Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prosa

 

Autore: Indiana

Status: Completa

Serie: City Hunter

 

Total: 1 capitolo

Pubblicato: 08-03-10

Ultimo aggiornamento: 08-03-10

 

Commenti: 11 reviews

» Scrivere una review

 

RomanceSongfic

 

Riassunto: Et finalement si cette radio était vraiment magique ?

 

Disclaimer: Les personnages de "J'ai laissé " sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

Tricks & Tips

What is a Beta Reader?

 

A Beta Reader is a person who agrees to read and correct fanfictions of other authors. You just have to choose a beta reader and contact them by email to ask them to prof-read your work. Don't forget to give credit to your beta readers when you post your fic. Thanks.

 

 

   Fanfiction :: J'ai laissé

 

Capitolo 1 :: J'ai laissé

Pubblicato: 08-03-10 - Ultimo aggiornamento: 01-05-12

Commenti: Bonjour à tous ! Avant toute chose rassurons les troupes ... vous ne rêvez pas, ce n'est pas un effet d'optique mais bien une maje de ma part ... je sais que ça fait un long ... long ... long moment que je n'ai rien publié et je m'en excuse sincèrement ! Je suis bien consciente d'être l'un si ce n'est la pire auteur d'HFC qui ne maje que tous les 36 du mois mais je suis déjà pas une grande rapide, j'ai un boulot monstre avec la Fac et parfois, la fatigue aidant, je n'ai pas l'envie de tapoter ... Je ne peux donc pas vous faire la promesse de m'améliorer car se serait tirer des plans sur la comète mais je vais essayer ... Je tenais aussi à adresser deux grands merci : un à mes bêtas de choc qui malgré tout continuent de m'épauler avec une gentillesse remarquable et le second je l'envoie à tous les lecteurs qui supportent mon rythme, qui restent fidèles et qui continuent de me suivre ! Un immense merci ! Pour ce qui est de cet OS, c'est une songfic ... écrite rapidement et qui a pour fil conducteur la dernière chanson de Christophe Maé. Je n'ai pas l'habitude de prendre des chansons qu'on entend souvent sur les ondes mais je sais pas pourquoi celle -là ... elle m'a parlé direct et la fic m'est venue super facilement ... alors pourquoi s'en priver ? Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture, à vous faire de gros bisous et à vous dire à très vite !

 


Capitolo: 1


 

- La chanson est "J'ai laissé" de Christophe Maé -  

 

Le jour venait tout juste de se lever sur la capitale nippone : la quiétude de la nuit s'éloignait peu à peu étant remplacée par la frénésie d'une nouvelle journée. Les oiseaux de nuit délaissaient leurs repaires nocturnes pour rejoindre de calmes abris tandis que les petites fourmis diurnes se déversaient dans la rue pour regagner leurs emplois respectifs. La vie s'écoulait donc ainsi dans la capitale japonaise, chaque jour se ressemblait ... tous y avaient un rôle défini, tous se comportaient comme ce qu'on attendait d'eux ...  

 

Enfin ... presque tous car dans cette immense cité il existait un groupe de personnes qui ne se comportait jamais comme personne. Ils n'aimaient pas se fondre dans la masse ... leur vie n'était pas programmée ... ils étaient des électrons qui se déplacer au grès de leur envie ... et ce groupe était celui de City Hunter ...  

 

Mick Angel, nettoyeur numéro un des États - Unis ...  

Falcon, ex-mercenaire retiré du Milieu sans vraiment l'être ...  

Ryô Saeba, nettoyeur numéro un du Japon et partie décisive du duo City Hunter ...  

Miki, épouse de Falcon et mercenaire de son état ... tenancière d'un bar en ville ...  

Kazue, fiancée de Mick Angel, infirmière dans une clinique spécialisée ...  

Le Doc, praticien attitré du Milieu ...  

Saeko Nogami, inspectrice de choc à la police de Tokyo, ex-fiancée d'Hideyuki Makimura et fille du Préfet de Police ...  

Reika Nogami, petite sœur de Saeko, elle tient sa propre agence d'investigation ...  

 

Et ... et ... la liste s'arrêtait là ...  

 

Il manquait indéniablement quelqu'un ... le pilier central de cette fine équipe ... une femme qui n'avait absolument rien à faire dans ce Monde et qui pourtant en faisait partie intégrante ... celle qui arrivait à faire venir la lumière parmi ces anges de la mort ...  

 

Son nom ?  

 

Kaori Makimura ... petite soeur adoptive d'Hideyuki Makimura ... partenaire de Ryô Saeba ... seconde moitié de City Hunter ... enfin ça c'était son état civil d'il y avait quelques mois ...  

 

Car cela faisait des semaines qu'on entendait plus le nom de cette femme résonnait parmi le groupe ... sa présence était devenue absence ... sa lumière s'était transformé en ombre ... elle avait disparu de leurs vies ... elle était allée visiter d'autres contrées ...  

 

Ce fut cette douloureuse pensée qui fit sursauter un corps alourdi, gisant sur un canapé informe ... la masse tomba à même le sol dans un grognement rauque ...  

 

L'homme qui venait d'entrer en contact avec le sol essaya de se relever sur le coudes mais ce fut peine perdue car il retomba sans ménagement sur le parquet froid : son allure faisait vraiment peine à voir ...  

 

Vêtu d'un tee-shirt aux tâches multiples, il portait un jean rapiécé ... usé par le temps comme l'était son propriétaire ... le corps avachi de l'homme était mou, saturé d'alcool ... une vrai épave ...  

 

Une barbe informe sur une visage anguleux, des cheveux sales et un regard vitreux complétaient le portrait de celui qu'autrefois on appelait ... l'ange de la Mort ...  

 

Ryô Saeba n'avait plus rien de l'homme qu'il avait été hormis le nom ... il ne ressemblait plus au nettoyeur athlétique qui faisait trembler les crapules japonaises : lui qui avait fait la loi dans le Milieu, n'était aujourd'hui qu'une ombre parmi tant d'autres ... un homme laissé en marge de la société ... un homme qui s'était de lui-même reclus pour ne pas souffrir ... pour ne pas savoir que le jour continuait de se lever ... sans elle ...  

 

De rage, il se mit à frapper des poings sur le sol : il se détestait, il détestait sa vie, il détestait celui qu'il avait été ... il LA détestait ...  

 

Elle qui était entrée dans son cœur sans qu'il n'ait pu lutter ... elle qui l'avait porté à bouts de bras ... elle qui lui avait fait voir la lumière ... elle qui l'avait aimé comme personne auparavant ... elle qui l'avait finalement laissé comme les autres ...  

 

Avec un soupir plaintif, Ryô parvint à se relever grâce à ses avant-bras : il ramena ses genoux contre le parquet, pris ses appuis et enfin se redressa en se tenant à la table basse. Sa tête se mit à tourner, le faisant légèrement chambouler ... il avait l'impression qu'un chantier de travaux publics s'était installé dans son crâne ... son visage se transforma sous la douleur tandis qu'il portait une main sur sa tempe.  

 

Il avait besoin d'un remontant ...  

 

Le nettoyeur lâcha doucement l'appui de la table basse ... il trébucha ... manqua de retomber à terre mais il resta tout de même debout : il lui fallait désormais parvenir à mettre un pied devant l'autre, ce qui dans cet état ressemblait à une ascension du Kilimandjaro à mains nues. Au prix d'un ultime effort, il réussit à se tenir à peu près droit et ce fut avec précaution qu'il commença à se diriger vers la cuisine.  

 

Parvenu à destination, il chercha dans les placards entrouverts quelque chose qui pourrait lui faire disparaître cette horrible migraine. Il fouilla chaque recoin et se trouva face à un choix ... soit il essayait de se préparer sa mixture secrète pour décuver avec les quelques ingrédients encore comestibles qu'il restait ... ou alors il ouvrait une bouteille de whisky et s'enivrait encore plus ...  

 

Le doute s'investit en lui ... il fut tenté un instant d'ouvrir cette nouvelle bouteille pour en boire le liquide ambré et ainsi tomber dans un coma éthylique qui arrangerait tous ses problèmes ... mais finalement sa raison se rappela à lui et ce fut difficilement qu'il se concocta un breuvage salvateur.  

 

Le liquide infâme lui brûla la trachée lui arrachant un nouveau grognement ... il n'y avait pas à dire cette potion faisait son effet mais son goût était vraiment atroce ... il en ferma les yeux et quand son verre fut fini, il étouffa un haut le cœur ...  

 

Ah il était beau le nettoyeur numéro un du Japon ! Physiquement affaibli, incapable de boire ses propres breuvages sans pincer les lèvres ....  

 

Une casserole qui traînait par là lui renvoya son reflet en plein visage ... des trais tirés, une barbe sans nom, un regard cerné et des pupilles vitreuses ...  

 

Ryô attrapa la casserole et se la plaça devant les yeux : de sa main valide, il se mit à toucher son visage ... un visage qu'il ne reconnaissait pas ... il ne se reconnaissait plus ... lui qui autrefois avait un charme dévastateur n'arriverait à séduire personne en restant ainsi ... quoiqu'il ne veuille charmer absolument personne ... à quoi bon ? Il ne faisait ça que pour la faire enrager ... il ne voulait que la séduire ... c'était pour elle qu'il prenait soin de lui, pour qu'elle ne regarde jamais personne d'autre ...  

 

Apparemment, cela n'avait pas suffit aux vues de la situation actuelle ...  

 

Pris d'un nouvel accès de colère, l'homme envoya valdinguer le verre contre le mur opposé puis se mit à se débarrasser de tout ce qui se trouvait sous son regard. Il tira sur les portes des placard, les jeta à terre, pris les plats rescapés et les fit se fracasser contre le plancher ... Il hurlait sa douleur, mêlant ses cris à des larmes ... il en avait assez de cette vie ... il avait pourtant réussi à vivre avant elle alors pourquoi maintenant ne parvenait-il plus à tenir la cadence ?  

 

"Ryô ... je t'aime ..."  

 

Cette phrase s'imposa à son esprit, le faisant sangloter de plus belle ... il s'écroula à terre, appuyé contre un placard. Il la revoyait devant lui, ses joues rougies par la gêne, ses lèvres attirantes bougeant au rythme de ces doux mots ... son cœur avait reçu alors un coup de poing, il en avait eu le souffle coupé ... elle l'aimait ... il le savait mais l'entendre de sa bouche rendait les choses tangibles ... plausibles ... réelles ... merveilleuses ...  

 

Il la revoyait ouvrant doucement sa chemise, lui révélant sa peau laiteuse ...  

 

"Ryô ... je suis à toi ..."  

 

Il n'avait pas rêvé ... elle lui avait dit ces mots au sens limpide ... il en ressentait encore la sensation dans son corps ... un désir primal mêlé à une envie amoureuse ... il voulait sentir son odeur sur sa peau ... il voulait pourvoir dessiner le contour de son corps ... et elle ... elle le voulait aussi apparemment ...  

 

Il avait pris peur ... lui avait dit de reculer ... lui avait dit de nouvelles insultes pensant la faire renoncer ... mais elle était déterminée. Elle avait fait glisser le fin tissu le long de sa silhouette ... avait retiré sa jupe et là en sous-vêtements s'était approchée de lui jusqu'à poser ses mains sur son torse et dans un souffle elle lui avait répété ...  

 

"Je suis tienne ..."  

 

C'était là que le signal de sa perte avait résonné ... les dernières barrières qui le retenait avaient cédé dans un bruit sourd ... il l'avait saisi par la taille et dans un baiser fougueux lui avait montré que lui aussi était sien ...  

 

La nuit qu'il avait passé lui resterait à jamais gravé dans le cœur ... leur corps qui s'étaient entremêlés, leurs souffles qui s'échangeaient ... leurs soupirs de satisfaction, leurs râles de plaisir ... le corps de cet ange sous le sien ... la douceur de sa peau ... la volupté de leur union ...  

 

Il avait approché le Nirvana et s'était senti devenir homme pour la première fois de sa vie ... car il n'avait pas vulgairement "couché" avec une femme ... il lui avait fait l'amour ... elle lui avait fait l'amour ... c'était un sentiment sans borne ... inexplicable ... éphémère ...  

 

"Ryô ... je pars ..."  

 

Bizarrement, ce souvenir merveilleux était toujours suivi de ce souvenir plus douloureux ... aucune trace de leur vie commune ... aucune bride de leur mois d'amour ... il ne s'en rappelait pas ... ne voulais pas s'en rappeler ... car pour lui tout s'était passé tellement vite qu'il n'avait pas vu passé le temps ...  

 

Il se revoyait l'aimait ... il la revoyait le quitter mais entre ... rien ... le néant ... le blanc ...  

 

Pourquoi ?  

 

Était-ce une manière de se protéger ? Peut - être ... mais cet inconnu était aussi douloureux qu'un souvenir ... il aurait tant aimé se rappeler de quelque chose qui lui expliquerait ce qui s'était passé pour qu'ils se quittent ainsi ...  

 

Il y avait une raison mais laquelle ?  

 

Secouant la tête, il essaya de faire fuir l'amertume de ces souvenirs ... il ne voulait plus y penser ... il ne supporterait pas de revivre à nouveau ce passé ... Il lui fallait oublier à nouveau ...  

 

Avec de l'alcool ?  

 

Mauvaise idée, il était déjà saturé ...  

 

Dormir ? Impossible ... il n'y arrivait plus depuis de mois ...  

 

Peut-être qu'une douche froide l'aiderait ?  

 

Oui ... il pouvait toujours essayer et puis un brin de toilette ne lui ferait pas de mal ...  

 

Fier de cette résolution, Ryô prit à nouveau appui sur les meubles et ce fut laborieusement qu'il rejoint la salle d'eau : il se débarrassa de ces vêtements mités en chemin et entra dans la douche, nu comme un ver. Il fit couler l'eau glacée sur lui comme si cela pouvait le soulager de tous ces problèmes ... il resta longtemps sous le jet et se décida enfin à sortir ... son reflet dans le miroir lui ordonna de se munir d'un rasoir car il faisait vraiment pitié à voir ...  

 

Durant de longue minutes, le nettoyeur tenta de se redonner un visage humain ... il déchargea son visage de sa pilosité, coiffa ses cheveux et se risqua même à un maigre sourire ...  

 

Mais ce sourire sonnait faux pour lui ... tellement faux qu'il en devenait pathétique ... Cette constatation fit grimper en lui un accès de colère mais la douleur et la fatigue l'empêchèrent de l'exprimer ... la situation en devenait risible, il n'était même plus en état de se mettre en colère ... là c'était fait il avait touché le fond ...  

 

Résigné, il chercha du regard un pantalon : fouillant les placards du réduit, il dénicha un jean encore potable ... il le passa et sortit de la salle de bain ... Le tissu fraîchement passé sentait le renfermé ... l'odeur lui piquait le nez tant elle était forte mais après tout personne ne le verrait, personne d'autre ne la sentirait alors pourquoi s'en formaliser ?  

 

Son corps avait retrouvé un peu de réactivité grâce à cette douche et ce fut avec une démarche un peu plus assurée qu'il se dirigea vers sa chambre.  

 

Pourquoi y aller maintenant alors qu'il n'y avait pas remis les pieds depuis des lustres ?  

 

Il n'aurait su le dire mais il en avait simplement envie ...  

 

"Ryô ! Je t'attends dans la chambre !"  

 

La porte grinça sur ses gonds ... et non elle n'était pas là ...  

 

L'air était saturé de poussière, d'effluves d'alcool mais Ryô n'avait que faire de ces vaines considérations : il avança lentement, les mains dans les poches, vers son lit ... vers leur lit ...  

 

Il voyait encore son ange en train de dormir, son corps alangui dans les draps défaits ... silencieux témoins de leur nuit d'amour ... il revoyait le Soleil caressant son doux visage et ces petites mains posées sur son torse ... il lui arrivait de murmurer son prénom dans son sommeil mais ça personne ne l'avait jamais su ... c'était son secret ... c'était un instant qu'il ne voulait que pour lui seul ...  

 

La tête perdue dans ses souvenirs, il s'assit sur un coin du lit : caressant tendrement les draps froissés, il se laissa porté par des sentiments venus du passé ... par des instants fugaces mais savoureux ...  

 

"Tu vas être fière de moi ... Aujourd'hui, j'ai acheté quelque chose d'utile à la maison ... une nouvelle parure de lit ! Et si on allait l'étrenner, mon ange ?"  

 

Un rire sans âme sortit de sa bouche mais quand il voulut s'appuyer un peu plus sur le lit, son pied gauche heurta une masse cachée sous le sommier. Intrigué, il baissa la tête et chercha ce qu'il avait touché ... c'était une radio ... une vieille radio ... un transistor même ... préhistorique certes mais c'était le sien ...  

 

Tous les matins, elle lui mettait cet appareil à côté des oreilles et elle lui faisait écouter des musiques datant du siècle précédent ... il rigolait ... la traitait de petite sotte mais elle s'en fichait ... elle adorait sa radio ...  

 

"C'est une radio magique ! Elle exauce les souhaits des gens ... elle ne passe que la musique qu'il ont besoin d'entendre sans qu'on ne la touche ! Il lui arrive même parfois de juste passer un morceau instrumental pour que ses auditeurs trouvent leurs propres paroles ... et arrête de rire, c'est la vérité !"  

 

Une radio magique ? La seule magie de cet appareil résidait dans le fait qu'il soit encore en état de marche après toutes ces années ... mais cela il ne lui avait jamais dit ... elle aimait tant croire aux signes ... elle voulait voir ce que le monde délaissait ... elle voyait ce que tous ignoraient ...  

 

Il ne remettrait jamais en cause qu'elle était magique ... elle ... mais pas ce vieux poste ...  

 

Malgré cela, il ne put s'empêcher de se baisser pour le saisir et de le mettre en route ... juste pour voir ...  

 

A sa grande surprise, une douce mélopée se mit à résonner dans la chambre ... un air doux et mélancolique ... un air chargé de regrets ... un air qui se mit sur la même longueur d'onde que son propre cœur ...  

 

"Il lui arrive même parfois de juste passer un morceau instrumental pour que ses auditeurs trouvent leurs propres paroles ..."  

 

Allons, il ne croyait pas à la magie ... et pourtant ... les mots vinrent d'eux-mêmes dans sa bouche ...  

 

- J'avoue ... c'est pas le bonheur ...  

 

Pour le coup, il n'inventait rien ... sa vie n'avait rien d'heureuse ... il ne vivait plus ... il survivait ... Bonheur ? Un mot qui lui était désormais inconnu ...  

 

- Moi je vivais d'amour ... aujourd'hui je n'ai plus l'âme sœur ...  

 

Oui, il osait enfin le dire ... il avait vécu d'amour ... il avait aimé à en perdre la raison ... il avait compris ce que "vivre d'amour" voulait dire ... ce n'était pas si dur ... c'était juste avoir l'âme sœur à ses côtés ... juste voir son sourire en face de lui au réveil ... mais aujourd'hui sans elle plus rien n'avait la même saveur ...  

 

- J'écoute ... ma douleur ...  

 

La douleur était devenue sa seule compagne ... comme une seconde ombre ... un substance qui vous colle à la peau ... qui ne vous quitte jamais ... qui devient votre leitmotiv et qui assombrit la lumière ...  

 

- Et le silence est lourd ... les secondes sont des heures ...  

 

Il n'y avait rien de pire que le silence quand on est seul ... il devient votre pire ennemi ... on dirait qu'il vous nargue, qu'il fait exprès de vous oppresser ... Quant au temps ? Cette curieuse notion ne faisait plus partie de l'esprit de Ryô depuis bien longtemps ... pour lui chaque seconde durait si longtemps qu'il lui semblait que les journées ne se terminaient jamais ...  

 

- Et j'imagine ce que tu dis ...  

 

Que pouvait-elle bien dire ? Disait-elle des mots d'amour à quelqu'un d'autre ? Disait-elle des inepties à d'autres ? Disait-elle des phrases "bateau" pour cacher ses sentiments ? A qui les disait-elle ? Des amies ? Des collègues ? Un amant ...  

 

- Ce que tu fais ...  

 

Travaillait-elle ? Faisait-elle les courses ? Avait-elle un chez elle, où elle faisait le ménage sans cesse ? Préparait-elle encore ces plats dont elle seule avait le secret ? Faisait-elle quelque chose pour lui ... ?  

 

- Ce que tu penses ...  

 

A quoi pensait-elle ? Regrettait-elle ? Était elle heureuse ? Épanouie ? Soucieuse ? Triste ? Agacée ? Amoureuse ?  

 

- Je devine ce que tu vis ...  

 

Il la voyait rayonnante et plus belle que jamais ... brillante avocate ... savante professeur ... peut-être au milieu d'enfants mais surtout aimée de ceux qu'elle croiserait ... Il ne comptait plus les fois où il imaginait sa vie ... où il essayait d'en deviner les nouveaux objectifs ...  

 

- A ses côtés ...  

 

Car il ne l'avait jamais vu seule ... non à chaque fois il l'imaginait avec un homme ... un hypothétique homme qui l'aurait aimé plus que lui ... qui lui aurait offert une vie à cent milles lieux de ce que lui pouvait lui offrir ... un homme pour lequel elle l'aurait quitté ...  

 

- En mon absence ...  

 

Après tout, il n'était pas là ... alors il n'avait aucun droit de regard sur sa vie ...  

 

- J'ai laissé ... les fleurs du jardin se faner ...  

 

L'amour était un jardin qu'il faut entretenir avec amour et passion ... il n'avait pas su faire ... il avait laissé les fleurs du désir s'éteindre ... les pétales de leurs romance s'étaient égrenées au gré du vent ... la plus belle fleur de cet Éden était partie pour d'autres horizons ...  

 

- J'ai laissé ... ton odeur sur l'oreiller ...  

 

Depuis son départ, il n'avait rien fait pour faire disparaître ses traces de sa vie ... il voulait l'oublier mais il l'aimait trop ... la preuve la plus flagrante ? Il n'avait pas changé sa taie d'oreiller pour que son odeur reste à jamais gravée dans les fibres du tissu ... et dans celles de son corps ...  

 

- J'ai laissé ... les volets fermés tout l'été ...  

 

Ah oui ... c'était en ça que résidait le grand changement de sa vie ... ses fenêtres avaient des volets ! Enfin des volets ... plutôt des planches de bois qu'il avait attaché à même le mur pour empêcher la lumière du Soleil d'entrer ...  

 

- Pour ne plus voir ... le jour se lever ...  

 

Il ne voulait plus jamais savoir que le jour continuait de se lever sans elle ... comme si elle seule pouvait faire revenir le Soleil ... il ne voulait pas voir le temps qui inexorablement l'éloignait de ce rêve ... il ne voulait pas sentir les rayons du Soleil le touchait ... car elle seule pouvait le réchauffer ainsi ...  

 

- J'avoue ... c'est pas le bonheur ...  

 

Peut-être était-il né sous la mauvaise étoile car sa vie n'avait jamais rimé avec "bonheur" ...  

 

- Moi, je rêvais d'amour ... aujourd'hui j'en ai plus le cœur ...  

 

Oui, Ryô en avait rêvé comme un fou ... son rêve d'amour était démesuré ... il se savait incapable d'aimer mais finalement c'était l'amour lui-même qui l'avait aimé ... de toute façon, aujourd'hui cela ne voulait plus rien dire ... il ne voulait plus aimer ...  

 

- Je goûte ... et j'effleure ...  

 

Il avait goûté à elle ... il l'avait effleuré ... il avait goûté à ses instants d'amour ... il en avait effleuré la fragilité ...  

 

- Nos "Je t'aime pour toujours" qui lentement se meurent ...  

 

Que restait-il au finalement de leur amour ? Des "je t'aime" à jamais gravés dans son cœur ... qui ne résonnaient plus que dans ses souvenirs ... qui n'avaient plus que la saveur amère du regret ... qui se mourraient sans que personne ne tente de les sauver ...  

 

- J'imagine ce qu'il te dit ...  

 

Lui parlait-il de gangs de la pègre japonaise comme lui ? Ou alors était-il de ses hommes qui parlent plus avec le cœur qu'avec la raison ? Peut-être lui répétait-il à longueur de journée qu'il était fou d'elle ... lui ne l'avait jamais fait ... il en avait toujours été incapable ...  

 

- Ce qu'il te fait ...  

 

La prenait-il dans ses bras ? La serrait-il à outrance dans ces bras ? L'embrassait-il dans le cou ? Lui faisait-il des petits plats ? Lui faisait-il des cadeaux ? Lui faisait-il des choses que la bienséance lui empêchait de citer et même de penser ... ?  

 

- Ce qu'il en pense ...  

 

Et finalement ... Ryô se demandait ce que cet inconnu en pensait, si vraiment il existait ... car jamais il n'avait eu de preuves qu'elle l'ait quitté pour un autre mais il le sentait au fond de lui ... comme une évidence ... Il ne savait pas pourquoi mais il se demandait vraiment qui était cet homme et ce qu'il pensait du fait que cette lumière humaine ait été la partenaire ... l'amante d'une ombre ...  

 

- Et je devine ce que tu vis ... à ses côtés ... en mon absence ...  

 

Posant la radio sur le matelas, le nettoyeur se releva et esquissa quelque pas dans la chambre : la tête levée vers le ciel, les mains remises dans les poches ... il se balada ainsi ... le sourire aux lèvres ... la voix toujours posée sur la mélodie ...  

 

- J'ai laissé ... les fleurs du jardin se faner ... J'ai laissé ... ton odeur sur l'oreiller ... J'ai laissé ... les volets fermés tout l'été pour ne plus voir le jour se lever ...  

 

Ses pieds nus crissèrent sur la moquette et amplement il vint appuyer son bras sur le mur, à côté de la fenêtre : par une interstice entre deux planches de son "volet", il vit le Soleil filtrer. Ses yeux clignèrent un instant mais sans qu'il ne s'en rende compte, un sentiment de bien être s'insinua dans son corps ... un filet de lumière et il lui semblait que son cœur se remettait à battre ...  

 

Durant un vague instant, il lui sembla retrouver une nouvelle vitalité ... il sentait son pouls s'affolait ... il sentait son sang battre dans ses veines ...  

 

N'étant plus habitué à cette délicieuse sensation, le nettoyeur pris peur et se retourna rapidement dos au mur ...  

 

La radio continuait de jouer sa chanson ... attirant comme un aimant une partie de l'homme et Ryô poursuivit ...  

 

- Et la nuit j'entends ta voix ...  

 

Chaque nuit que Dieu faisait ... il l'entendait ... dans ses rêves ... dans ses cauchemars ... dans ses insomnies ... elle était là ... encore et toujours là ...  

 

- Et ton corps je le vois ...  

 

Son corps ... comment pouvait-il l'oublier ? Ses courbes gracieuses ... cette peau d'albâtre ... ces délicieuses petites choses qu'elle n'aimait pas en elle et que lui adorait ... Ce corps qui s'assemblait si bien au sien ... elle était don double ... elle était son âme sœur ...  

 

- Mais la nuit j'entends dans ta voix ... que tu ne reviendras pas ...  

 

Fatalité de ces songes ... dans tous, elle lui disait la même chose ... elle lui répétait sans cesse ... elle ne reviendrait pas ... il ne s'était pas battu pour elle ... elle n'avait plus la force de lutter pour deux ...  

 

Lentement, il se retourna vers la porte de la chambre grande ouverte et il se mit à murmurer comme une complainte :  

 

- J'ai laissé ... les fleurs du jardin se faner ... J'ai laissé ... ton odeur sur l'oreiller ... J'ai laissé ... les volets fermés tout l'été pour ne plus voir le jour se lever ...  

 

Sa voix s'arrêta mais la radio ne s'arrêta pas pour autant ... les chœurs reprirent de plus belle, la voix d'un chanteur se mit à reprendre ses propres paroles comme s'il était entré dans le poste ... comme si sa voix avait été enregistrée par la bande FM et que maintenant elle passait en boucle ...  

 

Étonné, il se retourna vers le transistor qui faisait résonner sa propre voix dans l'immensité de la chambre ... cette radio était-elle finalement magique ?  

 

Étouffant un petit rire, il se dirigea vers le poste et l'éteint ... le silence reprit ses droits dans la pièce et la la tension de ce vide l'oppressa immédiatement ...  

 

Mais alors qu'il tenait encore l'appareil entre ces mains, son instinct de nettoyeur lui ordonna de se retourner vers la porte : il fit volte-face et son cœur s'arrêta instantanément ...  

 

- Je t'avais bien dit que cette radio était magique ...  

 

Kaori ...  

 

- Mais bien sûr tu n'as jamais voulu me croire, Mr le pragmatique ! rit la jeune femme  

 

Elle était encore plus belle que dans ses souvenirs ... que dans ses rêves : elle n'avait pas changé d'un pouce ... toujours cette chevelure auburn courte et rebelle, toujours cette allure athlétique et raffinée, toujours ce sourire doux et tendre, toujours ce regard apaisant ...  

 

- Alors tu ne dis rien ? s'enquit Kaori en se rapprochant de lui  

 

Que lui dire ?  

 

Qu'il regrettait ?  

 

Qu'il l'aimait ?  

 

Qu'elle lui avait manqué ?  

 

Qu'il ne voulait plus jamais avoir à vivre sans elle ?  

 

Mais il n'avait jamais su utiliser les mots ... ce n'était pas aujourd'hui qu'il y parviendrait ... il soupira et se relaissa tomber sur le lit en désordre ... les bras tendus derrière lui ...  

 

- Aurais-tu perdu l'usage de la parole durant mon absence ?  

- J'ai laissé ton odeur sur l'oreiller ...  

- Ça j'avais remarqué ! Tu ne pouvais pas faire le lit ? Non ne me dit pas que tu n'as jamais fait un lit de ta vie ...  

 

La jeune femme se mit à rire joyeusement en se rapprochant de son ex-amant : élancée, elle traversa la pièce comme si elle avait marché sur des coussins d'air ... elle s'assit à ses côtés et le cœur de nettoyeur se mit à battre frénétiquement ... il sentait son souffle chaud dans sa nuque, sa douce chaleur lui brûler la peau comme une caresse ardente ...  

 

Kaori reprit d'une voix douce :  

 

- Pourquoi y a t-il des planches de bois aux fenêtres ?  

- J'ai laissé les volets fermés tout l'été pour ne plus voir le jour se lever ...  

 

La nouvelle venue étouffa un soupir tendre et se redressant quelque peu, elle vint déposer ses lèvres sur la tempe de Ryô : à ce contact, l'homme frémit de tout son être et sa peau se couvrit d'une chair de poule significative ...  

 

- On dirait que certaines choses restent immuables ... constata Kaori en faisant glisser sa main sur les abdos de son partenaire. Mais il est une chose dont j'ai horreur ... c'est de vivre dans le noir ...  

 

Aussi dit, aussi fait ... la nettoyeuse se leva d'un bond et d'un coup de massue savamment maîtrisé elle envoya balader les maigres bouts de bois ... la lumière inonda la pièce et Ryô fut obligé de cligner les yeux un instant ...  

 

Quand il les réouvrit, Kaori se tenait à deux centimètres de lui ... elle combla rapidement cette distance et déposa ses tendres lèvres sur celles de l'homme qui faisait battre son cœur ... un baiser de pardon ... un baiser d'amour ... un baiser de retour ...  

 

Le sourire aux lèvres, elle se retira et lui murmura d'une voix basse :  

 

- Et si on reprenait tout à zéro ?  

 

Ryô aurait pu lui dire qu'il ne pouvait pas faire comme si de rien n'était ... comme si ces mois loin d'elle ne l'avaient pas affecté ... il aurait pu lui rire au nez et lui faire regretter son départ ... ou alors lui dire que c'était à son tour de prendre conscience du mal qu'une séparation cause ...  

 

Mais Ryô savait une seule et unique chose ... la vie est éphémère ... on doit savoir saisir les occasions avant qu'elles ne s'envolent ... leur couple n'entrerait jamais dans les normes ... ils n'étaient pas faits pour s'aimer comme tout le monde ... alors pourquoi ne pas essayait de pardonner comme personne ne l'aurait fait ...  

 

Il ne lui dit pas un mot ... ils auraient bien le temps de parler plus tard ... il se contenta juste de saisir son visage entre ces deux larges mains et de sceller ses lèvres à celles de son ange ... il mit tout l'amour dont il était capable dans ce baiser et ce fut dans un enchaînement presque naturel qu'ils se retrouvèrent dans les mêmes draps qui les avaient vus se séparer ...  

 

Car la vie se résume à des instants fugaces et qu'il faut les vivre encore plus intensément que le précédent ...  

 

Quelque heures plus tard, alors que Kaori était lovée dans ses bras, Ryô se laissa quand même aller à une constatation :  

 

- Je commence à croire que cette radio est vraiment magique ...  

 

Il allait changer... pour ne plus jamais la perdre ... pour ne plus craindre le lendemain ... pour ne plus penser que tout ceci n'était qu'un rêve simplement ...  

 

Pour ne plus croire aux contes de fées.  

 

 


Capitolo: 1


 

 

 

 

 

   Angelus City © 2001/2005

 

Angelus City || City Hunter || City Hunter Media City || Cat's Eye || Family Compo || Komorebi no moto de