeba., m’appelle-t-on, touchant mon avant-bras.  

 

Je me tourne vers la demoiselle en blanc sans savoir si j’ai vraiment envie d’entendre ce qu’elle a à me dire. J’ai beau avoir confiance en toi, je crains le pire et je ne suis pas prêt à l’entendre.  

 

- Venez vous asseoir., me dit-elle, m’entraînant vers une chaise de ta chambre.  

 

Je me laisse faire. Je me sens complètement abasourdi, vidé de mes forces et de ma volonté. Je suis perdu. Tout a été si vite…  

 

- Monsieur Saeba, votre femme…, commence-t-elle.  

- Non, ne me dites pas qu’elle est morte., la supplié-je.  

 

J’entends presque les sanglots dans ma voix. J’ai peur, Kaori. J’ai tellement peur et je ne sais pas comment gérer cela. Je dois vraiment avoir l’air désemparé parce qu’elle me regarde avec compassion tout en prenant ma main.  

 

- Votre femme a fait une nouvelle hémorragie interne et on a noté la présence d’un anévrisme de l’aorte., m’explique-t-elle.  

- L’hémorragie, c’était son aorte ?, lui demandé-je, tentant de recoller les morceaux du puzzle, me rendant compte de la dangerosité.  

- Non. D’après les images de l’échographie, l’anévrisme aortique n’était pas rompu, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas grave. Ce sont le foie et la rate qui ont recommencé à saigner., me dit-elle.  

- Monsieur Saeba, dans la plupart des cas, un anévrisme aortique met déjà la vie du patient en danger. Votre épouse est déjà très faible, son état général est instable. Il est possible que Kaori ne s’en sorte pas même si nous ferons le maximum., m’apprend-elle.  

- Je veux être seul., lui dis-je.  

 

Elle acquiesce et me laisse là comme je le lui ai demandé. Les coudes sur les genoux, mon visage posé sur mes mains jointes, je ferme les yeux et essaie de m’accrocher pour ne pas perdre pied. C’est la troisième fois qu’on m’annonce que tu vas probablement mourir en trois jours. Je n’en peux plus, Kaori. Je ne sais plus où j’en suis. Je ne sais plus si j’ai bien fait de m’accrocher.  

 

- A quoi tu penses ?  

 

J’entends ta voix mélodieuse et relève les yeux. Tu es devant moi dans la cuisine, préparant le repas. Je te vois poser le couteau et venir t’asseoir à mes côtés, certainement à cause de mon regard sombre, peut-être torturé, que je ne te cache plus vraiment depuis quelques temps.  

 

- Ca fait un an maintenant., te dis-je.  

- Oui, je sais. Tu veux en parler ?, me proposes-tu.  

- Je me demande toujours si je n’ai rien raté, si je n’aurais pas pu trouver une autre solution.  

 

Ta main se pose sur la mienne, ton autre bras entoure mes épaules et ta joue atterrit sur mon épaule, ton regard tourné vers moi. Je sens ta chaleur contre moi, ton parfum qui m’entoure et ça redonne un peu d’humanité au monde dans lequel je suis plongé en plein songe.  

 

- Je pense que c’était ce qu’il voulait. Il voulait que tu l’arrêtes. Il devait penser que tu étais le seul à pouvoir le faire, peut-être pour expier le mal qu’il t’avait fait en te plongeant dans la guerre ou dans la poussière d’ange, peut-être parce que tu étais le seul qui comptait réellement à ses yeux et pour qui il avait du respect…, me réponds-tu.  

 

Je te regarde et tu lèves les yeux pour mieux croiser les miens, aucun doute ne perçant dans tes prunelles noisettes. C’est ce que j’aime chez toi : tu sais me parler sans me bercer d’illusions, tu sais adoucir des choses difficiles à dire sans me les cacher. J’ai appris à écouter avec toi.  

 

- Kaïbara n’avait pas une grande conscience, tu sais. Son amour du prochain se limitait à lui distribuer poudre et fusil., dis-je, ironique  

 

Je ne peux malgré tout pas m’empêcher de ruer dans les brancards, ce qui te fait sourire. Je ne sais pas pourquoi je dis cela, j’ai peut-être besoin que tu me rassures encore, que tu me montres ce qui a changé entre nous depuis quelques semaines à peine. C’est tout neuf pour moi. J’ai encore du mal à croire que tu n’aies pas fui en commençant à découvrir celui que je suis en dessous de la carapace.  

 

- S’il n’avait pas une si grande conscience que cela, pourquoi m’a-t-il laissée en vie alors qu’il m’avait à sa merci quand il est venu à l’appartement ? Pourquoi t’a-t-il recueilli quand tu n’avais que trois ans ? Ce n’est vraisemblablement pas à cet âge qu’il pouvait déjà t’envoyer au front ou te filer de la drogue ? Je ne dis pas que c’était un bon samaritain mais il a quand même dû investir un minimum pour te former à tenir une arme sans être sûr que tu tiendrais plus de quelques jours., me réponds-tu.  

 

Je t’observe, surpris, et me mets à rire de bon cœur. Je ne devrais pas parce que ce n’est pas un épisode risible de ma vie mais ton approche est… inédite.  

 

- A t’écouter, je lui décernerai presque une médaille., te dis-je.  

- Je n’irai pas jusque là. Si une certaine personne n’avait pas autant cherché à me protéger, je lui aurais certainement collé une balle entre les deux yeux moi-même pour ce qu’il t’a fait., répliques-tu, un regard déterminé me fixant.  

 

Si je t’avais laissée perdre tes valeurs, tu l’aurais certainement fait et, même si je suis touché de cette volonté de me protéger, je suis heureux que tu n’en sois pas capable.  

 

- Ce que je veux dire, c’est que tout n’est pas blanc ou noir. En ce qui concernait ta relation avec Kaïbara, il y avait beaucoup de gris. C’est normal que tu te poses des questions mais je pense très honnêtement que tu as fait ce qu’il fallait, que c’était ce qu’il cherchait en venant t’affronter sur ton propre terrain., m’assures-tu.  

- Peut-être même qu’envoyer Mick était un calcul de sa part, le sauver… ça, je ne sais pas mais je me demande encore pourquoi il l’a fait alors qu’il avait missionné sa mort. Ca n’a pas de sens., ajoutes-tu, pensive.  

 

Je me suis également posé la question pendant un long moment avant de me dire que c’était juste un des illogismes de Kaïbara ou alors un calcul pour m’atteindre ultérieurement. C’est une question qui restera à jamais sans réponse mais ni Mick ni aucun d’entre nous ne s’en plaindra.  

 

- Certaines choses n’ont semble-t-il aucun sens. On ne peut qu’accepter ce qui se passe et apprendre à vivre avec, essayer d’en tirer quelque chose de positif., conclues-tu.  

- Difficile d’accepter qu’il y ait des choses qu’on ne puisse pas contrôler., admets-je.  

 

Ton regard se fait sérieux un long moment alors que tu m’observes, comprenant certainement mon besoin de contrôle, puis, soudain, il se fait chaud et pétillant et je ressens cette vague de chaleur m’envahir.  

 

- Alors ne t’inquiète pas, je resterai sous ton contrôle., me dis-tu d’une voix qui me fait frémir de la tête aux pieds.  

- Toi sous mon contrôle ? La bonne blague… Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi impétueux., plaisanté-je.  

- Tu sais ce qu’on dit, l’espoir fait vivre., me réponds-tu, te relevant et retournant à la préparation du repas.  

 

Je te regarde faire un moment, l’apaisement me gagnant à avoir pu exprimer ce qui me taraudait depuis un moment auprès d’une oreille compréhensive. Je finis par me lever et je t’enlace, me collant contre ton dos. Tu te laisses légèrement aller contre moi tout en continuant à émincer et ce moment dure une minute, peut-être deux, sans qu’aucun mot ne soit échangé, le seul bruit brisant le silence étant celui du couteau qui claque contre le bois de la planche.  

 

- Je ne veux pas te contrôler, Kaori. Il y a beaucoup de choses que j’aimerais maîtriser mais pas toi. Je sais que je peux compter sur toi et ça me suffit., te dis-je.  

- Tu pourras toujours compter sur moi. Je suis là, Ryo. Je ne te quitte pas., m’assures-tu.  

- Je ne te quitte pas., répété-je dans un murmure.  

 

Je dois garder confiance, me dire que ça va aller, que tu seras assez forte pour survivre à cette nouvelle épreuve. Je donnerais tout pour pouvoir être à tes côtés, te tenir la main et t’encourager mais je dois compter sur le poids des souvenirs qu’on s’est forgés pour te donner la force dont tu as besoin.  

 

- Monsieur Saeba ?  

 

Je lève les yeux et acquiesce à l’infirmière qui est à la porte de ta chambre. Elle entre et vient me faire face.  

 

- Je viens d’avoir des nouvelles du bloc. Elle s’accroche., me dit-elle.  

- Merci. Attendez…, l’interpelé-je.  

- Vous avez des questions ?  

- Oui. Comment… Comment ça a pu arriver ? Je veux dire l’anévrisme aortique. Pourquoi on ne l’a pas vu avant ?  

- Il est possible qu’il n’était pas présent au moment de l’accident et des premières images. Il a pu se développer après si la paroi était déjà fragile. Kaori fume ?, me demande-t-elle.  

- Non. Pourquoi ? C’est un facteur aggravant ?  

- Oui.  

- Je fume. Ca l’impacte, non ? Ca pourrait être une incidence de mon tabagisme ?  

- Oui, c’est possible mais ça peut aussi être une conséquence à retardement de l’accident., me répond-elle.  

 

Je serre les dents un instant avant de soupirer. Ca ne sert à rien de commencer la litanie des « et si ». Je ne peux pas tout contrôler. En revanche, je peux me préparer.  

 

- Que lui font-ils en chirurgie ?, l’interrogé-je.  

- Ils vont réparer la paroi de l’aorte qui est fragilisée, la remplacer par une prothèse sur la longueur nécessaire., m’explique-t-elle.  

- Ils vont aussi réparer sa rate et son foie., me dit-elle.  

- Ils sont donc plusieurs ?, comprends-je.  

- Oui plus l’équipe autour.  

- Ca fait beaucoup de monde… Pourquoi mobiliser autant de monde alors que vous ne pensez pas qu’elle va survivre ?  

- Parce que c’est notre travail. Vous ne pensez plus qu’elle va s’en sortir ?, me demande-t-elle.  

- Si, je pense toujours qu’elle en est capable.  

 

J’aurais peut-être dû prendre le temps de peser le pour et le contre, de revoir les données en ma possession mais je n’ai aucun doute. Tu ne me quitteras pas. Tu feras tout ce qu’il faudra pour qu’on finisse notre vie ensemble. Tu n’as pas attendu sept ans… dix ans, me corrigé-je repensant à la photo, pour n’avoir eu qu’un an ensemble. Ca serait horriblement injuste et j’ai envie de croire qu’on aura droit à un peu de justice, même imparfaite.  

 

- Parce que, si vous n’y croyez plus, autant changer vos consignes et la laisser partir sans plus de souffrance la prochaine fois., me dit-elle d’une voix neutre.  

 

Je lève les yeux vers elle et scrute son regard pour savoir ce qu’elle en pense réellement. Dois-je me fâcher contre elle ou simplement lui répondre…  

 

- Ce ne sera pas nécessaire. Ma femme est une battante. Je ne changerai pas mes consignes. Ce n’est pas la fin de sa vie., lui affirmé-je.  

- Très bien. Alors restez positif. Elle en aura besoin., me conseille-t-elle.  

 

J’acquiesce, soulagé qu’elle ne cherche pas à me convaincre de te laisser partir, de mettre fin à tes souffrances.  

 

- Allez prendre l’air ou boire un café, Monsieur Saeba. Ca vous fera du bien. Nous, nous nous occupons de Kaori. Je vous appelle si on a des nouvelles., me dit-elle.  

- Je ne veux pas sortir d’ici., lui opposé-je.  

- Pas longtemps, Monsieur Saeba. Quelques minutes, le temps de redescendre en pression et d’avoir les idées claires lorsque les chirurgiens viendront vous voir lorsque Kaori reviendra., insiste-t-elle.  

 

J’hésite, regarde un instant vers le couloir par lequel tu es partie et finis par me lever. Juste un café et une cigarette, histoire de retrouver un semblant de stabilité pour toi. J’enlève la tenue enfilée à la hâte, la jette dans la poubelle prévue à cet effet et sors du service. Les gestes sont mécaniques, non réfléchis, et la seule chose qui atteste peut-être extérieurement de mon état émotionnel est le léger tremblement de mes doigts en insérant les pièces dans la machine. Je commence à m’habituer au goût de ce café et mon humeur s’assombrit un peu plus. Ce n’est que du café, c’est idiot, mais je n’ai pas envie de m’y habituer. J’espère que je l’oublierai encore plus vite quand on s’en ira d’ici, tous les deux, main dans la main.  

 

Oui, je veux y croire : on rentrera tous les deux à la maison, main dans la main. On sentira l’air frais caresser nos visages comme je le ressens actuellement alors que je sors du hall d’entrée, je te regarderai prendre une profonde inspiration pour profiter des senteurs déchargées des odeurs hospitalières, tes joues se teintant d’une jolie couleur un peu rose qui nuancera ton teint diaphane après des semaines voire des mois alitée, enfermée, tes prunelles affichant ce soulagement de mettre tout cela derrière toi et la joie de rentrer chez nous et tes lèvres s’étirer en un sourire… Ah ce sourire… Il me manque, Kaori. Tu me manques.  

 

Machinalement, je sors mon paquet de cigarettes, en prenant une que je porte à mes lèvres avant de m’arrêter. Cette manie, ce vice que j’ai depuis des années et que tu m’as seulement demandé de déporter à l’extérieur de notre appartement, ça t’a peut-être porté préjudice. Je ne peux pas en être sûr mais je sais que, si c’est moi qui fume, tu subis aussi. Je sais aussi que tu préfères mes baisers sans tabac. Je remets la cigarette dans son étui et le jette dans la poubelle sans aucun souci. C’est fini pour moi, sans aucun regret.  

 

Un moment, je reste là et regarde les nuages voguer dans le ciel. C’est aussi apaisant que d’observer la fumée monter et s’évaporer dans les airs finalement. Je comprends mieux que tu puisses rester des heures – un léger sourire me prend à l’exagération – sur le toit à contempler les amas cotonneux défiler. Ramené au moment présent par un couple qui s’enguirlande non loin, je me tourne vers l’entrée pour rentrer. Rester en plan au vu et su de tous n’est pas une mesure de protection très efficace.  

 

- Vous pouvez baisser d’un ton. Il y a des chambres avec des gens qui souffrent juste au dessus., fais-je en passant aux deux qui se disputent.  

 

Je ne leur laisse pas le temps de répondre et pénètre dans le bâtiment, regagnant le service.  

 

- Elle n’est toujours pas revenue., m’informe l’infirmière au passage alors que je regagne ta chambre.  

- Je peux attendre ici ?, lui demandé-je.  

 

Elle acquiesce et repart s’occuper d’un autre patient. Debout devant la fenêtre, j’attends. L’heure tourne et mon anxiété monte. Je n’ai pas envie de me retrouver à la porte sans t’avoir vue. Si je veux espérer dormir un peu cette nuit alors que je sens la fatigue peser un peu plus, je dois pouvoir te dire quelques mots, te prendre la main et te voir. Je dois pouvoir t’encourager à tenir jusque demain.  

 

- Monsieur Saeba…, m’interpelle l’infirmière.  

 

Je me tourne vers elle, tendu, me demandant ce qu’elle va m’annoncer, mais son sourire me calme un peu.  

 

- Kaori va arriver. L’opération vient de se terminer., m’informe-t-elle.  

- Merci., soufflé-je, soulagé.  

 

Tu es vivante. Malgré les pronostics contre toi, tu es vivante et je ne t’en demande pas plus pour le moment. Tu t’accroches, ça me suffit. Je jette brièvement un coup d’œil à ma montre. Il me reste un peu moins d’une heure pour être avec toi. C’est peu mais suffisant pour te faire sentir que je suis là. Peu après, j’entends un lit rouler et tu es ramenée dans ta chambre. Je me mets à l’écart alors qu’on te raccorde aux machines en place, qu’on remet tout en ordre pour ton confort et ton suivi et ne m’approche de toi que lorsque les autres s’en vont.  

 

- Merci, Kaori., te dis-je à l’oreille.  

 

Je sens tes doigts dans les miens et frotte ma joue contre la tienne avant de m’asseoir à tes côtés.  

 

- Monsieur Saeba ?, entends-je derrière moi.  

 

Je me retourne et fais face aux deux hommes qui se tiennent près de l’entrée, approchant quand je me lève, gardant ta main dans la mienne.  

 

- Nous avons opéré votre épouse. Je me suis opéré de son anévrisme aortique. Il n’était pas très étendu. Tout va bien maintenant, m’explique-t-il.  

- Vous avez dû lui ouvrir le thorax…, constaté-je.  

 

Cette idée me glace en imaginant que tu as été ouverte du cou jusqu’en bas du ventre. Non seulement ça risque d’être douloureux mais tu devras vivre toute ta vie avec la cicatrice, avec toutes ces cicatrices…  

 

- Non. Il se situait au niveau de l’abdomen. Je laisse la parole à mon collègue., me dit le premier chirurgien, me soulageant.  

- J’ai géré les blessures au foie et à la rate de votre femme. Un point de suture sur la rate avait sauté et nous avons pu le réparer. Pour le foie, le packing a permis de stopper les saignements en surface mais certains vaisseaux en profondeur ont continué à saigner. Nous les avons ligaturés et réparé tous les dégâts., m’apprend le deuxième chirurgien.  

- Vous l’avez refermée ?, lui demandé-je, me souvenant du pansement qui fermait ton abdomen et qui me rendait malade.  

- Oui. Nous avons suturé la plaie après avoir examiné de nouveau son abdomen pour écarter tout autre lésion., me répond-il.  

- Et alors ?  

 

Je croise les doigts pour qu’il n’ait rien trouvé d’autres, que le plus gros soit derrière nous et que tu n’aies plus qu’à te remettre.  

 

- Tout le reste était intact., affirme-t-il.  

- Donc elle va s’en sortir ?, les interrogé-je.  

- Monsieur Saeba, votre femme est dans un état critique. La chirurgie qu’elle a subie a été très lourde et les risques post-opératoires sont élevés. Les prochaines heures seront décisives., m’annonce le chirurgien.  

- Je veux rester avec elle., leur dis-je.  

- Non, ce ne sera pas possible. Kaori est extrêmement faible. Elle a besoin de repos tout comme vous., m’oppose-t-il.  

- Je veux rester avec elle !, insisté-je.  

- Vous avez un quart d’heure. Après, vous êtes prié de quitter le service et de ne revenir que demain., m’assène-t-il.  

 

Je serre les dents et acquiesce. Il ne me donnera pas gain de cause et peut-être dois-je y voir un bon signe par rapport à la première nuit où j’ai pu rester avec toi. Ils ne donnaient pas cher de ta peau à ce moment-là. Peut-être que les chances sont meilleures ce soir… Peut-être… Il faut que je m’accroche à cette pensée.  

 

- Vous serez de toute manière prévenu s’il se passe quoi que ce soit., me dit-il.  

- D’accord. Un quart d’heure, ce sera alors., lui dis-je, déçu.  

- Merci à vous.  

 

Les deux hommes hochent la tête et s’en vont. Je me rassois à tes côtés. J’ai un quart d’heure pour te dire tout ce que j’ai à te dire.  

 

- Je t’aime, Kaori. Je t’aime et je sais que tu m’aimes. On a encore de belles années à passer ensemble. Tu es forte, courageuse. Tu as une autre qualité en toi : l’espoir. J’apprends, Kaori, mais j’ai de l’espoir, je pense que tu peux t’en sortir. Alors appuie-toi sur moi, appuie-toi sur nous pour te battre.  

 

Je tiens ta main, la caresse, tout en te regardant endormie en essayant d’oublier tes blessures, tes bandages et le tube qui sort de ta bouche, jusqu’au moment où je dois te laisser.  

 

- A demain, Kaori. Je compte sur toi., murmuré-je à ton oreille avant d’embrasser ta joue.  

 

Je sens l’infirmière arriver et je m’éloigne, m’arrêtant juste un instant à la porte pour te regarder une dernière fois… pour ce soir. Ce ne sera pas la dernière fois de notre vie.  

 

- Je m’en vais., dis-je à l’infirmière avant qu’elle ne me le demande.  

 

Sortir de là puis de l’hôpital est un calvaire. J’ai l’impression de t’abandonner. Ce n’est pas le cas et je pense que tu le sais mais, moi, je dois vivre avec ce sentiment. Je dois m’occuper. Si je rentre à l’appartement maintenant, je ne tiendrai jamais. Je vais tourner en rond, entouré de nos souvenirs. Je suis capable de faire une connerie dans le genre tout casser parce que la journée a été plus qu’éprouvante et la nuit ne sera pas mieux. Je décide donc d’aller gérer les petits voyous qu’on m’a signalés plutôt et de régler le problème avant qu’il ne prenne de l’ampleur Ca me calmera peut-être les nerfs. Ca fera ainsi d’une pierre deux coups.  

 

L’affaire est vite réglée et mes bonhommes finissent ficelés au milieu d’un entrepôt empli d’objets contrefaits que je signale dûment à ma jolie inspectrice. Je n’ai pas envie de répondre à ses questions sur le pourquoi de ma présence ici alors que je pourrais encore être à l’hôpital pour l’instant alors je m’en vais. J’ai besoin d’un peu de temps pour digérer et je prends la panda et retourne vers Shinjuku. Je tourne un moment dans la ville avant de m’arrêter sur le parking de l’hôpital.  

 

J’observe les fenêtres sachant que je ne pourrais te voir parce que ta chambre donne sur l’arrière du bâtiment mais, dans ma tête, je t’imagine très bien. Tu es immobile, aucun de tes traits ne bouge, ton corps ne montre rien même pas un frémissement en apparence mais, à l’intérieur, tu te bats de manière acharnée contre la douleur, contre la fatigue, contre les possibles infections qui pourraient t’attaquer, contre le désespoir. Je sais que tu te bats et je m’accroche à cette idée quand je remets le moteur en route. Si tu te bats, je peux le faire aussi.  

 

Il est vingt-et-une heures lorsque je m’arrête devant le Cat’s et c’est sans grande surprise que je vois mes deux couples d’amis présents ainsi que Reika mais je n’entre pas de suite, entendant un vrombissement de moteur familier.  

 

- Merci pour le coup de filet., me salue Saeko alors qu’on entre dans le café.  

- De rien. J’avais du temps à tuer., lui dis-je.  

 

La remarque attire tous les regards sur moi et je sens la question qu’ils se posent tous.  

 

- Kaori a failli mourir aujourd’hui. Elle a fait une nouvelle hémorragie. Ils ont découvert un anévrisme de l’aorte et ils ont dû l’opérer en urgence., leur apprends-je d’une voix neutre.  

- Comment va-t-elle ?, demande Miki.  

- Elle est vivante. Les prochaines heures sont critiques d’après les médecins., réponds-je.  

- C’est un miracle dans son état., pipe Kazue, livide.  

 

Elle sait. Elle est dans le métier, elle sait à quel point tu l’as échappé belle pour le moment et à quel point tu es encore en danger maintenant.  

 

- Elle est forte. Ca ira., intervient Mick, posant une main sur son épaule.  

- Ca ira, n’est-ce pas ?, lui demande-t-il, croisant son regard anxieux qui l’inquiète.  

- Ca ira.  

 

Ma voix est déterminée et sans faille. Aucun d’entre eux ne doit douter que tu t’en sortiras. J’ai besoin de leur force autant que de me montrer fort pour eux. C’est essentiel pour nous tous, c’est essentiel pour toi.  

 

- Ca ira, vous verrez. Vous connaissez tous Kaori, elle est forte., leur dis-je.  

- Alors croyez en elle comme elle a cru en chacun de vous. Et, en attendant qu’elle nous revienne en pleine forme, on s’en tient à la version qu’elle est partie. S’il vous faut une raison, vous n’aurez qu’à dire qu’elle en a eu assez de mon comportement et qu’elle s’est barrée du jour au lendemain. Reika m’a proposé de la remplacer et j’ai accepté donc, officiellement, elle devient ma partenaire.  

 

Je sens les regards surpris de mes amis que la jeune détective a toujours un peu agacés mais je m’approche d’elle et fais front.  

 

- Nous savons tous les deux ce qu’il en est., leur dis-je.  

- Je ne veux pas prendre la place de Kaori, juste permettre à Ryo de pouvoir un peu plus facilement concilier le tout… comme vous tous., ajoute-t-elle.  

- Quand elle reviendra, je m’effacerai.  

- Saeko, le rapport de police concernant l’accident est bien verrouillé comme je te l’ai demandé ?, l’interrogé-je, faisant référence au message que je lui ai envoyé plus tôt dans la journée.  

- Oui. L’enquête est bouclée. L’autopsie a révélé que le premier conducteur qui vous a percutés a bien fait un infarctus. Il était mort avant même de vous avoir touchés. J’ai enquêté sur tous les conducteurs et ils n’ont aucun lien avec la pègre. C’était bien fortuit., m’apprend mon amie.  

- Difficile de croire que tout cela n’est qu’accidentel., pipe Miki.  

- Pourtant, ça l’est. On s’est tous concentrés sur ce qui pouvait arriver dans le milieu mais les dangers de la vie courante nous guettent aussi., répond Umibozu.  

- Malgré tout, on doit continuer à vivre. C’est ce que Kaori voudrait et ce que nous devons faire pour elle et pour sa sécurité. Nous sommes tous d’accord ?, leur demandé-je.  

 

Tous se regardent puis me regardent et acquiescent et je hoche la tête en remerciement. Il est l’heure pour moi de rentrer chez nous même si je n’en ai pas plus envie que ça mais, avant de partir, je décroche mon téléphone.  

 

- Bonsoir, Ryo Saeba, comment va ma femme ?, interrogé-je l’infirmière Yoshi.  

- Ses constantes restent stables et elle n’a pas fait d’arrêt depuis que vous êtes parti, Monsieur Saeba. Je vous appellerai demain matin avant la fin de mon service pour vous donner de ses nouvelles ou avant s’il se passe quelque chose., me promet-elle.  

- Merci. J’espère ne vous avoir que demain matin alors., lui réponds-je avant de raccrocher.  

- Kaori tient le coup pour le moment. Essayez de dormir. Vous avez tous une sale tête., me moqué-je, sachant que, de nous tous, c’est certainement moi qui mériterais le plus la vanne.  

- Oh, et si l’un de vous peut me dégoter les plans de l’hôpital, je ne serais pas contre.  

- On devrait pouvoir te trouver cela., m’affirme Mick.  

- Laisse faire les pros, l’amateur., réplique Falcon.  

 

Mon américain d’ami bondit de son siège et fait face au géant. A défaut de le toiser, il lève les yeux pour le regarder dans le noir de ses verres.  

 

- Qui tu traites d’amateur, l’aveugle ?, réplique-t-il.  

- A ton avis, il n’y a que trois hommes ici et un seul amateur. Puisque Ryo est mon égal, ça ne laisse plus que toi…, s’amuse Umi, ses lèvres à peine relevées en un léger sourire.  

- Tu vas voir si je suis un amateur…, gronde l’autre.  

 

Je sens un sourire étirer mes lèvres à ces moments de normalité et je ne le réprime pas comme ce matin. Je préférerais que tu sois à mes côtés mais je dois appliquer mes propres paroles : on doit continuer à vivre, positiver. Tu vas revenir parmi nous, ce n’est qu’une question de temps.  

 

- Je vous laisse à votre combat de coqs., leur dis-je, me dirigeant vers la sortie.  

- Merci à tous…, laché-je juste avant de refermer la porte derrière moi.  

 

Je reprends la voiture et rentre chez nous. 

 


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