Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated R - Prosa

 

Autore: patatra

Status: In corso

Serie: City Hunter

 

Total: 21 capitoli

Pubblicato: 02-03-11

Ultimo aggiornamento: 24-02-21

 

Commenti: 154 reviews

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GeneralDrame

 

Riassunto: City Hunter nexiste plus. Aprs avoir accept une mission, Kaori rencontre un homme qui veut dtruire City Hunter et qui y russit. Qui est cet homme ? Que veut-il Ryo ? Comment ragit Kaori ? Pourquoi Ryo perd-il son ange ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Le vent", except celui de Keiji, sont la proprit exclusive de Tsukasa Hojo. Le personnage de Keiji m'appartient exclusivement.

 

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   Fanfiction :: Le vent

 

Capitolo 1 :: Treize mois

Pubblicato: 02-03-11 - Ultimo aggiornamento: 27-07-12

Commenti: Bonjour, voici donc le chapitre 1 remani, le niveau du prcdent me dsesprait et je me suis dcid rcrire les premiers chapitres (certainement les 6 premiers), dont je ne suis pas du tout satisfait. Je mettrai jour chaque fois que je publierai un nouveau chapitre (l jen suis au 18). Jespre ainsi homogniser cette histoire, ma premire, qui me tient cur. Nouveau lecteur : tu risques dtre du par le second chapitre si celui-ci na pas t rcrit donc soit tu te lances quand mme (vive le courage), soit tu patientes jusqu la prochaine maje. Bises.

 


Capitolo: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21


 

Chapitre 1 : TREIZE MOIS
 

 

 

Elle tait assise sur lui, califourchon, son corps aux courbes harmonieuses soulev dans un rythme lent dont elle tait seule instigatrice. Ses cheveux courts acajou caressaient son cou, en fait chaque fois que sa nuque ployait vers larrire sous les dcharges de plaisir qui accablaient son entrejambe. Elle luttait contre ce mouvement instinctif, ne souhaitant dtacher ses yeux de lhomme sur lequel elle se cambrait et qui contemplait en silence ses petits seins se balancer. Il semblait hypnotis par le ballottement sensuel involontaire. Presquabsent. Elle secoua lgrement la tte, grise par le tableau qui se jouait sous elle, par la puissance surhumaine du torse dont il semblait cet instant que les muscles taient bands au maximum. Un rle ponctua le silence et une nouvelle contraction balaya son ventre.  

 

Le dsir  

 

Animal,  

 

Indit,  

 

Incroyable,  

 

Insouponnable avant lui.  

 

 

 

Ses seins... Il suivait avec fascination le mouvement, ascendant, descendant, les ttons roses chahuts ne savaient comment lutter contre cette force invisible. Les lois de la gravit offraient naturellement aux prunelles connaisseuses le plus excitant des spectacles. Oh oui, cette vision lexcitait, faiblesse masculine laquelle il nchappait pas. Il en sourit.  

 

Prenant ce sourire pour une invitation, elle se pencha, rduisant ainsi la distance entre leurs bustes, et vint happer la bouche du beau brun quelle chevauchait avec ardeur.  

 

Douces, fondantes ses lvres taient si douces.  

 

Il subit le baiser avec un plaisir indniable et entrouvrit lesdites convoites afin de la laisser goter sa langue. Mlange sucr et aphrodisiaque qui enflamma ses sens. Dans la foule, il emprisonna chacune des fesses, englobant les rondeurs de ses paumes, y enfonant ses doigts, et se dcida accompagner le mouvement de sa cavalire. Quelque peu surprise par le massage des plus sensuels, elle laissa chapper un gmissement langoureux. Ce rle sonna aux oreilles masculines comme un appel lorgasme, une supplique dachvement. Il entreprit alors de rpondre favorablement aux volonts de la belle et de la mener l o le gmissement deviendrait cri. Pour se faire, il enroula un bras autour de sa taille, bloqua les hanches dlicates afin de leur interdire toute fuite, et prit enfin linitiative du mouvement, ondulant son bassin avec puissance, la soulevant dans un rythme infernal, faisant claquer les peaux lune contre lautre chaque profonde immixtion. Il en devint presque violent et elle dt se pencher, prendre appui contre le mur pour ne pas tre dsaronne. Cependant, elle ne fut pas le moins du monde heurte par limptuosit nouvelle quil mit dans son dhanchement, bien au contraire, le plaisir arriva vite, trs vite, trop vite ; il se dchana dans tout son corps, ravagea sa raison. Ses ongles quittrent alors le mur refuge pour se planter dans la chair ferme des pectoraux qui se contractrent sous la rudesse de ltreinte et le cri de lorgasme fora bientt les lvres fminines, aussitt suivi dun autre puis dun autre encore, plus rauque et plus bestial ; la vague en elle ne cessant de venir, de partir, de mourir dans son ventre.  

 

Quel amant merveilleux il tait ! Merveilleux Jamais auparavant, elle navait t aussi comble, jamais le plaisir navait t aussi intense !  

 

La providence avait voulu jeter cet homme sur sa route, ctait lui qui lavait choisie, lui qui lavait sduite. Avec une facilit dconcertante ! Presque honteuse ! Mais les prunelles noires ne pouvaient laisser indiffrente, non, il n'existait pas une seule femme sur cette Terre qui puisse rsister cet homme. Pas une ! Lors de leur premier change, son regard lavait littralement transperce, il navait eu nul besoin de discourir ou de manier lart de la sduction, non, inutile ! La victoire tait assure. Il lavait donc simplement accoste dun air sr de son charme, appt par le trophe qui serait le sien dici peu : son corps.  

 

Pourquoi elle ?  

 

Elle lignorait encore.  

 

Elle se devait de reconnatre quelle ntait pas particulirement attirante, mme si elle se savait jolie, mais en aucune faon le terme sductrice ne pouvait sappliquer elle : ses airs de garon manqu nattiraient pas les regards, son allure gauche et timide la rangeaient plutt dans la catgorie bonne copine , bref rien de fantasmatique nmanait delle. Pourtant, lui, avait sembl sensible son charme  

 

Il stait assis la terrasse, juste en face delle, et ne lavait pas quitte des yeux. Ses joues avaient vir au rouge carmin sous le regard carnassier du tnbreux. Regard qui stait attard sur sa bouche fine, la fixant insolemment. Par rflexe dfensif, elle stait touch les lvres, souhaitant les soustraire linquisitrice curiosit, mais avait aussitt regrett son geste car, lui, lavait pris pour une invitation la rejoindre.  

 

A ce moment, la terre stait ouverte sous ses pieds, elle aurait voulu se cacher, fuir la rencontre embarrassante. Bien videmment, elle maudit sa sur dtre nouveau en retard lun de leurs rendez-vous, habitude qui, l, mettait sa timidit rude preuve, la livrait aux griffes dun homme qui, nen pas douter, ne ferait delle quune bouche. Impressionne et condamne au silence par la boule de feu qui avait pris vie dans sa gorge, elle le vit prendre place sa table, baucher un sourire dvastateur, lever un doigt pour hler un serveur, puis se tourner de nouveau vers elle pour lier enfin connaissance. Dieu merci, il engagea la conversation le premier, certainement conscient de leffet quil induisait en elle, de son vidente perte de contrle. Pour autant, tonnamment, au lieu de se laisser submerger par lapprhension, elle avait us de ce temps quil lui offrait en paroles pour admirer ses traits, dune rare perfection, dune exemplaire rgularit, dune extraordinaire finesse ; elle avait divagu, suivant la courbe de son nez, lourlet de sa bouche, la fiert de son menton. En contrepartie, elle nen tait pas dupe, il agissait de mme, les yeux onyx dtaillaient chaque partie de son visage, la scrutaient avec curiosit, avidit. A un moment, elle avait dailleurs cru y dceler une pointe de dception, alors mme quil plongeait dans labme de ses yeux ; cela navait dur quune fraction de seconde, certes, dsagrable sensation de dsenchantement, mais par bonheur, il stait vite repris, lui lanant derechef un sourire ravageur. Ce fut cet instant quelle succomba. Atrocement. Dlicieusement. Inluctablement. Elle abandonna dans la seconde lide de suivre les banalits qui sortaient de la bouche sductrice, abandonna tout autant lide de rsistance, tentative voue lchec si la folie dy cder let effleure.  

 

Il comprit rapidement que les armes venaient dtre dposes, quelle abdiquait, sans mme quil nait livrer bataille. La conversation prit alors un tour plus entendu  

 

 

 

Les cris orgastiques lui donnrent galement lenvie de jouir et il dut accepter alors, avec une certaine rsignation, que lexcitation se transforme en plaisir, dabandonner dans le ventre fminin un peu de son me, du moins un peu de ce quil lui en restait. Ses yeux se fermrent, refusant de cautionner ce qui allait suivre, et aucun son ne sortit de sa bouche lorsque les spasmes prirent possession de son corps et que celui-ci se tendit sous les dcharges jaculatoires.  

 

Il frona les sourcils son bas-ventre tait satisfait, certes, mais son esprit et son cur ne trouvrent aucun bonheur lissue de ltreinte. Il rouvrit les yeux et croisa les iris marron foncs de Taya, braqus sur lui dun air interrogateur, ne sachant interprter son attitude.  

 

Singulire, il ny avait pas dire.  

 

Il en ressentit un trange malaise, dcida de ragir. Il lui fallait dire quelque chose. Vite !  

 

- Viens dans mes bras, murmura-t-il sans grande conviction.  

 

Elle sourit, se blottit contre lui, respira profondment dans son cou, puis caressa lpaule confortable de sa bouche tout en ronronnant dapaisement. Certainement dsirait-elle quelques tendres changes, requtes fminines habituelles aprs le cot.  

 

Il clata de rire intrieurement : cot , ctait quoi ce mot ?... Horrible !...  

 

Il pencha la tte sur le ct pour lobserver. O tait donc cette ressemblance quil avait crue percevoir lors de leur premire rencontre ?  

 

Envole ?  

 

Taya soupira daise en se collant davantage lui. Trois semaines ! Oui, cela faisait trois semaines quelle lavait rencontr et cinq fois quils faisaient lamour. Seulement cinq fois. La premire, ctait juste aprs lpisode de la terrasse. Sans mme rflchir, elle lavait invit chez elle, bien consciente de ce que cette invitation revtait comme non-dits et consquences. Evidemment, il ne stait pas embarrass de dtails. Il lavait croque. Rapidement. Contre le mur du couloir. Rvlation rotique troublante. Jamais auparavant elle navait agi ainsi, sexposant de la sorte, sombrant, comme tant de ces autres dont elle critiquait la lgret, pour une bagatelle sexuelle. Cette absence de rflexion et de matrise, cette abdication devant ses instincts les plus primaires lavaient droute, lobligeant sinterroger sur cette relation addictive, ne en quelques instants une terrasse de caf. Mais le mystre entourant cet homme, le dsir de ce corps parfait avaient fait exploser ses principes dun autre ge.  

 

Pour ce qui est des envoles charnelles suivantes, un coup de tlphone avait prcd son arrive chez elle, et il lui avait brutalement prouv que lEtalon de Shinjuku ntait pas un surnom usurp. Ses mains expertes, ses reins dune puissance tourdissante lui avaient dvoil des plaisirs inconnus, cet orgasme fminin dont elle avait toujours cru quil ntait quun mythe, un graal inaccessible. Alors elle avait chavir, transporte par des dsirs honteux, des caresses dlicieusement oses, exiges par lui, et quelle excutait maintenant avec une soumission inhabituelle, une concupiscence culpabilisante. Pourtant le comportement distant de son amant, la difficult quelle prouvait crer avec lui une relation autre que celle quil imposait, uniquement sexuelle, induisaient un malaise persistant, un lancinant sentiment dinscurit affective. Mais elle tait incapable de le repousser, de lui refuser ses faveurs, son cur lui dictait dtre patiente, comprhensive, presque soumise devant celui quelle devinait meurtri, corch, malheureux.  

 

 

Ryo tait gn du regard tendre et appuy que Taya posait sur lui. Pourquoi tait-il revenu vers elle ? Ctait stupide ! En fait non, pas stupide Simplement plus fort que lui Il refusait encore de ladmettre mais il revenait pour cette mme raison qui lavait pouss laborder il y a maintenant trois semaines cette terrasse de caf. La ressemblance. Elle avait la mme allure, quoique moins arienne, la mme chevelure, les reflets acajou dansaient dans ses mches folles, envotante farandole solaire. Elle irradiait aussi dune certaine inexprience, pas tout fait linnocence naturelle qui le dsaronnait autrefois, mais elle sen approchait quand mme et puis,, et puis il y avait aussi ces quelques autres dtails comme la courbe de ses sourcils, ce pli dexaspration au coin de la bouche ; tout cela lavait amen lui parler, vouloir la sduire. Les moments dapproche staient rvls jouissifs, conqute interdite de celle quelle reprsentait en toute ignorance. Hlas, trs vite, il avait d se rendre lvidence : cette lumire dans le regard quELLE possdait et dont, l, il ne pouvait que constater labsence, le sourire de Taya tait mutin, certes, mais ne le clouait pas sur place, quant au grain de peau  

 

Incomparable  

 

Non, ce ntait pas elle ! Il ny avait rien dELLE !  

 

La ressemblance tait grossire et il devait tre bien las pour sy tre laiss prendre. Du coup, la chasse avait perdu de son attrait et il avait ralis que ses babines ne goteraient pas les saveurs fantasmes, entraperues par erreur. Cependant, il avait tout de mme mis un point dhonneur la possder, faire sienne la ple copie de cette ancienne autre quil abhorrait maintenant, histoire de se prouver quil tait encore capable de prendre femme, de faire crier de plaisir, de stourdir aussi, de trouver dans les bras fminins le rconfort dont il avait cru quil lui serait salutaire, de se sentir un peu vivant, encore. Mme sans Elle.  

 

Combien de temps dj ?... Il frona les sourcils.  

 

Pourquoi se posait-il la question ? Ctait ridicule chaque heure qui passait se rappelait cruellement lui. Treize mois et deux jours. Sans Elle. Le 12 juin. Aprs cette sale affaire qui lui avait ravi son ange. Elle ne mritait plus ce surnom dailleurs, non elle ne le mritait plus ! Et y repenser lui tordait les entrailles. Il devait se matriser, matriser son esprit, ses penses, et viter de les laisser divaguer dans le pass.  

 

Ce nest que le pass et a ne fait pas mal... Tenta-t-il de se convaincre.  

 

Sa mchoire se crispa sous la douloureuse dconvenue, lesprit se montre fantasque et indocile parfois et refuse de se soumettre la raison.  

 

Taya sappuya sur son avant-bras et scruta le visage ferm de son amant, essayant de deviner les tourments qui le proccupaient. Lorsquil sen aperut, le malaise le rattrapa nouveau et il chercha lide dune diversion. Il la trouva bien vite heureusement. Et pour elle, et pour lui. Alors il lui sourit dun air coquin, attira son visage et lembrassa fougueusement. Langoureusement, il lui indiqua quune autre partie de son anatomie attendait ses baisers. Les lvres amoureuses quittrent alors sans regret la bouche de ltalon, glissrent sensuellement sur le torse et la langue hardie reprit bientt du service. Ry ferma les yeux  

 

Ne plus penser.  

 

 

*********************************
 

 

 

Elle rentra chez elle prcipitamment, rlant contre cette habitude amricaine de mettre toutes les courses dans ces satans sacs en papier. Il allait craquer, ctait sr !  

 

Rh  

 

Dveine totale !  

 

Le kilo doranges schappa au moment prcis o elle sapprtait poser ce maudit sac sur la table de la cuisine, et les fruits scrasrent mollement sur le sol, laissant deviner des blessures dont ils ne sauraient gurir. Ils allaient pourrir.  

 

Immangeables !  

 

Instinctivement, elle mit la main devant sa bouche comme pour touffer le cri de la dsesprance, et sentit les larmes lui monter aux yeux...  

 

Ridicule raction.  

 

Elle se reprit et sagenouilla sur le carrelage froid pour ramasser les agrumes. Elle prit une orange dans la main et la considra de longues secondes dun air dubitatif.  

 

Que ses gots culinaires avaient chang depuis son installation aux States ! Des oranges ! Elle en avait vraiment peu mang avant darriver ici.  

 

- Le temps ne passe pas vite, murmura-t-elle dans un souffle. Jai limpression dtre ici depuis une ternit.  

 

Se faisant, elle se releva, dposa les fruits dans la corbeille puis savana dans le salon. Du coin de lil, elle aperut sa silhouette, reflte par le miroir surmontant la petite commode en bois rouge. Elle tenta de fuir labjecte image, fora son cou se tourner vers le mur oppos, aurait souhait verrouiller cette position. Mais lallure fantomatique aimantait ses yeux, cen devenait plus fort que sa rsistance, elle voulait se voir, tomber dans le gouffre tout aussi dlicieux que douloureux de la contemplation de son reflet, jubilatoire mise au pilori quelle sinfligeait elle-mme, sans indulgence aucune. Bien au contraire. Pour autant, les furieuses critiques dont elle se flagellait, les moqueries acerbes et acides quelle se servait lui semblaient bien douces compares au chtiment quelle mritait. Rsigne, elle fit face au miroir ; et ce quelle y vit ne lattrista que davantage.  

 

Quelle mine affreuse !  

 

Les cernes staient durablement installs sous ses yeux, soulignant dun trait violine disgracieux ses prunelles noisette et son teint tait particulirement gris aujourdhui.  

 

Certainement pour sharmoniser avec le temps de ce soir ironisa-t-elle.  

 

Elle grogna bruyamment et persvra dans linventaire de sa laideur. Ses cheveux avaient certes gard toute leur luminosit mais ils encadraient un visage amaigri, ple faire peur, et il fallait tre un observateur averti pour dtecter la femme sous la face androgyne. Un soupir dexaspration brisa le silence et une grimace de dgot sempara de sa bouche.  

 

Elle tait vraiment vilaine !  

 

Mais peu lui importait de toute faon. Oui, cela ne la touchait plus dtre ainsi. Dailleurs, ltre hideux qui la regardait sans complaisance au travers de la glace, possdait une difformit intrieure bien plus grande que celle quil affichait. Sa gorge se serra ce constat.  

 

Elle tait aussi moche lintrieur qu lextrieur.  

 

Kaori ferma les yeux, souhaitant se soustraire un instant lhorreur que sa propre image lui inspirait. Elle ne se supportait plus, malgr tous les efforts qui ponctuaient son quotidien, cette difficile lutte pour survivre, pour oublier, pour se pardonner aussi, elle ne se supportait plus.  

 

Son apparence navait jamais t un problme pour elle. Malgr les critiques incessantes et blessantes de Ry, elle avait toujours assum ses courbes discrtes, ses choix vestimentaires, et, quelque part, stait toujours aim . Dsormais, tout lui tait indiffrent : sa maigreur, sa presquinvisibilit, son teint de macchabe, ses sourires de faade qui ne trompaient personne, ses gestes sans dynamisme. Mais la pourriture intrieure qui la rongeait inexorablement, la trahison dont elle stait rendue coupable, du moins ctait ainsi quil avait analys ses actes, faisaient quelle ne pouvait plus se sentir, quelle sexcrait.  

 

Oui, elle se dtestait.  

 

 

Y a-t-il un moyen deffacer de ma mmoire ce que je suis ?  

 

La question resta sans rponse et Kaori rouvrit les yeux, retrouvant le monstre dans la glace. Cependant, rien ne transparut sur son visage, pas mme le haut-le-cur que sa propre vision engendra.  

 

Loubli seul serait salvateur maintenant, elle le savait, mais il ncessitait un sacrifice plus grand encore que le sursaut de vie qui en dcoulerait. Et elle ny tait pas encore prte, souhaitant conserver, mme dans la plus absolue des souffrances, les souvenirs chris du bonheur pass. Son essence, son histoire, ses amours, ses amis, sa vie, tout tait au Japon. Absolument tout.  

 

Tokyo.  

 

Tokyo, ctait Miki, Umibozu, Mick, Kazue, Eriko, Kazumi, Saeko, Reika  

 

Grand Dieu quils lui manquaient tous ! Elle jura intrieurement Elle stait enfuie comme une voleuse. Nul navait t averti de son dpart pour les US. Pas dau revoir, pas dadieu, pas dexplication donner. Oh non ! Elle en aurait t incapable. Elle se mordit les lvres jusquau sang, imaginant difficilement les paroles qui auraient d tre les siennes et que jamais elle naurait pu assumer.  

 

HONTE !  

 

Mais peut-tre savaient-ils tout maintenant ? Ry avait certainement d leur expliquer. Et, mme si elle connaissait la discrtion de son ancien partenaire, sa rpugnance spancher, il y avait fort parier que, l, ses amis ne lui avaient gure laiss le choix, avaient exig de connatre la raison de cette fuite incroyable... Lavait-il alors livre en pture ?  

 

Oh Ry !  

 

Elle se dtourna de son reflet.  

 

Lui plus que tout autre tait son oxygne, oui, il tait devenu sa vie. A lui seul, il concentrait tout son univers : lamour et la haine qui coulaient dans ses veines, navaient jamais t aussi bien inspirs que par lui, il lavait faonne sensible et pudique, l o lui ntait quintransigeance et impudeurs, il stait toujours refus la voir comme femme alors elle stait enferme dans son image de garon manqu, il avait veill sur elle comme un ange gardien alors elle stait vertue tre la meilleure partenaire possible.  

 

Elle scroula sous le poids des rminiscences.  

 

Russirait-elle tourner dfinitivement la page ? A enfouir tout ce quelle avait vcu ? A oublier celui qui tait bien plus que son partenaire ?  

 

Le manque de lui.  

 

Elle cacha son visage dans ses bras, fuyant la terrible ralit : sans lui, elle se mourait. Elle nexistait plus. Alors, certes, son corps continuait de respirer, de manger, il se mouvait, sabritait mme, tonnamment, lorsquil pleuvait, rpondait aimablement ceux qui sadressaient lui, souriait aux enfants croiss dans la rue. Mais sa conscience, elle, tait morte, dsagrge par le manque de lui.  

 

Et les souvenirs ne cessaient de harceler sa mmoire, de marteler infatigablement son cerveau. Au bord de limplosion.  

 

Et elle de sattacher au moindre dtail incrust en elle, et quelle faisait remonter par vagues, sy noyant avec dlice et suffocation. Inestimables reliques dont la simple vocation accentuait encore sa putrfaction intrieure : le rire de Ry, le timbre de sa voix, ses intonations, le plissement de ses lvres, sa puissance impressionnante, sa fragilit aussi, que tout un chacun devinait rapidement derrire le facis clownesque, mais dont il se dfendait. Et puis il y avait ses yeux, noirs comme lonyx, perants et caressants. Ses yeux Son regard  

 

Le premier quil avait pos sur elle, alors quelle ntait encore quune adolescente, lui avait dchir le ventre, annonciateur des tourments futurs, naissance inopine du sentiment amoureux qui vous cueille l o il nest pas attendu, qui ne tolre aucune rsistance et qui ancre ses racines au plus profond des chairs. Enchanement fibreux incomprhensible lorsquon na que seize ans mais qui ne cessa jamais dtendre ses ramifications et qui la laissait aujourdhui exsangue, vide, pompe de cette nergie nourricire quest lamour.  

 

Le manque de lui.  

 

Les regards sur elle qui avaient suivi staient toujours teints de saveurs diffrentes, tantt salaces, imbciles, lorsquil chavirait dans ses multiples travers, tantt attendris ou moqueurs sil tait question de ses faiblesses, parfois insondables aussi, quand elle parvenait le surprendre dans sa contemplation delle, exceptionnels moments de grce, vibrants et intenses Mais aussi, plus rarement, regards de colre et de reproches, quand il lui arrivait de dsobir et de risquer inconsidrment sa vie. Cependant, tous ces changes avaient t ptris de tendresse ; elle sen rendait compte maintenant ; et ils lavaient merveilleusement comble, enchantant son existence, teintant toutes les annes de vie commune de couleurs chatoyantes.  

 

Le manque de lui.  

 

Et il y avait aussi eu ce regard-l. Le dernier. Celui qui reste et qui empoisonne les nuits. Dur et froid. Rempli de dception. Regard qui juge et qui condamne. Il lavait pos sur elle avec un mpris insupportable, incommensurable, accompagn de cette moue de dgot qui avait repli ses lvres et que, jamais, elle ne lui avait inspire auparavant.  

 

Un sanglot explosa dans sa gorge. Mon Dieu, quavait-elle fait ?  

 

Elle ferma les yeux pour tenter de matriser la douleur qui lui enserra le cur, serpent insidieux qui habitait dornavant son thorax. Le pire dans tout ce carnage ctait quelle ne parvenait pas regretter tout ce qui avait prcd son dpart, ce qui avait provoqu son dpart. Cette affaire, cette rencontre. En peu de temps, elle avait beaucoup chang, avait muri, projete dans des considrations dadulte qui la dpassaient et auxquelles elle stait volontairement assujettie, occultant la ralit, ses obligations, son discernement. Elle stait surprise elle-mme. Quelle femme tait-elle donc ? Qui tait-elle ? Aurait-elle pu trahir lhomme qui partageait sa vie et qui lui faisait une confiance absolue ? Non, non elle naurait pas pu, ctait une certitude Mais elle lavait un peu trahi quand mme et Ryo avait tout su, tout vu, tout compris. Comment avait-elle pu le dcevoir ainsi ?  

 

Pathtiquement, elle avait tent de se dfendre, dexpliquer linexplicable, de racheter sa faute Et lui navait rien voulu entendre, avait juste lev un bras en signe dobjection, dappel au silence, lenrobant de ce regard dsillusionn, comme sil dcouvrait linfamie qui la rongeait, rvlation pouvantable. Puis, solennellement, il avait prononc la sentence.  

 

Pire que la mort.  

 

Alors elle stait tue et tait partie comme une voleuse, sans adieu quiconque, sans se retourner, avait fui tout ce qui aurait pu la retenir sur Tokyo. Jusqu la dernire seconde, jusquau dcollage, elle navait t que lchet, elle, Kaori, la droite, lexemplaire Kaori. Elle connaissait ses torts. Terribles torts.  

 

Ry seul avait su quelle partait. Ctait dailleurs lui qui lui avait demand, ou plutt lui avait-il ordonn de sloigner de lui Peut-tre aussi ntait-ce quune supplique ?  

 

Mais quimporte !  

 

La confiance tait morte. Elle avait dtruit City Hunter.  

 

- Oh, Ry, Ry, quai-je fait ? Stouffa-t-elle en joignant ses mains sur sa bouche.  

 

Il ne faut plus y penser ! Ne plus penser ! Se dit-elle surprise des perles sales qui coulaient sur ses joues.  

 

Elle ferma les yeux pour hter la course des retardataires et, bien malgr elle, son esprit lui dessina les contours dun visage masculin, des traits rguliers et fins, des cheveux noirs indociles, un regard de braise, mordor, de cette couleur dambre si dlicate et rare lorsquelle orne les iris. Mais elle coupa court la vision, secouant fort la tte. Encore et encore.  

 

Ne plus penser. Non, ne plus penser !  

 

 

 

Sayuri tait devant la porte de lappartement de sa sur et elle hsitait frapper, apprhendant ltat dans lequel elle allait trouver Kaori aujourdhui. Cela faisait maintenant six mois que sa sur avait quitt le refuge quelle avait trouv chez elle, et stait installe ici, dans un quartier populaire mais calme, afin de pouvoir vivre sa vie . Oui, cest ce quelle avait dit : vivre sa vie .  

 

Sayuri navait pas t dupe, la dcision prcipite de Kaori sexpliquait par la relation, toute neuve, quelle entretenait avec Jude. Il tait clair que lancienne nettoyeuse craignait dentraver par sa seule prsence lidylle naissante. Alors, sans hsitation, elle avait boucl ses valises, dnich un petit appart sympa et tent dy apprendre supporter la solitude.  

 

Jude , pronona la journaliste avec langueur.  

 

Ds le premier regard, il lavait sduite, son allure contracte, ses mches rebelles, son air lunaire, sa culture impressionnante lavaient touche. Son charme atypique lavait conquise. Hlas, Jude semblait hermtique aux tentatives de sduction de la jeune japonaise et il avait fallu toute la patience et la persvrance du monde pour venir bout de la rsistance naturelle du journaliste financier. Sayuri, tout dabord insensible aux hausses et baisses de la bourse, avait dclar une passion subite et indfectible pour les marchs de la finance et avait prtext ce soudain intrt pour se rapprocher de son collgue. Celui-ci ny avait pas vu les prmices dune histoire, convaincu quil tait que le sujet passionnait les foules. De bonne grce donc, il stait pli aux explications des mandres nbuleux des transactions boursires, clairant certains points, pas inintressants dailleurs, sur les dlits dinitis et autres spculations financires. La Nikkeijin (japonais expatri) coutait avec une ferveur feinte les vanescentes clarifications mais en tout tat de cause, seul le visage de Jude captait son attention.  

 

Vois-moi ! , criait-elle intrieurement.  

 

VOIS-MOI !  

 

Et un jour, il lavait vue. Dcel ltincelle amoureuse dans les prunelles fixes sur lui. Etonnant clair de lucidit qui brisa net sa prolixit.  

 

Il lui avait fallu quelques jours dintense rflexion avant quil nost proposer un dner. Elle avait accept. Evidemment. Avec empressement. Et contre toute attente, cette soire fut poustouflante. Non pas le dner qui en aurait dcourag plus dune. Non. Mais ce qui sensuivit : la balade, la main pose fbrilement sur son paule, le rapprochement des deux corps, le souffle coup, linvitation dans son appartement, le premier baiser, la premire nuit. Dj ! Chaste et lumineuse. Les caresses douces et respectueuses, les mots sobres et enflamms. Tout avait t limage de Jude. Merveilleux de retenue.  

 

 

Sayuri frappa la porte et, aprs quelques instants qui lui parurent une ternit, ce furent deux yeux rougis qui enfin laccueillirent.  

 

Je te maudis Ryo Saeba ! se dit sayuri en elle-mme.  

 

Quel homme peut se permettre de faire souffrir une femme de la sorte ? Et la plus douce dentre elles qui plus est.  

 

Sayuri ignorait tout des circonstances qui entouraient la venue de sa sur aux Etats-Unis, mais il ne lui tait pas trs difficile den deviner les raisons. Quoi dautre que cet homme goste, rustre et insensible pouvait avoir pouss Kaori fuir loin de tout ce quelle aimait ? Alors certes, elle lavait accueillie avec une joie non dissimule : la visite tait inattendue, merveilleux cadeau du ciel, occasion inespre de partager des moments intimes avec sa sur. Leurs premiers. Mais la ralit avait t toute autre : douloureuse impuissance devant la lente descente aux enfers de sa cadette. Elle avait bien essay de la questionner, den apprendre plus sur la dcision lourde de consquences, mais Kaori stait mure dans un silence absolu, et chaque nouvelle tentative de discussion dbouchait inluctablement sur des nuits de pleurs pour lancienne nettoyeuse. Aussi, trs rapidement, Sayuri avait abandonn lide dclaircir les incohrences de sa sur, nombreuses et droutantes, qui raillaient le court rcit que Kaori se bornait servir chaque questionnement. Faute de mieux, elle avait tent de joindre Saeba, mais le tlphone sonnait dans le vide, immuablement, et le rpondeur tait dbranch. Signes pour elle que la sparation tait acte, indniable, et que le temps tait maintenant la cicatrisation. Celle-ci serait longue, Sayuri en avait la triste certitude, mais elle sattellerait aider sa sur. Oui, elle sy emploierait avec tout lamour quelle avait pour Kaori.  

 

En entrant dans lappartement de lancienne nettoyeuse, la journaliste embrassa le dcor du regard et sourit. Il ressemblait vraiment la jeune japonaise, celle-ci avait mis sa marque partout : des plantes vertes, des meubles chins et peints par elle dans des couleurs vives, un miroir en bois, un canap confortable et un tapis pais, accueillant. La cuisine tait fonctionnelle, les murs repeints en blanc pour faire ressortir les faades rouges des meubles. Sayuri apprcia la quitude mensongre des lieux et savana vers la cuisine :  

 

- Jai bien besoin dun th ma chrie, a te dit ? demanda-t-elle sa sur aprs avoir dpos son pardessus sur le dossier dun fauteuil.  

 

- Avec plaisir, je viens juste den acheter aux pices, rpondit Kaori en feignant lenthousiasme.  

 

Son cur se serra alors quelle osait une illade en direction de Sayuri, celle-ci la couvait dun regard attendri. Quelle honte ! Si sa sur avait connaissance ne serait-ce que du quart de ce quelle avait fait Ry, jamais elle ne la considrerait avec tant damour.  

 

 


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