Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prose

 

Auteur: Mercury80

Status: Complète

Série: City Hunter

 

Total: 55 chapitres

Publiée: 11-04-21

Mise à jour: 24-08-21

 

Commentaires: 36 reviews

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DrameRomance

 

Résumé: "Je survivrai par n'importe quel moyen pour celle que j'aime." Survivras-tu pour moi ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Toi et moi sans toi" sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

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   Fanfiction :: Toi et moi sans toi

 

Chapitre 2 :: Chapitre 2

Publiée: 18-04-21 - Mise à jour: 18-04-21

Commentaires: Bonjour, voici la suite de l'histoire. Bon dimanche, bonne lecture et merci pour vos commentaires^^

 


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Chapitre 2  

 

- Jeune femme de vingt-sept ans, victime d’un accident de la route, auto contre camion et autos, réanimée sur place et pendant le transport. Multiples traumatismes et plaies, luxation des hanches, respiration…  

 

J’écoute l’ambulancier faire le rapport de tes constantes et blessures à l’urgentiste. J’en ai perdu le décompte en même temps que la notion du temps. J’ai l’impression de nager dans un brouillard épais et dense. J’ai eu le sentiment qu’il s’est passé une éternité avant que les secours arrivent, une éternité que j’ai passée avec les doigts sur ta carotide, craignant à chaque pulsation que la suivante n’arrive pas. Elles étaient si faibles que je devais me concentrer pour les sentir. Les yeux fermés, je me concentrais et je priais.  

 

- Vous devez attendre là, Monsieur., me dit l’infirmière, m’arrêtant en pleine course.  

 

Je reste comme un con devant deux portes qui se referment devant mon nez. Tout a été intense jusqu’à maintenant et, devant cet obstacle, je me retrouve sans but, sans rien, sans toi. Je dois veiller sur toi. C’est mon rôle, ma place depuis que ton frère nous a quittés. Je n’y ai jamais failli même lorsque je t’ai intentionnellement poussée à t’en aller. J’avais toujours un œil sur toi.  

 

- Monsieur, j’ai besoin d’information sur votre femme.  

 

Je me tourne vers la demoiselle à mes côtés, une jeune femme en blouse blanche aux longues jambes parées de soie blanche, une de celles après qui je courais avant, et c’est comme si je ne la vois pas. Mon regard revient vers la porte par laquelle tu as disparu et je n’ai qu’une envie : braver l’interdit et te retrouver. Je dois veiller sur toi.  

 

- Monsieur, je sais que c’est dur et brutal mais j’ai besoin d’informations. Elles pourront être utiles aux médecins. Venez vous asseoir., me propose-t-elle doucement.  

 

Je finis par la suivre et, heureusement, elle m’amène aux sièges non loin de la porte.  

 

- Votre femme…, commence-t-elle.  

- Nous… Nous ne sommes pas mariés.  

- Ah… Qui est son plus proche parent ?, me demande-t-elle, gênée.  

- Moi. Elle est orpheline et son frère est décédé il y a sept ans.  

 

Je n’ai pas le temps ni le courage de m’embarquer dans une explication familiale qui pointerait Sayuri comme ta sœur. Je n’ai envie que d’une chose : être à tes côtés, savoir que tu tiens bon bien que je ne sois pas là pour te rappeler pourquoi tu dois t’accrocher.  

 

- Nous n’avons que l’un et l’autre.  

- Très bien.  

 

Je la laisse dérouler son questionnaire et, à la fin, elle me tend un post-it avec les papiers que je devrais ramener une prochaine fois. Je regarde la liste sans vraiment comprendre avant de la glisser dans ma poche intérieure. Elle s’en va comme elle est venue, incognito. C’est à peine si j’entends son « courage » plein d’empathie. Je reste là à revoir la scène sans cesse : on plaisantait, on flirtait, on faisait un pas supplémentaire dans notre chemin conjugal, on devait retrouver nos amis… puis juste ces battements de cœur que je pouvais à peine sentir au bout de mes doigts… maintenant, je n’ai plus rien.  

 

Je regarde mes mains et je m’aperçois qu’elles sont maculées de sang séché. Je regarde mes vêtements et aucune des quelques égratignures qui les ont légèrement tâchés ne justifie mes paumes écarlates. C’est ton sang, c’est la seule explication. J’ai ton sang sur mes mains. La vision me donne la nausée et envie de hurler également. Je dois m’en débarrasser. Ce n’est pas la dernière vision que je veux avoir de toi. J’ai bien entendu les secouristes parler de miracle. Ils pensaient même au départ que je restais là, prostré à tes côtés, ne voulant pas admettre ta mort. Ils n’ont cru à ta survie qu’en branchant les appareils. Je sais que ta vie est en danger et je ne veux pas quitter mon poste au cas où on viendrait me chercher mais j’ai ton sang sur les mains et cette pensée m’est insupportable.  

 

J’hésite longuement. Mon regard trouve la porte des toilettes, grande ouverte, qui donne directement sur le hall en ligne droite vers la porte que j’attends de voir s’ouvrir. Je pourrai l’entendre bouger, je pourrai savoir si quelqu’un sort et me cherche. Néanmoins, la pensée ne cesse de m’effleurer « et si ce n’était pas le cas et que je manquais à l’appel ? ». Alors j’hésite, je regarde la porte fermée par laquelle on t’a emmenée, celle grande ouverte des toilettes et mes mains ensanglantées. Le manège dure un bon moment, ou peut-être pas d’ailleurs, et je finis par me résoudre à me lever et passer la porte grande ouverte.  

 

J’ouvre le robinet du lavabo et regarde l’eau couler claire et limpide comme l’est ton rire un long moment avant d’avancer mes mains. Pourquoi j’hésite encore avant de les glisser dessous ? C’est idiot. Ce n’est que du sang. Je ne dois pas m’attarder sur la pensée que c’est ton sang, la dernière chose que je touche de toi avant… avant quoi ? La prochaine fois où je vais toucher ta main chaude ? La prochaine fois où je poserai mes lèvres sur les tiennes glacées ? Tu ne peux pas mourir et me laisser seul, Kaori. J’ai besoin de toi. J’ai besoin de temps avec toi. J’ai besoin de t’aimer et de t’entendre rire, de te toucher et pouvoir te serrer contre moi. J’ai besoin de t’entendre me dire que je suis quelqu’un de bien…  

 

Je revois ton regard lumineux juste avant de repartir. J’entends ton « je t’aime » et ta joie à avoir eu ce moment à deux. Ce ne sera pas la dernière fois. Je ne te l’ai pas dit en retour. Je dois pouvoir te le dire une fois et même des milliers de fois. Je ne veux plus passer un jour sans te le dire. Tu dois le savoir, ne plus en douter. Je t’aime comme un fou même si je ne suis pas très démonstratif. Ta présence, ton sourire, ta douceur sont autant de choses qui m’aident à vivre et dont je veux continuer à profiter pendant encore des années. Je veux que, toi aussi, tu les ressentes venant de moi. Je veux arriver à me sentir aussi libre de te les montrer que toi. Ce qu’il me reste de toi, ce n’est pas que ce sang sur mes mains. Il me reste cet espoir insensé que, malgré tes blessures, tu t’en sortiras et que nous aurons encore de belles années devant nous.  

 

Je glisse alors mes mains sous l’eau qui se teinte immédiatement de rouge avant de disparaître par la bonde. Avec elle, j’essaie d’imaginer que disparaît également ma peur de te perdre. Pour accentuer l’effet, je les savonne, faisant mousser le produit pour ne plus voir que du blanc, un blanc pur comme j’imagine la couleur de ton karma si on me le demandait. Tu vas vivre. Tu dois vivre. Tu ne peux pas mourir. C’est tout simplement impossible. Nous avons encore tant de choses à vivre. Nous devons annoncer à nos amis que nous sommes ensemble… Je relève le visage brusquement et me regarde dans le miroir sans me voir.  

 

Nos amis… Ils doivent nous attendre et se demander ce qui nous retient. A cette heure, même si je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est, on devrait être en train de boire un verre, je devrais m’en prendre plein la tête de la part de mes deux compères pour avoir enfin rejoint le club des hommes casés et tu devrais être sous le feu des questions certainement indiscrètes de tes amies. Avant, on aurait essuyé leurs regards surpris voire légèrement blessés pour la comédie qu’on leur a jouée depuis un an. J’aurais pris sur moi pour en endosser la responsabilité mais, te connaissant, tu aurais fait front. Il faut que je les prévienne mais… comment leur dire ?  

 

Je ressors des toilettes, le cœur lourd et inquiet. Je regarde la porte fermée et la maudis de ne s’être toujours pas ouverte. Que se passe-t-il là derrière ? Est-on en train de te ranimer parce que tes blessures sont si graves que tu ne peux plus tenir le choc ? T’es-tu réveillée ? M’appelles-tu ? Je ne me demande même pas si tu souffres. La réponse est plus qu’évidente et trop difficile à supporter. Je pourrais péter un câble comme on dit et il vaut certainement mieux que je ne me mette pas dans les jambes de ceux qui peuvent te sauver.  

 

- Monsieur Saeba ?  

 

Je lève la tête et croise le regard soucieux de l’infirmière qui m’a questionné un peu plus tôt.  

 

- Monsieur, je suis navrée de vous apprendre cela mais, comme Mademoiselle Makimura et vous n’êtes pas mariés, nous n’allons pouvoir vous donner de ses nouvelles. Un médecin va être désigné pour prendre les décisions médicales nécessaires., m’informe-t-elle.  

- Je vous ai menti. Nous sommes mariés mais nous ne voulions pas en parler.  

 

Je ne suis pas sûr de réaliser la portée de mes paroles. Elles sortent automatiquement de mes lèvres comme un mouvement réflexe pour contrer la colère qui monte en moi. Il est hors de question qu’un autre que moi décide de ce qu’il te faut. Je suis le seul à te connaître et connaître tes limites, tes possibilités, ta force, ton courage et ton amour de la vie.  

 

- Il… Il me faudra une preuve de votre mariage., me dit-elle, fronçant les sourcils.  

- Vous l’aurez.  

 

Cette fois, je me lève sans hésiter et m’éloigne des portes pour aller à l’extérieur. Je m’éloigne mais je les garde en visu. Il est hors de question que je loupe la personne qui me donnera de tes nouvelles. Je sors mon téléphone, grimaçant en voyant l’écran brisé, et croise les doigts pour qu’il fonctionne encore. La sonnerie me semble si longue à arriver que j’en ai presque envie de balancer l’appareil aux orties mais quelque chose me retient. J’ai comme la sensation que tes doigts sont sur les miens et ça apaise mon mouvement d’humeur.  

 

- Bonsoir Babyface. Que me vaut un appel un dimanche soir ?, m’accueille la voix joviale du Professeur.  

- Bonsoir Professeur. J’ai besoin que tu me maries à Kaori… maintenant., lui dis-je sans ambage.  

 

Je comprends le silence qui s’en suit. C’est certainement un choc d’entendre ces paroles sortant de ma bouche et j’aurais pu m’en amuser si j’en avais le temps… En fait, si j’en avais eu le temps, je ne m’en serais pas amusé parce que ce ne serait pas arrivé. Je me rends compte que je digresse et reviens au moment présent.  

 

- Vous pouvez me faire cela tout de suite ? Il me faut un certificat de mariage.  

- Je peux le faire mais pourquoi, Ryo ?, me demande-t-il.  

 

Pourquoi ? Il va falloir que je dise à voix haute ce que je ne cesse de revivre dans ma tête, les images flashant, les bruits se rappelant à moi en t’attendant. Les mots se bloquent, ma gorge se contracte et j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer.  

 

- Ryo ?, m’interpelle mon vieil ami.  

- Nous… Nous avons eu un accident de voiture. Kaori est aux urgences de l’hôpital central de Tokyo et, si nous ne sommes pas mariés, c’est un inconnu qui va prendre les décisions à ma place sans même me dire comment elle va.  

 

Je l’ai fait, je lui ai dit et j’entends de nouveau le silence au bout du fil, silence qui me semble interminable. Il doit certainement se poser mille questions sur la santé de ma partenaire, de la jeune femme qu’il a appris à apprécier et aimer pour tout un tas de qualités et de défauts, mais rien ne vient. Je n’ai malheureusement pas le temps d’attendre.  

 

- Professeur ?  

- Je serai là dans une demi-heure., m’assure-t-il.  

- Merci.  

 

Il raccroche à ma place et ça me soulage d’un poids. Il m’a épargné les questions médicales, peut-être parce que ma demande lui signifie que tu es toujours en vie mais lui indique aussi la gravité de la situation, parce que je ne demanderai certainement pas à t’être marié sans ton consentement si tu étais consciente ou sur le point de l’être ou tout simplement parce qu’il est médecin et sait ce qu’un accident de voiture peut causer comme dommages.  

 

Accroche-toi, ma Kaori. Dans une demi-heure, nous serons mari et femme et je pourrai décider de ce qu’il y a de mieux pour toi si tu ne peux le faire. Je sais quelle est la prochaine étape et, pourtant, mes doigts refusent de bouger. Je jette un nouveau regard sur la porte qui nous sépare et la vois s’ouvrir mais mon espoir est vite déçu : ce n’est pas encore de toi dont il est question. Je ne sais pas si j’en suis soulagé ou non : vu l’étendue de tes blessures, je me dis que ça va prendre du temps et, moins vite les nouvelles arriveront, mieux ce sera mais, d’un autre côté, c’est l’enfer d’attendre sans savoir…  

 

Mon regard revient sur l’écran brisé et je ne veux pas y voir le présage de ce que sera ma vie. Il faut que je prévienne nos amis mais qui ? Mon regard s’arrête sur l’écran que je fais défiler du pouce et j’hésite entre appeler le Cat’s où tous doivent être réunis et Saeko. Mon choix se fixe sur la deuxième option : j’ai besoin de quelqu’un qui saura rester maître de ses émotions et, si je tombe sur Miki, ce ne sera certainement pas le cas et je ne suis pas apte à gérer les questions et la peine d’un autre. J’en ai déjà assez des miennes.  

 

- Ryo, qu’est-ce que tu fiches ? On n’a pas que ça à faire que de t’attendre alors que tu nous as donné rendez-vous !, m’accueille-t-elle, visiblement en colère.  

 

Bizarrement, ces quelques mots me tirent un léger rire, plutôt nerveux qu’autre chose, et je me reprends bien vite.  

 

- On ne viendra pas, Saeko. On…  

- Comment ça on ne viendra pas ? Tu te fiches de moi ou quoi ?, se fâche-t-elle, prête à me faire tout un sermon mais je la coupe :  

- Kaori est à l’hôpital. On a eu un accident de voiture. C’est… grave, très grave même, je crois.  

 

Je vois enfin par la fenêtre la porte s’ouvrir et laisser passer l’urgentiste qui t’a emmenée, me cherchant un instant du regard. Mon cœur cesse de battre un instant. Moi qui crevais d’avoir de tes nouvelles suis comme paralysé : c’est trop tôt, beaucoup trop tôt, je ne suis pas prêt à entendre ce qu’il va peut-être me dire.  

 

- Je dois te laisser.  

 

Ma voix n’a été qu’un murmure et c’est comme un automate que je coupe la conversation malgré mon inspectrice qui m’appelle comme si elle était à des kilomètres de moi et que je reviens à l’intérieur et vais faire face à l’homme. Sa tenue est propre mais je sais que ça ne veut rien dire. Il doit se changer aussi vite que je dégaine mon magnum.  

 

- Monsieur Saeba ?, me demande-t-il.  

 

Je suis incapable de parler alors je hoche simplement la tête en attendant qu’il me dise ce que j’ai besoin d’entendre.  

 

- Nous venons d’emmener votre femme en chirurgie., m’informe-t-il.  

 

J’en ai les jambes coupées et je ne sais comment je tiens encore debout. Tu es vivante. C’est une bonne nouvelle et j’en suis à la limite de pleurer tellement je suis soulagé.  

 

- Venez, asseyons-nous par ici., me dit-il.  

 

Il m’entraîne dans une petite salle à l’écart et allume la lumière, m’invitant à prendre place dans un fauteuil. Il doit me parler de toi et, même si je suis pressé de savoir, je m’exécute pour ne pas le froisser. Il sait, pas moi, et j’ai besoin de savoir, j’ai horriblement besoin de savoir.  

 

- Votre femme souffre de nombreux traumatismes. Elle a les deux bras et deux jambes cassées à plusieurs endroits, toutes des fractures ouvertes. Elle a un traumatisme crânien très sévère, un traumatisme facial et de nombreuses hémorragies internes. Nous avons dû traiter ses luxations des hanches et les plaies au crâne avant même de la monter en chirurgie. Entre temps, nous avons dû la réanimer deux fois et, très honnêtement, je suis surpris qu’elle soit encore en vie. Nous l’avons transfusée pour compenser les pertes de liquide et lui éviter un choc hypovolémique. Monsieur Saeba, nous tentons le maximum pour elle mais vous allez devoir nous dire quelles sont vos consignes., me dit-il.  

- Comment ça mes consignes ?  

 

Je sais parfaitement ce qu’il veut me dire mais c’est comme si mon cerveau refusait de l’entendre et de l’intégrer. Ce ne sont pas les mots que je veux entendre. Je veux qu’il me dise que tu vas bien, enfin aussi bien que possible dans les circonstances actuelles, que ce n’est qu’un mauvais moment à passer et que tu vas t’en sortir. Ca, je peux l’entendre.  

 

- Monsieur Saeba, le pronostic vital de Kaori est engagé. Ses chances de survivre sont minimes. Nous n’abandonnons pas mais il est peu probable qu’elle passe les prochaines heures. Dites-nous jusqu’où nous devons aller. Doit-on tenter le tout pour le tout, de la ramener à chaque fois qu’elle plongera ou doit-on la laisser partir paisiblement sans plus de souffrance ? Est-ce que nous la gardons sur une table d’opération au maximum ou voulez-vous avoir du temps pour lui dire au revoir ?, précise-t-il d’une voix plus douce.  

 

Non ! Je ne veux pas entendre cela. Je sais qu’il n’est pas responsable mais, malgré tout, je lui en veux. Je sens la colère qui monte face à l’injustice que la vie nous fait affronter une nouvelle fois. On vivait enfin notre histoire, on était heureux et ce n’est pas ainsi que tout doit se terminer. Je veux mourir entre tes bras dans notre lit quand je serai vieux. Je veux toutes les années qui viennent avant, les rires et tout le reste. Je veux tant de choses que j’en perds le compte mais je sais que c’est possible si on a du temps et il est en train de me dire que je dois faire une croix sur tout cela.  

 

Je me lève et je commence à faire les cent pas nerveusement dans la salle. C’est ça ou je lui colle mon poing dans la figure et, si je commence, ça ne s’arrêtera pas là. Je ne peux pas frapper l’homme qui t’a maintenue en vie. Si je dois m’en prendre à quelqu’un, c’est à la personne qui nous est rentrée dedans en premier, au chauffeur du camion ou à celui du troisième véhicule. Je me mets à rire de nervosité. Il ne pouvait pas y en avoir qu’un, n’est-ce pas ? Dans notre vie de merde, un seul n’était pas suffisant. Il fallait s’assurer que tu ne pouvais pas en réchapper, me dis-je cyniquement. Manque de bol pour le destin, tu es encore vivante. Il en aurait peut-être fallu un ou deux de plus.  

 

- Monsieur Saeba, je sais que c’est difficile de devoir décider. Je vous laisse réfléchir. Je reviendrai vous voir dans quelques minutes., m’informe le médecin avec compassion.  

- Ce n’est pas difficile… Faites tout ce qu’il y a à faire. Je refuse de lui dire au revoir. Ma femme est une battante. Elle se battra pour nous. Elle a ça en elle depuis toujours., lui réponds-je d’une voix déterminée.  

- Vous ne vous rendez pas compte de l’étendue de ses blessures, Monsieur Saeba…, me retourne-t-il.  

- Vous m’avez dit qu’elle avait une chance de survivre.  

- Minime, ses chances sont minimes., me rappelle-t-il.  

- Minime ne veut pas dire inexistant. Elle est toujours en vie et, comme elle me le dit souvent, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. On en est deux exemples. Faites le maximum. Je me fous de ce que ça coûtera, de la souffrance qu’elle va endurer, des heures que je passerai à ses côtés pour la soutenir. Si elle vit, on aura toute une vie pour oublier tous les deux.  

- Très bien. Sachez que vous pouvez changer d’avis à tout moment. Je fais préparer les formulaires et l’infirmière viendra vous voir. Elle vous demandera les documents nécessaires pour la signature., me prévient-il, ne comprenant certainement pas mon inhumanité.  

 

L’idée me traverse de sortir mon magnum et de lui demander si ça lui suffira comme document nécessaire mais je m’abstiens. Je dois garder mon sang froid pour pouvoir rester à tes côtés et prendre les décisions qui te conviennent. Je ne pense pas que ce serait possible si je menace l’homme qui t’a gardée en vie. Je pense déjà que tu serais fâchée contre moi et, ça, je ne le veux pas. De plus, si je les laisse faire, ils te laisseront probablement partir pour t’épargner toutes ces souffrances. Je ne te veux pas de mal, Kaori. Si je le pouvais, j’échangerais même nos places mais je ne le peux pas et je sais ce dont tu es capable. Tu es forte, beaucoup plus forte qu’on pourrait le penser.  

 

- Quand ce sera fait, vous pourrez monter au premier étage. Il y a une salle d’attente dédiée pour les familles des patients en chirurgie. Bon courage, Monsieur Saeba., m’informe-t-il avant de sortir, ne comprenant certainement pas mon acharnement.  

 

Je reste seul dans cette pièce pendant un moment. Les mots tournent dans mon cerveau et je finis par me rasseoir, la tête entre les mains. Ai-je tort de vouloir te garder près de moi en te faisant subir tout cela ? Est-ce réellement mon espoir qui me guide, la confiance que j’ai en toi ou simplement la peur de te perdre, le fait de ne pas vouloir rester seul ?  

 

- Tu es là, Ryo.  

 

Je relève le visage et vois à la porte mon vieil ami, celui qui m’a connu sur les champs de la guérilla, sorti de l’enfer de la drogue et veillé de plus ou moins loin depuis mon arrivée au Japon.  

 

- Tu as des nouvelles ?, me demande-t-il, inquiet.  

- Le médecin vient de passer., lui dis-je, même si je n’ai aucune idée du temps qui s’est écoulé depuis qu’il est parti.  

- Elle est en chirurgie.  

- Tu connais ses blessures ?, m’interroge-t-il, s’asseyant à mes côtés.  

- Trauma crânien, facial, bras et jambes cassés, luxation des hanches, multiples hémorragies internes de ce que j’ai retenu.  

 

J’ai écouté le médecin, les secouristes mais j’ai l’impression d’être dans un brouillard et de ne pas en avoir retenu la moitié. Mon ami me regarde posément, évaluant certainement la situation.  

 

- Et le pronostic vital ?, poursuit-il calmement.  

 

Son calme me fait du bien et m’aide à reprendre le dessus. Peu importe la gravité de tes blessures, ça ira. Je le sais.  

 

- Engagé. Ils disent… Ils disent que ses chances de survie sont minimes mais, moi, je crois qu’elle peut s’en sortir. Elle est forte. Vous le savez, Professeur, vous la connaissez., lui dis-je, en quête de cette assurance qui ne fait que jouer au yo-yo en moi.  

- Kaori est forte, Ryo. Tu la connais mieux que quiconque. Ils t’ont déjà demandé ce qu’ils devaient faire, les consignes de fin de vie ?, me questionne-t-il, posant une main sur mon épaule.  

 

Fin de vie… Je ne veux même pas en entendre parler. Ce n’est pas la fin de ta vie. Tu n’en es qu’au début. Vingt-sept ans, ce n’est pas un âge pour mourir malgré ce qu’en pensent certains. Vingt-sept ans, c’est l’âge pour faire des projets, vivre heureux, rire, s’aimer.  

 

- Je leur ai dit de faire le maximum.  

 

Ma voix n’est qu’un murmure comme si le poids de ma conscience pesait dessus. Les doutes reviennent. Est-ce trop te demander que de te battre pour vivre ?  

 

- Ai-je eu tort ?  

 

La question désarçonne mon ami. Il est rare que j’émette des doutes de vive voix. Je les tais généralement. Mais là, je ne suis pas dans un cas général. Ça te touche particulièrement et je ne sais plus ce qui est bien ou pas, je ne sais pas si je pense rationnellement ou non et tu n’es pas là pour me guider ou me soutenir. Je vais devoir penser pour toi, décider pour toi et ça me terrifie quelque part. J’ai peur de me tromper et de te décevoir.  

 

- Qu’en penses-tu ? Penses-tu qu’elle puisse vivre ? La crois-tu assez forte pour traverser cette épreuve ?, me demande-t-il.  

- Je… Je crois., murmuré-je.  

 

Il ne répond pas tout de suite et sort un papier d’une enveloppe marron, me le tendant.  

 

- Ca, ça pourrait devenir réalité ou non ?, m’interroge-t-il.  

 

J’ouvre l’enveloppe et en sors le papier blanc. En haut, tout en haut, apparaît la mention certificat de mariage et, sur les premières lignes, nos deux noms, notre adresse et la date du mariage.  

 

- Nous nous sommes mariés le vingt-six mars ?  

 

Je me fiche bien de ma voix troublée par l’émotion.  

 

- J’ai cru comprendre que vous vous étiez rencontrés par deux fois à cette date. Je me suis dit que c’était symbolique. Comme en plus, c’est la date de ton anniversaire, tu ne l’oublieras pas., me répond-il.  

 

J’entends l’amusement dans sa voix et je me tourne vers lui, croisant son regard soucieux avec néanmoins cette petite lueur malicieuse. Je ne peux m’empêcher de sourire en retour. C’est une date qui me convient bien et je crois bien que, lorsque tu seras remise, je poserai un genou à terre pour transformer la supercherie en réalité.  

 

- Il te suffit de signer pour vous deux. Tu sauras imiter sa signature, je pense., me dit-il, me tendant un stylo.  

 

J’acquiesce et signe le document pour toi et pour moi. Nous sommes mariés et je ne ressens qu’un immense soulagement et une certaine fierté. Je ne m’attendais pas à cela. Je n’ai pas peur, je ne me sens pas pris au piège. Je me sens bien...a u moins pour ce sujet-là.  

 

- Monsieur Saeba, je vous amène les papiers à signer., me fait l’infirmière qui se présente à la porte à peine une minute plus tard.  

- Vous tombez bien. Mon ami vient de me ramener le certificat de mariage qu’il a récupéré chez nous., lui dis-je, lui tendant le document.  

 

Elle l’examine attentivement pendant que je lis les siens, sentant le regard du Professeur qui lit à mes côtés.  

 

- Tout est bon ?  

 

Je ne veux pas me tromper et tout ce charabia a tendance à m’embrouiller.  

 

- Ils feront tout pour la garder en vie., m’affirme-t-il.  

 

Sans plus aucun doute, j’appose ma signature au pied des documents et les redonne à l’infirmière qui me rend mon certificat de mariage avant de partir.  

 

- C’est un très beau faux., lui dis-je, reconnaissant.  

- Il est tout ce qu’il y a de plus authentique. Ils pourront vérifier l’état civil et ils trouveront votre mariage enregistré., m’affirme-t-il.  

 

Loin de me mettre en panique, cette nouvelle me soulage. Je suis persuadé que tu ne me feras aucune difficulté mais je garde en tête que, dès que tu seras sur pieds, je serai aux tiens, une bague à la main.  

 

- Merci Professeur. Je dois monter à l’étage pour attendre de ses nouvelles.  

- Tu permets à un vieil homme de t’accompagner ?, me demande mon ami d’un air calme.  

- Bien évidemment.  

 

Nous sortons de la salle et nous dirigeons vers les escaliers lorsque j’entends mon prénom. Quand je me retourne, je vois nos cinq amis approchant, affichant un air plus ou moins inquiet.  

 

- Monsieur Saeba, tenez, ce sont les affaires de votre épouse., m’interpelle l’infirmière me tendant un sac.  

 

Tes affaires… Je n’ose même pas regarder dans quel état elles peuvent être. Je prends le sac jaune et me tourne pour croiser le regard bleu océan en pleine tempête de mon ami américain.  

 

- Ton épouse ?, me demande Mick, les sourcils froncés. 

 


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