Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prose

 

Auteur: Mercury80

Status: Complète

Série: City Hunter

 

Total: 55 chapitres

Publiée: 11-04-21

Mise à jour: 24-08-21

 

Commentaires: 36 reviews

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DrameRomance

 

Résumé: "Je survivrai par n'importe quel moyen pour celle que j'aime." Survivras-tu pour moi ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Toi et moi sans toi" sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

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   Fanfiction :: Toi et moi sans toi

 

Chapitre 49 :: Chapitre 49

Publiée: 14-08-21 - Mise à jour: 14-08-21

Commentaires: Bonjour, voici la suite de l'histoire. Pas de MAJ demain, je suis absente. Bonne lecture et merci pour vos commentaires^^

 


Chapitre: 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55


 

Chapitre 49  

 

« Ryo »  

 

Je sens une boule se former dans ma gorge sachant très bien ce qui va venir après. Ce n’est pas la première, et probablement pas la dernière fois, que je lis cette lettre. Malgré tout, lire mon prénom inscrit noir sur blanc de cette écriture que je connais si bien reste toujours aussi douloureux… même si je devrais me réjouir de la revoir.  

 

« Tu as été un homme admirable depuis que je me suis réveillée. A la lumière des souvenirs qui me sont revenus, je ne suis même pas sûre que je me serais attendue à cela même si je savais qu’il y avait un homme bien en toi. »  

 

J’ai envie à nouveau de froisser la lettre et de l’envoyer dans la corbeille à papier. Mieux, je devrais simplement prendre mon briquet et la brûler pour ne pas pouvoir la récupérer et me torturer de nouveau avec tes mots. Parce que ça sent le « mais » à plein nez comme la première fois que je l’ai lue. Imagines-tu le mal que tu m’as fait ? Soupçonnes-tu la torture que c’est de ne pas savoir ?  

 

« Mais... »  

 

Nous y voilà, je l’avais dit et ça me fait toujours rire cyniquement quand je lis ces quatre petites lettres. Une semaine maintenant et je ne m’y fais toujours pas… Ca me met encore dans une colère inimaginable, une colère que je n’aurais jamais pensé pouvoir éprouver contre toi. Tu m’avais promis, Kaori…  

 

« j’ai besoin de m’en aller, de me retrouver un temps seule pour savoir, pour comprendre, pour faire le point. »  

 

Tu m’avais promis de ne pas partir sans me le dire en face et tu m’as menti. Tu t’es enfuie sans rien me dire, sans prévenir du jour au lendemain. Tu n’as même pas prévenu le Professeur qui a trouvé ta chambre vide excepté pour la lettre que je tiens et un vague mot d’excuse pour lui. Etrangement, il l’a bien pris. Pas moi…  

 

- Euha !, entends-je à mes pieds.  

 

Je jette un œil sur Kimi allongée par terre sur une couverture qui joue avec ses pieds et bascule soudain sur le côté. Nullement impressionnée comme la première fois, elle profite de la situation et se met sur le ventre, redressant un peu plus qu’hier encore sa petite tête. Que dois-je lui dire ? Que tu reviendras ? Que tu ne reviendras pas ? Qu’est-ce qu’on a fait de travers ? Est-ce qu’elle te manque ? Et moi ? Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ce jour-là ?  

 

« Je ne sais pas ce qu’il en résultera mais, quoiqu’il advienne, on se reverra. »  

 

J’y compte bien. Je veux comprendre, j’en ai besoin. Je veux pouvoir expliquer à ma fille plus tard ce qu’il s’est passé, répondre à ses questions le jour où elles viendront si tu n’es plus là. Je replie la lettre et la jette sur le divan à côté de moi sans lire les derniers mots.  

 

« J’espère que tu comprendras. Kaori. »  

 

Non, je ne comprends pas. Tu allais enfin pouvoir rentrer à la maison où tu aurais pu finir ta rééducation. On avait tout arrangé, tout aménagé pour. J’avais même aménagé une pièce au même niveau que le séjour pour que tu puisses dormir et pouvoir te déplacer en toute autonomie, réduisant le besoin que tu aurais de moi et donc le sentiment de dépendance au maximum. Il ne t’aurait fallu de l’aide que pour aller jusqu’à la salle de bains. J’avais même prévu pour que tu puisses t’occuper de Kimi quand elle ne dormait pas. Ca n’était pas suffisant apparemment malgré ce que tu m’avais assuré.  

 

Qu’est-ce qui s’est passé ? On était pourtant sur la bonne voie. On avait retrouvé notre entente même si ça se résumait à une belle amitié complice pour le moment. On se parlait sans gêne, plaisantait, on regardait parfois Kimi enlacés et, ça, ça me laissait beaucoup d’espoir pour après. On allait revivre ensemble même si ce n’était pas comme je l’aurais voulu. J’aurais attendu, continué à être proche de toi, travaillé à te redonner confiance en nous, envie de nous si ça manquait aussi. Là, je n’ai plus rien et j’oscille entre la colère et le désespoir.  

 

Le cœur lourd, j’attrape ma fille et la prends contre moi. Elle me fait un sourire éblouissant qui me réchauffe le cœur et je lui souris en retour en demi-teinte. Je dois faire mieux pour elle. Je dois reprendre le dessus, chasser la noirceur qui envahit mon cœur et je ne vois pas trente-six solutions pour cela. J’ai besoin d’extérioriser tout cela mais elle ne peut pas en être le témoin.  

 

- Ca te dirait d’aller passer un peu de temps chez Tonton Umi et tante Miki, ma Kimi ? Je sais que Tonton Mick serait ravi de t’avoir mais je crains qu’il ne se serve de toi comme attrape-fille comme la dernière fois. Alors autant te laisser entre des mains sûres. Ce ne sera que pour deux ou trois jours, ma chérie, mais je reviendrai à cent pour cent pour toi. Je te promets. Tu ne grandiras pas sans tes parents., lui dis-je avant de l’approcher et d’embrasser son front.  

 

Pour seule réponse, elle s’agite et porte la main à sa bouche, laissant échapper un filet de bave. Je souris, espérant d’autres moments comme celui-là, la bave en moins peut-être mais avec toi en plus même si c’est beaucoup plus incertain. En une demi-heure, j’ai bouclé deux sacs avec nos affaires et nous sommes dans la panda, en route vers le Cat’s.  

 

- Voilà la plus belle., s’extasie Miki tout sourire.  

 

Elle jette son torchon sur le comptoir et vient me prendre Kimi des bras.  

 

- Je compte toujours pour du beurre depuis qu’elle est là…, fais-je, faussement vexé.  

- T’es pas mal non plus., réplique-t-elle légèrement avant de se faire plus sérieuse.  

- Tu as eu des nouvelles ?  

- Non, aucune.  

- Je ne comprends pas., soupire-t-elle, serrant ma fille contre elle comme pour la protéger.  

- Moi non plus. Miki, j’ai un service à vous demander., fais-je, jetant un regard vers Umi qui astique une assiette, geste ô combien rassurant dans mon monde bouleversé.  

 

Etonnament, je le vois poser ce qu’il tient et faire le tour du comptoir pour nous rejoindre.  

 

- On t’écoute., fait-il.  

- J’ai besoin de deux-trois jours pour… réfléchir. Pouvez-vous me garder Kimi ? Je reviendrai mais sa décision… J’ai besoin de réfléchir.  

- Ryo…  

- C’est d’accord. Dis-nous juste où on peut te trouver s’il y a un problème., me demande-t-il.  

- Je…  

 

Je n’ai pas vraiment réfléchi à la question mais c’est évident qu’ils doivent pouvoir me trouver s’il y a un problème avec Kimi. Je ne suis plus seul maintenant.  

 

- A la cabane. Je serai à la cabane. Juste deux ou trois jours, ça devrait suffire. J’en profiterai pour te ramener les caisses vides qui traînent là-bas depuis des mois., dis-je en plaisantant.  

 

Umi m’observe en silence et je me retiens de me trémousser, un peu mal à l’aise face à l’absence de réponse.  

 

- Je ne ferai pas de connerie., me sens-je obligé de justifier.  

- Je sais. C’est une bonne idée., finit-il par dire.  

- Je ne sais pas mais j’en ai besoin pour elle., dis-je, caressant le crâne de ma fille.  

- Alors fais-le et compte sur nous pour elle. On va bien s’amuser tous les trois, n’est-ce pas, Kimi ?, fait Miki, prenant sa main et la faisant sauter un peu dans ses bras.  

 

Le bébé répond par un grand sourire baveux, ses autres doigts plongés au fond de sa bouche.  

 

- Le Professeur dit que ses dents commencent à lui travailler. J’ai mis ce qu’il faut si besoin dans le sac à langer., leur dis-je.  

- Ne t’inquiète pas. S’il y a un souci, on appellera Kazue. Je suis sûre qu’elle sera ravie de venir., me retourne Miki.  

- Vas-y, Ryo. Fais ce que tu as à faire. On veille sur elle., me rassure-t-elle.  

- Merci à vous deux. Trois jours grand max., leur dis-je.  

- Prends le temps qu’il faudra. Il y a des choses qui en valent la peine., me répond Umibozu.  

 

Je fronce les sourcils à sa réflexion, ne comprenant pas très bien où il veut en venir puis finis par me dire que j’ai juste l’esprit trop embrouillé pour saisir la subtilité. Mitigé, ayant l’impression d’abandonner Kimi même si c’est surtout pour elle que je le fais, je m’en vais.  

 

Je fais la route jusqu’à la cabane dans le plus grand silence, perdu dans mes doutes sur l’opportunité d’avoir laissé Kimi. J’aurais peut-être pu la prendre avec moi, le grand air lui aurait fait du bien. Non, ce n’aurait pas été l’idéal pour me remettre les idées au clair. J’avais besoin d’être seul pour marcher, nager ou simplement rester assis à réfléchir, juste moi, la nature et ton fantôme. Le tumulte se calme lorsque je commence à monter la côte qui mène à la cabane. Le chemin a été emprunté récemment et j’espère que personne ne squatte mon havre de paix. Pas pressé de rencontrer les éventuels importuns, je prends tout mon temps pour respirer l’air porteur de senteurs boisées et m’imprégner de la sérénité lénifiante de la nature.  

 

Arrivé non loin de mon point de chute, je n’entends aucun bruit et souffle un bon coup, satisfait d’être seul. J’avance vers la cabane et y pénètre, m’arrêtant instantanément : quelqu’un y vit. Tout est propre et net et aucune affaire ne traîne. Je ne trouve même pas un sac dans l’endroit et jette le mien sur le lit, bien décidé à déloger l’occupant. Je ressors et me poste sur les marches, scrutant les environs en quête d’une trace. Je ne vois rien et fais le tour de l’abri, trouvant un bagage planqué dans un coin à l’abri de la pluie. Manque de chance, je tombe sur quelqu’un qui a l’habitude de prévoir de s’échapper… comme moi.  

 

Je m’apprête à ouvrir le sac lorsque j’entends un bruit feint. Je sors mon magnum et reviens vers le coin de la cabane pour observer les alentours. Je scrute des yeux l’endroit d’où il provient et, soudain, les feuilles bougent. Un tanuki sort des bosquets et je baisse mon arme, avançant à découvert. L’animal fuit à toute vitesse, surpris de ma présence, et disparaît dans la végétation. Je n’y prête cependant pas attention, figé par l’aura que je sens non loin, derrière moi.  

 

- Ryo ?  

 

Je n’arrive pas à croire que tu es là. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ? Tu ne connais pas beaucoup d’endroits où te réfugier. Je pensais que tu étais loin d’ici mais j’aurais au moins dû essayer les refuges non loin. Je me suis laissé aveugler par ma déception et ma colère au point de ne plus réfléchir calmement. Lentement, je me retourne, un peu effrayé de ne pas te trouver là, de n’avoir en fait que rêver entendre ta voix, mais tu es là, bien là, devant moi, les cheveux mouillés tout comme ton corps, ne laissant aucun doute sur ce que tu viens de faire.  

 

- L’eau est bonne ?  

 

Je pourrais me foutre une claque pour cette question qui vient de nulle part et qui ne faisait pas partie de la liste que j’avais en tête. Visiblement, elle te surprend tout autant et tu fronces les sourcils avant de te détendre.  

 

- Un peu fraîche mais ce n’est pas désagréable. Comment tu m’as trouvée ?, me demandes-tu.  

- Par hasard. Comment aurais-tu voulu que je te trouve ?, fais-je, ma mauvaise humeur remontant.  

 

Tu ne réponds pas et avances vers moi avant de bifurquer pour aller vers l’arrière de la cabane d’où tu ressors avec le sac que j’avais trouvé, un sac que je ne connais pas et je sais maintenant que tu as eu de l’aide.  

 

- Qui t’a aidée ?  

- Ca ne te regarde pas. Il n’y a qu’une personne à qui tu dois en vouloir puisqu’apparemment tu es en colère…, réponds-tu, rentrant dans la cabane.  

 

Je fais pour te suivre mais tu me claques la porte au nez et verrouille la serrure.  

 

- Laisse-moi entrer, Kaori ! On doit parler !  

- Dès que je serai habillée. Patiente pour le moment., rétorques-tu.  

 

Je serre les dents mais redescends malgré tout, commençant à faire les cent pas en jetant des regards noirs aux planches de bois qui t’entourent. Tu finis par sortir de là et je vois que tu es nerveuse.  

 

- Pourquoi tu es partie sans me le dire ? Tu croyais qu’une lettre serait suffisante ?  

- C’était mieux que rien. Je t’ai dit qu’on se reverrait. Je pensais que tu comprendrais., me réponds-tu calmement.  

- Que je comprendrais quoi ? Tu t’es enfuie. On s’était encore parlés dans la journée, on peaufinait les détails pour ton retour à la maison et tu es partie dans la nuit…  

- Je sais, c’était lâche mais je ne savais pas si j’aurais la force de supporter ton regard ou de savoir garder ma position si tu plaidais pour me laisser ce temps-là à l’appartement. Je savais que si j’y retournais, je ne le prendrais probablement jamais et j’avais peur., m’apprends-tu, avançant vers le lac.  

 

Suspendu à tes lèvres, je te suis sans broncher ni penser que tu cherches de nouveau à me fuir. J’ai enfin une explication sur ta disparition et, même si elle fait un peu mal, je comprends ta position… parce que j’aurais certainement cherché à te retenir.  

 

- Mais pourquoi tu avais besoin de ce temps seule, isolée ?  

- Pour réfléchir, savoir ce que je voulais, si je pouvais vraiment revenir à ma vie… à notre vie, être mère, compagne, ta partenaire. Est-ce que j’étais encore capable d’être Kaori Makimura ou étais-je devenue une pâle copie ?, résumes-tu.  

 

Arrivée au bord du lac, tu t’assieds sur le sol, les jambes recroquevillées contre toi. Ca me rappelle quelques soirées que nous avons passées ici sauf qu’au lieu de m’asseoir à tes côtés comme maintenant, laissant un espace entre nous, je prenais place derrière toi, t’entourant de mes bras.  

 

- Vous m’avez tous entourée à la clinique. J’ai eu plus de béquilles que je n’en avais besoin et ça a été bénéfique sur beaucoup de plans. Sans vous, sans toi surtout, je n’y serais jamais arrivée et surtout pas si vite parce que j’ai bien entendu Tatsuya, Kazue et le Professeur : c’était un miracle ou plutôt une série de miracles qui se sont quand même enchaînés…, m’apprends-tu.  

- C’est vrai que je l’ai entendu aussi mais en quoi ça a été problématique alors ?, fais-je, curieux.  

 

La colère est oubliée. Tu me parles et je t’écoute, prêt à affronter ce que tu as à dire, les explications qui m’éclaireront sur les sept derniers jours.  

 

- Je… Je ne savais plus qui j’étais. Chacun de vous me parlait de celle qu’il connaissait mais, moi, je n’arrivais pas à m’identifier à ces Kaori. Je ne me sentais ni forte, ni malicieuse, ni mère, ni compagne. Je ne me sentais ni justicière, ni jalouse, ni tendre, ni aimante, ni courageuse. J’étais comme ces bouillies infâmes qu’on m’a servies au début : sans goût, sans saveur, informe, je ne ressemblais à rien dans mon esprit., m’expliques-tu.  

 

Ca me fait mal d’entendre à quel point tu te sentais mal dans ta peau alors que tu essayais d’afficher un sourire sans faille devant nous les derniers jours. J’ai la sensation d’avoir échoué à te redonner confiance en toi malgré tous les moments où je t’ai dit ce que je pensais réellement de toi : que tu étais belle, admirable, forte, la femme que je connaissais et que j’aimais.  

 

- Tatsuya m’a dit que je pouvais reprendre ma vie en me ménageant mais ce n’était pas suffisant pour moi, pas en vivant comme nous vivons. Je n’ai pas le droit d’être un poids pour toi, surtout pas avec Kimi dans l’équation désormais et, comme tu l’as dit, elle est prioritaire. Donc de nous deux, c’était à moi de m’effacer si je ne pouvais être à la hauteur mais comment le savoir en étant tout le temps entourée, couvée, surveillée ? Parce que, malgré tout ce que tu as pu en penser, je me suis réfrénée même quand tu n’en avais pas l’impression., m’apprends-tu.  

- Et il y avait ces sentiments qui étaient en moi… par rapport à toi. J’ai été fâchée contre toi, Ryo, il y a peu encore, et ça me faisait culpabiliser et, plus je culpabilisais, plus j’étais fâchée. C’était un cercle vicieux.  

 

Je te jette un regard surpris. Je pensais que cette partie-là était finie depuis longtemps, depuis que tes souvenirs étaient revenus et qu’on s’était reparlés. Je suis dans l’incompréhension la plus totale et je m’en veux aussi de ne pas m’en être rendu compte.  

 

- Mais… pourquoi tu m’en voulais ?, dis-je enfin.  

- C’était idiot., éludes-tu.  

- Parle-moi, Kaori. Tant qu’à parler, dis-moi tout ce que tu as à dire. J’ai besoin de comprendre., te réponds-je, approchant de toi.  

 

Tu gardes le silence un moment, le regard fixé sur l’horizon qui s’obscurcit. Le temps passant, je finis par me dire que tu ne parleras pas. Je m’abstiens d’insister. On a encore le temps car il est hors de question que l’on parte d’ici sans avoir décidé de ce qu’il adviendra de nous. La nuit tombée, je me dis qu’il est temps que l’on rentre mais c’est le moment où tu te décides à parler.  

 

- Tu t’en es sorti avec seulement quelques égratignures. J’ai frôlé la mort et, toi… tu n’as rien eu ou presque. La vie a continué pendant des mois pour toi pendant que j’étais plongée dans le coma. J’ai le sentiment qu’on m’a volé ma vie, notre vie. Je ne peux m’empêcher de me demander si tu as vu d’autres femmes, ce que tu as fait, ce que tu espérais…  

 

L’obscurité m’empêche de voir ton visage mais j’entends ta voix chargée d’angoisse et de colère contenue.  

 

- J’ai été enceinte et je n’en ai aucun souvenir et tout le monde s’attendait à ce que ce soit normal pour moi d’être la mère de Kimi. J’ai cru que ça viendrait lorsque j’accoucherais mais je n’ai rien senti ni douleur ni amour inconditionnel. J’étais juste perdue avec une fille dont j’avais encore du mal à comprendre comment elle pouvait exister et toi… tu as endossé le rôle de père si facilement alors que, de nous deux… Non, ce n’était pas juste… On m’a tout volé, ma vie, ma grossesse, mon indépendance, ma fille et toi…, grondes-tu d’une voix tremblante.  

- J’étais le bébé dont il fallait s’occuper. Pendant des mois, tu m’as lavée, tu t’es occupé de moi comme on s’occupe d’un grabataire, tu as changé mes alèses souillées, vu mon corps meurtri. Tu as pris des décisions me concernant, pour ma vie, notre vie, celle de Kimi. Je n’ai aucune idée de la façon dont tu as appris que j’étais enceinte, ta réaction… Même notre mariage, on me l’a volé., pleures-tu.  

 

Je ressens tout le chaos, l’injustice et la colère que tu portes en toi. Je ne peux pas imaginer tout ce que tu ressens mais je peux le comprendre, au moins essayer de le comprendre. Ca me fait penser à moi quand je suis sorti de la poussière d’ange et que je me suis retrouvé face à mon père qui m’avait trompé.  

 

- J’étais paniqué, Kaori. C’est moi qui ai découvert ta grossesse et j’étais paniqué, tellement paniqué que ce jour-là, j’ai failli faire la plus grosse connerie de ma vie : te plaquer. Tu te souviens, je t’en ai parlé : mes quinze jours d’absence. J’ai bu comme un trou pendant une semaine et après j’ai dû affronter mes peurs. Je suis revenu ensuite. J’ai passé ces quinze jours ici., t’apprends-je.  

 

Je t’entends soudain bouger et tes mains se glissent autour de moi. Je t’enlace et t’attire sur mes genoux pendant que tu te niches tout contre moi. Pendant un long, très long moment, tu pleures comme si tu sortais enfin toute l’angoisse que tu as ressentie. Je te serre juste contre moi et caresse ton dos de manière apaisante.  

 

- J’aurais voulu être là pour toi, te dire que tout irait bien, qu’on pouvait le faire parce qu’on était deux., réussis-tu à me dire au bout d’un moment.  

- Tu as tout le temps été là pour me guider, Kaori., fais-je, posant les lèvres sur ta tempe et fourrant le nez dans tes cheveux.  

 

Je ferme les yeux un instant, ne sachant comme tu vas prendre ce que je vais te dire et que je ne peux pas taire.  

 

- Même si c’est difficile à entendre, Sugar, sans tout cela, je n’aurais probablement jamais accepté d’être père.  

- Tu ne l’as gardée que pour pouvoir avoir un souvenir de nous…, fais-tu avec désillusion.  

- Non, Kaori. Parce qu’avant ton accident, je n’avais pas idée de l’homme que je pouvais être vraiment. Je n’en avais qu’effleuré la surface. J’ai grandi sans toi, pour toi et avec toi. J’ai grandi comme homme, comme compagnon et je me suis découvert la capacité à être père, la volonté aussi., te réponds-je d’une voix douce et confiante.  

- Au départ, je l’ai gardée pour toi mais plus ton ventre s’arrondissait, plus j’interagissais avec elle, plus il devenait évident que je l’aimais tout autant que je t’aimais. Aujourd’hui, j’aimerais simplement qu’on puisse l’aimer tous les deux et être une famille tous les trois, la famille qu’on a tous les deux recherchée.  

 

Tu ne dis rien mais restes nichée contre moi. Je sens encore la tension dans ton corps et je continue à tracer des arabesques dans ton dos pour t’apaiser et ça finit par marcher au bout d’un long moment quand j’entends enfin un léger soupir t’échapper.  

 

- Si on rentrait dormir ?, fais-je, sentant la fraîcheur nocturne nous entourer.  

- D’accord., murmures-tu.  

 

Nous nous levons et regagnons la cabane. Je résiste à l’envie de te prendre la main pour m’assurer que tu ne trébuches pas et finalement, c’est toi qui viens chercher la mienne. Dans ma tête, je me vois effectuer une petite danse de la victoire.  

 

- Je te laisse le lit d’en haut si tu ne veux pas avoir l’impression que je te couve…, te dis-je, allumant la lampe à huile posée dans un coin.  

 

Tu me regardes et souris, un éclat d’amusement dans tes prunelles.  

 

- Tu seras mieux en haut. Tu auras plus d’espace., me rétorques-tu.  

 

Je ne te dirai pas que je me sentirais aussi bien dans moins d’espace si ça incluait de pouvoir te tenir contre moi. On n’a pas encore fini de discuter et de tout éclaircir entre nous et ce serait dommage de gâcher ce qui a débuté en voulant aller trop vite.  

 

- Comme tu voudras.  

 

Je me déshabille, ne gardant que mon caleçon, et grimpe sur le lit superposé. Te protégeant de mon regard, tu retires ton pantalon, ton pull et te glisses sous le drap, laissant à mon imagination tes jambes dénudées et ton corps simplement couvert d’un tee-shirt qui doit à peine couvrir ta petite culotte. La réaction mokkorienne est immédiate et je m’efforce de la dompter silencieusement, ce qui n’est point évident quand l’objet de mon désir se trouve en dessous de moi mais pas de la façon dont je le voudrais… Fatalement, les images lascives affluent à cette pensée et je me sens durcir encore plus. J’essaie de réajuster mon caleçon pour qu’il ne se déchire pas dans l’épreuve mais fais grincer le lit de bois.  

 

- Ca va, Ryo ?, entends-je.  

- Oui, oui., fais-je distraitement, essayant d’oublier ta présence pour calmer le feu qui m’embrase.  

- Tu es sûr ?, t’inquiètes-tu.  

 

Au diable la prudence, me dis-je. Tu as oublié ce que je ressentais pour toi, je peux bien te le rappeler, non ? Ce ne seront que des paroles après tout, je n’irais jamais jusqu’à m’imposer à toi.  

 

- Kaori, j’ai envie de toi. Alors crois-moi, je vais aussi bien qu’un homme qui bande peut aller quand il a la femme qu’il aime et désire aussi près de lui sans pouvoir la toucher., fais-je.  

 

Bon, j’aurais peut-être pu être un peu plus délicat sur la formulation à en juger par ton silence. Celui-ci s’éternise et je me dis que tu t’es endormie, épuisée par l’émotion peut-être.  

 

- Je suis désolée. Je voudrais te dire… mais je ne suis pas prête.  

- Je croyais que tu dormais., te réponds-je bêtement, surpris par ta réponse tardive.  

- Tu crois vraiment qu’on dormira ?, répliques-tu, anxieuse.  

- Pour ma part, je ne pense pas. J’ai peur que tu disparaisses à nouveau.  

 

Dans le silence absolu qui nous entoure, j’entends le petit bruit familier que tu fais lorsque tu mordilles ta lèvre. Ca n’aide pas à faire redescendre mon mokkori qui peine à se calmer. Soudain, je vois vaguement l’ombre de ton crâne apparaître avant de sentir ton souffle sur mon bras.  

 

- Tu… Tu crois que si on dormait ensemble, ça te permettrait de dormir ?, murmures-tu.  

 

Je n’en crois pas mes oreilles. Tu me prends la main tout à l’heure et tu me proposes de dormir ensemble maintenant ? C’est plus que ce que tu m’as donné en plusieurs semaines.  

 

- Hum… J’ai toujours un très gros problème…, fais-je, amusé à l’idée du rougissement qui doit teinter tes pommettes.  

- Je ne peux pas te proposer de le régler mais… j’ai déjà eu à faire à lui. J’y survivrai., plaisantes-tu.  

- Alors je pense que je réussirais à dormir si on dormait ensemble., conclus-je, ravi.  

 

Je saute du lit, balance mon matelas par terre sans précaution aucune et attrape le tien pour le poser à côté pendant que tu prends nos sacs qui nous servent d’oreillers.  

 

- Merde, j’espère que je n’ai pas abîmé les caisses d’Umi sinon je vais entendre parler du pays…, dis-je en grommelant.  

- Quelles caisses ?, me demandes-tu, intriguée.  

 

Je vais dans le coin où je les avais entassées et le trouve vide.  

 

- Oublie. Il a dû venir les récupérer entre temps., fais-je, haussant les épaules.  

 

Je m’installe sur notre lit improvisé comme nous le faisions les quelques fois où nous sommes venus et tu viens t’allonger à mes côtés. Tu n’es pas tout contre moi mais tournée vers moi et c’est déjà bien.  

 

- Promets-moi de ne pas te fâcher., me demandes-tu soudain.  

- A quel sujet ?  

- Promets-moi d’abord., répètes-tu.  

- Promis. Qu’as-tu à me dire ?  

- C’est Umi qui m’a amenée ici. C’est moi qui lui ai demandé parce que je savais…, commences-tu.  

- Qu’il comprendrait, pas comme les autres et moi, n’est-ce pas ?, finis-je sereinement.  

- Oui. Il doit venir me rechercher dans trois jours., m’apprends-tu.  

 

Je sens un sourire étirer mes lèvres et je me mets à rire. Le renard, il savait que je te trouverais ici et qu’on aurait l’occasion de discuter. Je comprends mieux ces derniers mots maintenant et l’absence des caisses.  

 

- Trois jours ? Il n’aura pas besoin de venir alors. C’est le temps que j’avais prévu de rester ici., te dis-je.  

- Trois jours…  

 

Ma voix n’est plus qu’un murmure quand je réalise la date que nous serons.  

 

- Dans trois jours, ça fera un an., murmures-tu.  

- Un an que notre vie a basculé., ajoutes-tu, la voix étranglée.  

 

Le calme s’empare de moi et je fixe le plafond, tendu aux souvenirs qui refont surface.  

 

- J’ai cru te perdre ce jour-là. J’étais fou, Kaori. Tu étais au bord du précipice et je ne pouvais rien faire pour te retenir. Le hasard parvenait aux fins que tous les voyous n’avaient pas réussi à atteindre et je ne pouvais rien faire d’autre que regarder impuissant puis attendre…  

- Le hasard n’a pas réussi, Ryo., me lances-tu, posant une main sur mon bras.  

- En es-tu si sûre ?  

 

Tu ne réponds pas mais soudain, je sens ton corps contre le mien, ta main sur mon ventre et, quand je lève le bras, tu poses ta tête sur mon épaule et me laisse t’envelopper dans mon étreinte.  

 

- Je l’espère encore…, murmures-tu. 

 


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