Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prose

 

Auteur: Mercury80

Status: Complète

Série: City Hunter

 

Total: 55 chapitres

Publiée: 11-04-21

Mise à jour: 24-08-21

 

Commentaires: 36 reviews

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DrameRomance

 

Résumé: "Je survivrai par n'importe quel moyen pour celle que j'aime." Survivras-tu pour moi ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Toi et moi sans toi" sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

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   Fanfiction :: Toi et moi sans toi

 

Chapitre 4 :: Chapitre 4

Publiée: 02-05-21 - Mise à jour: 02-05-21

Commentaires: Bonjour, voici la suite de cette histoire. Merci pour vos commentaires qui sont un réel plaisir comme toujours. Encore une fois, je suis désolée pour les inexactitudes éventuelles sur les descriptions médicales malgré les nombreuses recherches effectuées. Je ne suis pas médecin et n'ai aucune prétention de l'être. Bonne lecture et merci pour vos reviews^^

 


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Chapitre 4  

 

Je rentre dans ta chambre et je m’arrête, la nausée me prenant quand je te vois allongée sur ce lit. Je me suis dit que le pire que j’aurais à supporter serait de voir ta peau presque aussi blanche que les draps qui te couvriraient. Je me pensais prêt pour les tuyaux, les fils, les bandages mais je n’en avais jamais vu autant sur une seule personne de toute ma vie. Qu’est-ce que j’ai fait de toi ? Sans ma lubricité, on serait à la maison entrain de faire l’amour, de dormir ou de finir un film, serrés l’un contre l’autre, pas ici, moi te regardant branchée à tous ces appareils qui te maintiennent en vie.  

 

J’ai envie de fuir, Kaori, pas parce que j’ai peur et que c’est trop pour moi. Je suis prêt à être là avec toi à tout moment, quand tu te réveilleras, quand tu souffriras, quand tu souriras, quand tu pleureras pour le mal que je t’ai fait ou te mettras en colère pour mon insouciance qui t’a amenée sur ce lit d’hôpital. J’ai envie de fuir parce que j’ai honte et que je culpabilise. Tu n’as pas mérité ce sort-là. Je me dis que je ferais mieux de m’éloigner de toi parce que je ne fais que te blesser et te mettre en danger mais je sais aussi que je n’en ai pas le droit parce que tu m’aimes, que je t’aime et que je ne te laisserai certainement pas tomber maintenant. Je suis là, Kaori, et je serai là à tout moment.  

 

Je m’approche de toi, le cœur aussi lourd que mes pieds. Plus la distance se réduit, plus la vision se précise : c’est un cauchemar. Ce ne peut être qu’un cauchemar. Je m’arrête et je me pince le bras. La douleur est réelle, localisée et bien présente. Je ne rêve pas. C’est la réalité, cette horrible réalité où tu es allongée sur un lit, méconnaissable, et je n’ose imaginer ta douleur. Mon regard remonte les tubulures et je trouve la potence sur laquelle sont accrochées des poches de sang, de sérum physiologique et d’autres dont je ne peux lire l’étiquette. J’espère qu’il y a des antalgiques dans le lot. Ce n’est pas parce que tu es inanimée que tu ne souffres pas. Je ne pourrais concevoir qu’on te laisse souffrir parce que tu ne peux pas t’exprimer.  

 

- Monsieur Saeba, bonsoir. Je suis l’infirmière Yoshi. Vous pouvez approcher et lui toucher la main, vous savez., me dit la jeune femme en blanc.  

 

Pourquoi je ne rencontre que de jeunes et jolies infirmières depuis que je suis arrivé ici ? Est-ce une manière d’éprouver ma fidélité alors que tu es là, incapable de me corriger ou de rivaliser si je fais l’idiot ? Si c’est le cas, c’est raté parce que, comme sa collègue des urgences, elle me laisse complètement indifférent.  

 

- Avez-vous déjà visité quelqu’un aux soins intensifs ?, me demande-t-elle.  

 

Brièvement, je me demande si la visite à mes frères d’arme dans la tente de fortune du camp compte dans le lot puis secoue négativement la tête. Je t’ai visitée à l’hôpital quand tu as été amnésique et quand tu as été opérée de l’appendicite mais jamais aux soins intensifs. C’était bien le dernier endroit où je voulais te voir, l’avant-dernier si je compte le cimetière.  

 

- Chaque fois que vous viendrez, il vous faudra enfiler la même tenue. Elle n’est pas très seyante mais elle diminuera les risques d’infection pour votre épouse., m’explique-t-elle.  

- Je veux juste la voir, réponds-je, me fichant de paraître à mon avantage.  

- Je me doute. Il faudra bien penser à vous désinfecter les mains avec la solution située à l’entrée et renouveler l’opération à chaque fois que vous reviendrez dans la chambre si vous sortez et régulièrement entre deux. Si vous devez nous appeler, vous pouvez utiliser la sonnette qui est là et, si l’équipe doit intervenir, vous devez rester à l’écart. Si on vous le demande, il faudra sortir. Nous n’avons rien à cacher mais il y a des choses qui sont difficiles à voir. Avez-vous des questions sur cela ?, m’interroge-t-elle.  

 

Je n’imagine même pas une seconde te quitter si quelque chose se passe mais je sais, et je dois accepter, que je ne pourrai tout le temps être là. Il y a des plages horaires pour les visites et, quoique j’en pense pour le moment, il faudra bien que je rentre à un moment ou à un autre pour dormir, me laver, changer… Je sens déjà mon estomac se nouer à cette pensée : te laisser seule ici m’est insupportable.  

 

- Monsieur Saeba, avez-vous des questions sur le protocole ?, me redemande-t-elle d’une voix douce.  

- Non… J’ai tout compris et je le respecterai., acquiescé-je.  

- Le docteur Tomoda vous a fait un point en sortant de chirurgie. Voulez-vous qu’on reprenne le tout plus calmement maintenant ?, me propose-t-elle.  

- Pour quoi faire ?  

 

Ma voix n’est ni hargneuse ni surprise. J’entends juste mon propre épuisement maintenant que la tension est un peu retombée, que je t’ai à mes côtés et que j’entends les bips réguliers qui indiquent que ton cœur bat. Je préférerais ne pas entendre le souffle du respirateur, savoir que tu respires par toi-même mais, apparemment, ce n’est pas le cas.  

 

- Pour vous, pour que vous soyez conscient de ce qui se passe. On s’est aperçus qu’à de nombreuses reprises, les personnes ne recevaient qu’une partie des informations qu’on leur fournissait lors de la première entrevue ou qu’elles avaient des questions qui leur venaient après, même celles qui semblaient résister le mieux au choc. Voulez-vous qu’on reprenne l’ensemble des blessures de Kaori à deux ?, m’explique-t-elle.  

 

Je réfléchis, te regarde et acquiesce. Elle me désigne la chaise derrière moi et en approche une autre. La suivant, je prends la mienne et la déplace juste à côté du lit.  

 

- Vous pouvez toucher ses doigts. Je sais que ce n’est pas grand-chose mais, pour vous comme pour elle, ce sera déjà un lien., me dit-elle.  

 

Je regarde tes doigts que je tenais encore il y a quelques heures entrelacés entre les miens, ton pouce caressant le dos de ma main inconsciemment. Quand retrouverai-je cette sensation ? Je ne sais pas, vite j’espère mais la meilleure réponse serait certainement quand tu seras hors de danger. Je ne veux pas te voir te réveiller comme on voit dans certains films, juste pour quelques heures, le temps de me dire au revoir. Ma main se pose sur la tienne doucement. J’essaie de ne pas trop appuyer en voyant les attelles qui entourent ton index et ton majeur mais mon regard les fixe lourdement.  

 

- Elle a des fractures à quelques doigts. Des fractures non déplacées qui mettront quelques semaines à se rétablir., m’explique-t-elle.  

- Le docteur Tomoda m’a dit qu’il y avait eu une chirurgie crânienne…  

 

Ma voix n’est qu’un murmure et j’ose à peine lever les yeux pour voir ton visage. De loin, j’avais vu les pansements qui le recouvrent et j’ai soigneusement évité de fixer cette zone. Je ne veux me souvenir que de ton air radieux dans le garage mais il est temps d’affronter la réalité.  

 

- Kaori avait un hématome extra-dural qui s’étendait très rapidement. Le neurochirurgien a effectué une craniectomie. Il a découpé l’os pour créer un volet qui a permis d’évacuer le sang qui s’était accumulé rapidement et a ainsi pu trouver l’origine du saignement et l’arrêter., m’apprend-elle.  

- Elle a un trou dans le crâne ?  

- Non, je vous rassure. Après que le saignement ait été stoppé et la zone soigneusement examinée, on a replacé l’os à sa place. Il va se reconsolider. La seule trace qui restera sera une légère cicatrice au niveau du scalp que ses cheveux cacheront lorsqu’ils repousseront.  

 

Je lève mon regard vers elle. Tes cheveux… Tes beaux cheveux… Je me sens bête mais ils ont dû les raser pour l’intervention. Je tourne les yeux vers le bandage qui ceint ton crâne, voyant dépasser une touffe de cheveux roux maculés de sang.  

 

- Nous n’avons rasé que la zone concernée et nous avons dû couper à certains endroits pour effectuer des sutures. Les sutures des plaies du cuir chevelu ont été faites aux urgences pour limiter l’hémorragie. Ces plaies sont souvent superficielles mais elles saignent abondamment., me dit-elle.  

- Je sais., murmuré-je.  

- C’est aussi aux urgences qu’ils ont traité ses luxations de hanche pour permettre le maintien de bons flux vers ses membres inférieurs., ajoute-t-elle.  

- Ils ont dû la réanimer deux fois là-bas et encore en chirurgie. Ils l’avaient déjà réanimée avant d’arriver., murmuré-je, le doute me reprenant.  

 

Etais-je obligé de te faire vivre cet enfer ? N’aurais-je pas dû te laisser partir ? A cette idée, la nausée me prend et j’ai ma réponse.  

 

- Oui. Son cœur s’est arrêté de battre à plusieurs reprises effectivement mais, conformément à vos directives, nous ferons tout ce qui est nécessaire pour la ramener à chaque fois… sauf si vous changer d’avis., me promet-elle.  

 

Je l’observe un moment et finit par secouer négativement la tête. Je ne t’abandonne pas.  

 

- On continue sur l’inventaire de ses blessures ou vous préférez que l’on reprenne demain ?, me propose-t-elle avec beaucoup de sollicitude.  

- Je peux rester cette nuit ?, lui demandé-je.  

 

Je veux être là avec toi, je veux que tu saches que tu n’es pas seule. Je sais que ces heures suivant ton opération sont cruciales et je ne peux être ailleurs.  

 

- Exceptionnellement, oui mais à compter de demain soir, il faudra respecter les horaires… autant pour vous que pour elle., me fait-elle remarquer.  

- D’accord. Alors continuons, s’il vous plaît., réponds-je, soulagé.  

- Son visage a été touché par des éclats de verre. Elle a donc de nombreuses coupures mais elle a surtout une fracture du nez. Nous n’opérons immédiatement que lorsque cela l’empêche de respirer mais, comme elle est intubée, on va attendre que la zone dégonfle pour pouvoir estimer les dégâts. Si tout se passe comme prévu, un chirurgien plasticien l’opérera d’ici deux semaines pour remettre tout cela en ordre. C’est sa seule fracture au visage., me rassure-t-elle.  

- Tant mieux. Elle est déjà assez servie., plaisanté-je, sans aucune trace d’humour dans la voix.  

- La bonne nouvelle, et c’est peut-être un petit miracle en soi, la colonne vertébrale n’a pas été touchée. Elle n’a qu’une contusion à un endroit qui se résorbera en quelques jours ou semaines., m’apprend-elle.  

 

Je ressens un certain soulagement en pensant que tu ne resteras pas handicapée si tu t’en sors. Je suis sûr que tu n’aurais pas baissé les bras mais cela aurait nécessité une évolution dans notre vie et, par évolution, je ne songe même pas à la séparation. Je t’aurais emmenée loin d’ici pour pouvoir avoir une vie tranquille, loin de la violence de notre monde actuel. J’aurais été là pour toi et uniquement toi mais je sais que ça t’aurait déchirée d’être loin de ta ville, de nos amis, de ton frère. Partir ne sera pas une obligation mais une possibilité et, pour toi, je le ferai.  

 

- Ses membres sont fracturés, des fractures ouvertes., reprends-je, ce fait me revenant en mémoire.  

- Oui, effectivement.  

- Pourtant, elle n’est pas plâtrée., constaté-je.  

- On ne plâtre pas des fractures ouvertes. Elle a été opérée et les os ont été remis en place. Ils sont maintenus par un clou médullaire pour les deux jambes qui ont été fracturées en plusieurs endroits. Pour les bras, le chirurgien a posé des vis. Le bras gauche a été plus sévèrement touché que le droit. Voulez-vous voir ?, me demande-t-elle.  

 

Très honnêtement, je n’en ai aucune envie : voir ton corps mutilé est atroce. Mais j’acquiesce malgré tout parce qu’il vaut peut-être mieux que je le vois maintenant plutôt qu’au moment où tu te réveilleras. Tu auras besoin que je sois fort et voir mon regard certainement horrifié à ce moment-là ne t’aidera pas. Je la regarde soulever les draps qui te recouvrent et mon cœur se serre en voyant tes longues jambes portant chacune une longue cicatrice parsemée de points de suture, des hématomes, des traces de sang. Elle remet les draps avant de soulever les draps qui recouvrent tes bras qui ont eux aussi subi le même traitement. Ton visage parsemé de cicatrices, tes membres idem, je n’ose imaginer ce qui se cache sous le dernier drap qui cache le reste de ton corps.  

 

- Ca va, Monsieur Saeba ?, me demande l’infirmière d’un air compatissant.  

 

Je me rends compte que j’ai les larmes aux yeux… non, en fait, je pleure. Je sens l’humidité sur mes joues. Je ne sais pas depuis combien de temps mes larmes tombent et je m’en fous : la femme de ma vie est allongée sur un lit d’hôpital entre la vie et la mort, de multiples blessures sur tout son corps.  

 

- Je… Oui, vous pouvez continuer., lui dis-je, passant une main sur mon visage.  

- Vous vous doutez que je vais évoquer maintenant les blessures qu’a subi votre épouse au niveau du tronc…, commence-t-elle et je ne peux que hocher la tête.  

- Kaori a plusieurs côtes cassées. Elle a eu un hémo-pneumothorax qui a nécessité l’insertion de deux drains thoraciques qui sont encore en place. Nous procédons à l’auto-transfusion en plus de transfusion d’autres produits sanguins. Le groupe sanguin de votre femme nous y a contraint car nos stocks en produit O négatif sont toujours très limités et elle a perdu beaucoup de sang., continue-t-elle.  

 

Donneuse universelle, receveuse unique, c’est tout toi. Tu peux me donner ton sang mais je ne peux te donner le mien. Je me retrouve encore une fois incapable de faire quelque chose qui pourrait t’aider. Je suis nul, inutile, indigne de t’aimer et d’être aimé de toi. J’aurais vraiment merdé jusqu’au bout…  

 

- Kaori a des lésions hémorragiques au foie et à la rate. Pour le foie, le chirurgien a opté pour une solution temporaire d’hémostase, ce qu’on appelle un packing., m’explique-t-elle.  

- Je suppose que, pour la rate, vous la lui avez enlevée., murmuré-je.  

- Non. Il a tenté une mesure conservatrice et suturé les lésions. Très honnêtement, elle n’aurait pas supporté l’opération. Au dernier arrêt qu’elle a fait, ils ont préféré stopper l’intervention pour lui laisser un peu de repos., me dit-elle.  

- Elle va donc être réopérée… Quand ?, l’interrogé-je, observant tes traits, oubliant les cicatrices, les ecchymoses, ton nez cassé.  

- On ne sait pas. Tout va dépendre des heures à venir, de l’évolution de son état. Dans l’idéal, on aimerait que sa tension soit plus haute, que son rythme cardiaque reste stable pendant quelques heures, que ses drains cessent de donner. Dans le pire des cas, ce peut être un départ en urgences si son état se détériore soudainement. On ne peut pas prévoir mais elle est suivie très régulièrement. Dans les heures à venir, je viendrai la voir tous les quarts d’heure en plus de la surveillance par les appareils. Kaori est ma patiente pour la nuit, ma seule préoccupation., me prévient-elle.  

 

Tous les quarts d’heure, une infirmière personnelle… je suis soufflé, sonné. Si j’avais encore des doutes sur la gravité de ton état, ils sont balayés. Grave n’est peut-être même pas le bon mot, gravissime serait peut-être plus adéquat.  

 

- Mais les autres patients…, osé-je.  

- Si nous avons une urgence, mes collègues géreront. Ce sont les consignes du docteur Tomoda. Kaori est ma patiente de la nuit. Monsieur Saeba, il y a autre chose que vous devez savoir., me dit-elle.  

 

Quoi ? Ce n’est pas tout ? Que peut-il encore y avoir de plus ? Je balaye toutes les zones de ton corps et me sens blêmir en pensant à la partie que nous n’avons pas évoquée à part pour les luxations.  

 

- Ne me dites pas qu’elle a été blessée… qu’elle a dû…, commencé-je, incapable de parler.  

- Monsieur Saeba ? Respirez et parlez-moi., m’incite-t-elle, posant une main sur mon avant-bras.  

- Son bassin… je veux dire… c’est une femme… une jeune femme encore en âge de…  

 

Je serre les lèvres, incapable de former les mots qui se bousculent dans ma tête. Je n’envisage pas d’avoir d’enfant mais, toi, je ne t’imagine pas sans. C’est illogique et nous n’en avons jamais parlé jusqu’à maintenant mais je ne peux imaginer que tu perdes cette possibilité.  

 

- Vous craignez qu’elle ait subi une hystérectomie ?, me demanda l’infirmière Yoshi.  

 

Je hoche la tête, plongeant dans son regard.  

 

- Non, elle n’a eu aucune lésion à ce niveau. A part les luxations, le bassin était intact, le bas-ventre aussi., m’affirme-t-elle avec un léger sourire.  

 

La vague de soulagement qui me balaye me prend un instant de court et j’ai l’impression de relâcher mon souffle.  

 

- Alors que deviez-vous encore me dire ?, lui demandé-je d’une voix un peu plus posée.  

- Je vous ai expliqué que le chirurgien avait arrêté l’opération parce que Kaori n’était pas stable., me rappelle-t-elle.  

- Il était en plein milieu d’une laparotomie, c’est-à-dire que son abdomen était ouvert. Il n’a pas refermé la plaie. Il a appliqué un pansement à pression négative., me dit-elle après que j’ai acquiescé.  

 

Je cligne des yeux un instant, la regardant sans comprendre avant que les mots ne s’insinuent dans mon cortex. Il ne t’a pas refermée. Il t’a ouverte mais il ne t’a pas refermée. Tu as les tripes à l’air. Je revois soudain des images macabres des champs de bataille en Amérique Centrale. Je vois les mouches, les corps ouverts, j’entends les bourdonnements, les râles d’agonie, je sens la mort qui nous entoure, le sang qui imbibe la terre. Pas toi… Ca ne peut pas t’arriver.  

 

L’infirmière fait un bond en arrière quand je saute sur mes pieds et découvre ton corps. Je vois ta poitrine dénudée et tuméfiée, trace visible du choc que tu as reçu, puis mes yeux descendent et se posent sur le plastique transparent qui couvre ton ventre, ton ventre que j’embrassais encore hier matin, ce matin, je ne sais même plus. Je vois la peau béante, un truc jaune sous le plastique et le tuyau qui sort, un tuyau dans lequel des gouttelettes de sang circulent.  

 

- Que lui avez-vous fait ?, grondé-je à l’infirmière Yoshi, dardant un regard noir sur elle.  

 

Je me retiens de l’attraper pour la secouer. Ma fureur est grande de te voir ainsi transformée en tas de chair martyrisée, tes viscères ainsi exposés. Quand je la vois reculer de plusieurs pas, impressionnée, non, terrifiée, je me reprends et je tombe assis sur ma chaise, la tête entre les mains. Ce n’est pas elle la coupable, c’est moi, uniquement moi et ma libido incontrôlée, celle qui m’a fait changer de route parce que je t’avais cherchée et que tu m’avais trouvé, que je ne pouvais rester sur de simples attouchements sans vouloir plus, que ma faim de toi était encore si grande malgré ce week-end paradisiaque, que la seule façon que j’ai de te montrer que je t’aime, c’est de te faire l’amour, encore et encore. Pourtant, je sais que j’ai tort. Les gestes tendres, ce week-end, les moments partagés, tout ça c’est aussi te montrer que je t’aime. Mon problème n’est pas tant de te le montrer en fait. Mon problème, c’est de te le dire.  

 

- Je suis désolé., murmuré-je.  

- Je n’aurais pas dû m’énerver. Je suis vraiment désolé.  

- Je… Je comprends., me dit l’infirmière, lissant sa blouse avant de revenir s’asseoir près de moi.  

 

Son regard se pose anxieusement sur moi, se demandant certainement comment je vais réagir.  

 

- Comme je vous l’ai dit, c’est un pansement à pression négative., recommence-t-elle.  

- Nous avons mis dans son abdomen une mousse qui absorbe les exsudats et refermé avec le pansement. Le tuyau qui est là aspire et crée une pression moins élevée que celle de l’air ambiant. Cela favorise la cicatrisation, réduit les risques d’infection. Dans le cas de Kaori, ça évitera une deuxième incision tout en permettant de drainer la plaie. Vous comprenez ?, me demande-t-elle.  

- Je crois…, finis-je par dire après quelques secondes.  

 

Je ne sais pas en fait. Je ne peux que leur faire confiance et attendre de pouvoir en parler avec mon référent médical, le Professeur ou Kazue. Pour cela, il faudra attendre car je ne bougerai pas d’ici.  

 

- Concernant les traitements en cours, Kaori reçoit des culots de sang, du sérum physiologique, des antibiotiques à large spectre pour lutter contre les infections qui pourraient être entraînées par ses fractures ouvertes et ses plaies, un analgésique pour la douleur et elle est sédatée., m’explique-t-elle.  

- Elle est branchée à un électrocardiogramme, un oxymètre et est intubée., ajoute-t-elle.  

 

Elle fait une pause et me regarde, me laissant certainement le temps de digérer toutes ces informations. Ca fait beaucoup pour un seul homme, même pour moi. D’habitude, je m’appuierais sur toi pour garder mon calme mais, là, je me sens seul… et désemparé et c’est nouveau pour moi.  

 

- Nous pensons que Kaori est dans le coma. Malgré tout, nous garderons la sédation aussi longtemps que nécessaire pour son processus de guérison. Nous allons prendre soin d’elle, Monsieur Saeba. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour la soigner, lui apporter le confort nécessaire et la remettre sur pied., m’assure-t-elle.  

 

Je la regarde et hoche la tête. J’ai une boule au fond de la gorge qui m’empêche de prononcer le moindre mot.  

 

- Si vous avez besoin de quoique ce soit, si vous avez des questions à poser, n’hésitez pas, nous sommes là pour ça., m’assure-t-elle.  

- Merci., réussis-je à lâcher.  

 

Elle se lève et remet sa chaise en place silencieusement avant de passer de l’autre côté du lit et de vérifier les perfusions et les machines. Elle replace doucement les draps sur ton corps pour qu’aucune parcelle ne soit à découvert, respectant ainsi ton intimité. Je regarde ton visage, ton cou et ne peux retirer mes yeux des coulures rouges séchées qui te maculent.  

 

- Tout ce sang sur elle…, murmuré-je soudain.  

- Voulez-vous la laver un peu ?, me propose-t-elle.  

- C’est possible ?  

- Je vais vous montrer… pour les zones possibles. Les autres, je m’en occuperai demain matin. Je préfère la laisser se reposer., me dit-elle.  

- Il vaut peut-être mieux alors…, commencé-je, craignant de mal faire ou de te faire mal.  

- Non, là où je vous indiquerai, vous ne risquez pas de lui faire mal et ce sera quelque chose de bon pour vous deux… même si ce ne sera pas grand-chose. Vous pouvez lui parler et lui caresser la main. C’est important de garder le contact., m’assure-t-elle avant de me quitter.  

 

Je repose ma main sur la tienne et te regarde, ne sachant quoi te dire.  

 

- Accroche-toi, Sugar. Je suis là.  

 

Tu ne te réveilleras pas à ces mots, je le sais, mais j’espère que tu les entends malgré tout. Quelques minutes plus tard, l’infirmière Yoshi revient avec une bassine et un gant de toilette.  

 

- Vous pouvez nettoyer son cou, cette zone au dessus du drap et ses mains., me dit-elle, baissant un tout petit peu le drap qui recouvre ta poitrine.  

- Allez-y doucement et parlez-lui. Prenez votre temps. Il n’y a pas de plaie à ces endroits, juste des hématomes. Avec les anti-douleurs, elle n’aura pas mal. Oubliez-moi., me dit-elle, se mettant en retrait.  

 

Je prends le gant, le trempe dans l’eau chaude et l’essore, fébrile. Doucement, je le passe sous ton menton, retirant les traces de sang qui ont coulé de ton nez. Je voudrais bien nettoyer tes lèvres mais il y a le tube qui te permet de respirer et je ne risquerais pas ta vie pour avoir une fois de plus succombé à mes désirs immédiats.  

 

- Je suis désolé, Kaori. J’aurais voulu t’épargner tout cela., commencé-je.  

- Monsieur Saeba, Kaori a besoin de choses positives. C’était un accident. Vous n’y êtes pour rien. Parlez-lui de choses qui lui donneront envie de s’accrocher. Moi, je détesterais entendre mon mari culpabiliser pour quelque chose dont il n’est pas responsable., intervient l’infirmière Yoshi.  

 

Je suspends mon mouvement et me tourne vers elle, la dévisageant un long moment. Bizarrement, ce ne sont pas ses traits que je vois mais les tiens et je sais que c’est ce que tu m’aurais dit. Ce n’était qu’un stupide accident. Une personne qui a fait un malaise en voiture et ne contrôlait plus rien. Pour le reste, un mauvais concours de circonstances qui a placé un camion et une autre voiture sur ta trajectoire. Je le sais mais ça ne m’évitera jamais de penser que, si j’avais agi différemment, tu ne serais pas là. Néanmoins, elle a raison et je peux faire taire ma culpabilité en ta présence.  

 

- Vous avez raison., réponds-je, plongeant le gant dans la bassine.  

 

L’eau se teinte de rouge. Mes mains sont plongées dedans et ça me rappelle ton sang séché qui les maculait que j’ai nettoyé des heures plus tôt. Ma première impulsion est d’envoyer la bassine au loin, horrifié, mais je me contiens et je sors le gant et l’essore avant de le reposer en haut de ton épaule droite. Je descends doucement le long du tissu, là où je suis autorisé à te toucher. Je vois les hématomes se faire de plus en plus visibles au fil des heures. Ton corps… Ta peau d’albâtre n’est plus que couleurs sombres, rouge, noire et violacée. Les quelques zones d’une autre couleur sont juste translucides… Ma gorge se serre.  

 

- Tu es toujours aussi belle, Kaori. Tu le seras toujours à mes yeux. Peu importe ce qui se passera., te dis-je.  

 

Je te revois nue devant moi il y a quelques heures, je revois ton visage rayonnant de bonheur et de sérénité. Cette image-là restera gravée en moi pour toujours. J’espère qu’un jour, je réussirai à repousser au plus loin l’autre vision, celle que j’ai actuellement sous les yeux. Ca ne m’empêchera pas de t’aimer, jamais, mais ce n’est pas une image qui t’est fidèle.  

 

- J’ai fini.  

 

Je repose le gant dans la bassine, saisis le linge et tamponne la zone nettoyée. C’est mieux et ça m’a fait du bien de pouvoir faire quelque chose pour toi. J’ai l’impression d’être utile dans cet environnement qui n’est pas le mien.  

 

- Je pense que ça lui a fait du bien aussi. Vous savez, vous pouvez ramener des petites choses qui l’aideront à se sentir chez elle. Si elle a un réveil qui fait un bruit particulier, quelque chose dont elle aime sentir l’odeur… Ca peut aussi être un parfum que vous mettriez sur un tissu qu’on poserait à côté d’elle. Si c’est le cas, ramenez-le. Nous le désinfecterons avant de le mettre dans sa chambre si c’est possible., me propose-t-elle.  

- Je regarderai quand je rentrerai., réponds-je, m’asseyant et posant de nouveau la main sur la tienne.  

 

Je n’ai pas l’intention de rentrer pour le moment. Ma place est ici à tes côtés. J’entends l’infirmière vérifier tes poches et tes constantes et ressortir discrètement. Nous sommes seuls.  

 

- Tu dois te réveiller, Kaori. J’ai tant de choses à te dire encore. Je veux pouvoir encore te serrer dans mes bras, dormir contre toi. Reviens-moi, je t’en supplie., murmuré-je.  

 

Je n’ose pas lever ton bras pour porter ta main à mes lèvres alors c’est moi qui me baisse et baise tes doigts un à un, sentant le métal froid sur deux d’entre eux. J’avais peur qu’ils soient froids mais ils sont tièdes et, sans trop appuyer, je pose ma joue contre eux. Je guette le moment où tu vas les sortir de là pour les mettre de toi-même sur ma joue. Rien ne vient cependant et je ferme les yeux pour réprimer les larmes qui montent. J’ai besoin d’un signe de ta part, quelque chose qui me donne un peu d’espoir parce que, là, j’ai de plus en plus le sentiment de te faire du mal pour rien.  

 

Soudain, les machines se mettent à bipper et s’affolent. Je relève les yeux et vois l’électrocardiogramme où le signal est irrégulier. En moins de trente secondes, l’infirmière est là, met le lit à plat, un médecin arrive moins de dix secondes après avec deux autres personnes et je me retrouve au fond de la pièce hors du périmètre d’action, entendant le signal devenir continu.  

 

- Elle fait un arrêt., annonce l’infirmière Yoshi.  

- Préparez les palettes !, ordonne le médecin qui commence un massage cardiaque.  

 

J’ai l’impression de voir une scène d’une série médicale. Un autre infirmier bouge le lit pour faire de la place au niveau de la tête où un autre défait l’embout du respirateur pour prendre un ballonnet et continuer à te faire respirer manuellement. Je n’entends plus ce qu’ils disent, un bourdonnement a pris place dans mes oreilles, et, soudain, je les vois découvrir ton buste, placer deux palettes et ton corps se soulever. J’ai le cœur au bord des lèvres. Reviens, Kaori. Reviens ! Tu ne peux pas avoir subi tout cela pour rien. Toi et moi, ça ne peut pas se finir ainsi.  

 

Ton corps se soulève une nouvelle fois. J’entends sans comprendre le médecin et l’infirmière se parler, je vois sans les comprendre leurs regards se poser sur moi puis te regarder toi. Le signal est toujours plat lorsque le médecin arrête le massage et ton corps se soulève une troisième fois. Tous les regards se tournent vers moi et je comprends alors ce qu’ils attendent de moi : que je leur dise d’arrêter de te torturer.  

 

Est-ce illogique si, devant mes yeux, ce sont les images que j’ai de ta vie qui défilent ? Je t’imagine petite fille à la mort de ton père, brave et courageuse, je te revois Sugar Boy à seize ans me suivant, m’affrontant pour le bien de ton frère, venant avec moi dans la maison de ce marchand d’armes, je me souviens de ton regard le jour où je t’ai annoncé le décès de ton frère, cette résolution à ne pas te laisser abattre ou encore dans cette clairière il y a un an, prête à mourir pour moi… sauf que je n’étais pas prêt à mourir pour toi mais à survivre pour vivre avec toi.  

 

- Tu dois vivre, Kaori.  

 

Je me sens soudain sûr de moi et ma gorge se dénoue. C’est à ton tour de me montrer ce que tu veux pour nous.  

 

- Tu dois te battre et revenir. Tu n’as pas le droit de lâcher. Tu es forte alors bats-toi, nom d’un chien !, dis-je d’une voix plus forte.  

 

Je sais que les quatre personnes sont surprises. Ce ne sont pas franchement les implorations d’un amoureux transi mais je sais de quel bois tu es faite et tu n’es pas une lâche ni une faible. Tu n’es pas de celles qu’on dorlote et emballe dans du coton même si tu aimes être câlinée. Tu es forte.  

 

- Tu m’as entendu, Makimura ? Bats-toi !, lui ordonné-je.  

 

Je vois ton corps se soulever une nouvelle fois et, à la surprise générale, le rythme cardiaque redevient régulier. Je sens mes jambes trembler face au soulagement que je ressens. En moins d’une minute, tout est remis en place, le drap sur ta poitrine, le respirateur mécanique, la tête de lit et le lit et deux infirmiers sortent, me laissant avec l’infirmière Yoshi et le médecin.  

 

- Elle est revenue cette fois, Monsieur Saeba, mais ça n’arrivera peut-être pas à chaque fois., me dit-il.  

- Faites votre boulot. Elle fera le sien., lui dis-je d’une voix dure.  

- Monsieur…, commence-t-il.  

- Merci Docteur. Je sais ce que vous voulez me dire mais ma femme est forte., le coupé-je.  

 

Il acquiesce face à mon air fermé, celui qui veut dire « foutez-moi la paix, je sais ce que j’ai à faire. », et tous deux sortent de la chambre, me laissant seul avec toi. Je m’approche du lit et me penche sur toi. On a besoin d’une discussion sérieuse et, pour cela, c’est les yeux dans les yeux… même si les tiens sont fermés.  

 

- Toi et moi… Nous sommes partenaires, Kaori. Tu es l’autre moitié de City Hunter et l’autre moitié de mon cœur. Je sais que tu es prête à mourir pour moi. Ce que je te demande, c’est d’être prête à vivre pour moi. Je sais que ce sera dur et douloureux mais je serai là à chaque pas. Alors peu importe le temps que ça prendra, soigne-toi, guéris et reviens-moi parce que nous deux, c’est pour la vie et que nous n’a de sens que si c’est toi et moi., te dis-je, observant ton visage.  

 

Comme toujours, j’aimerais y lire une réaction, ne serait-ce qu’une larme qui roulerait sur ta joue mais il n’y a rien. Je continue néanmoins à croire que tu m’entends. Je pose les lèvres sur ton front et mon visage descend non loin du tien jusqu’à ce que mes lèvres soient à côté de ton oreille.  

 

- XYZ, Kaori. Tu dois te réveiller pour que je te dise enfin ces trois petits mots au moins un million de fois. Tu ne m’abandonnerais pas aujourd’hui, Sugar ? Prends ton temps mais n’abandonne pas. C’est tout ce que je te demande., murmuré-je.  

 

Je te regarde une nouvelle fois puis reprends place sur mon siège, posant ma main sur la tienne. Je suis là. Je ne bouge pas. 

 


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