Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prose

 

Auteur: Mercury80

Status: Complète

Série: City Hunter

 

Total: 55 chapitres

Publiée: 11-04-21

Mise à jour: 24-08-21

 

Commentaires: 36 reviews

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DrameRomance

 

Résumé: "Je survivrai par n'importe quel moyen pour celle que j'aime." Survivras-tu pour moi ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Toi et moi sans toi" sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

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   Fanfiction :: Toi et moi sans toi

 

Chapitre 26 :: Chapitre 26

Publiée: 26-06-21 - Mise à jour: 26-06-21

Commentaires: Bonjour, voici la suite de l'histoire. Bonne lecture et merci pour vos commentaires^^

 


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Chapitre 26  

 

Lorsque je me réveille le lendemain matin, le soleil hivernal m’éblouit et renforce le mal de crâne déjà bien carabiné. C’est bien ma veine. L’alcool semblait à peine me faire de l’effet hier soir mais la gueule de bois, elle, est bien présente. Grognant, je pose la main sur mes yeux pour les protéger et me relève, vaseux, pour aller fermer le store ou le volet, peu importe ce qui est là, mais je veux juste ne plus être agressé par le soleil.  

 

A peine levé, je sens mon estomac se contracter violemment et j’ai à peine le temps d’arriver au lavabo que je vomis avec une rare violence. J’ai l’impression d’y avoir laissé mes tripes et, malgré tout, d’avoir encore de quoi y laisser une deuxième fournée… Tout mon corps est contracté et une pellicule de suée froide et âcre me recouvre, me faisant frissonner. Ca faisait longtemps que ça ne m’était plus arrivé, très longtemps même, me dis-je essayant de bloquer les souvenirs qui remontent.  

 

Machinalement, j’ouvre le robinet et me passe de l’eau sur le visage avant de me rincer la bouche une bonne dizaine de fois. Ca m’aide à me sentir un peu mieux et à me réveiller également. Appuyé sur la porcelaine, les yeux fermés, je me laisse imprégner par le calme ambiant. C’est étrange ce silence. Je n’entends rien, ni passant, ni klaxons ou moteur de voiture ni bruit de voisinage. Je rouvre les yeux et observe les alentours, comprenant enfin où je suis. Je regarde les lits superposés en bois, la table poussiéreuse, les fenêtres sans rideau ni store par lesquelles j’entrevois les arbres et le lac. Je suis dans la cabane où j’ai emmené mon petit prince pendant quelques semaines.  

 

Sans me poser de question, j’ouvre les fenêtres, laissant rentrer l’air frais avant d’aller ouvrir la porte. Sur celle-ci, est épinglée d’un couteau de chasse une note.  

 

- Ce cher Umibozu… Si tu as besoin de réfléchir ou de te saouler, tu le feras mais sans mauvaise compagnie. Et pour le retour, ce sera quand tu auras les idées claires par tes propres moyens. Ca te fera des pattes., lis-je à voix haute.  

- Me saouler ? Avec quoi ? L’eau du lac ?, fais-je cyniquement.  

 

Grognant, j’attrape le balai et vois alors trois caisses de whisky entassées juste derrière. Ok, il a tout prévu, le salaud, mais quand ? Et puis, comment je suis arrivé ici moi ? Je me souviens partir vers l’appartement d’une des filles que j’avais ramassées hier soir… Je consulte ma montre, pris d’un soudain doute. C’était bien hier soir… Donc je me rendais chez elle, tenant une donzelle dans chaque bras et après ? Je fronce les sourcils en essayant de me rappeler tout en passant le balai pour chasser la poussière. Je ne sais pas pourquoi je m’embête à le faire mais je le fais quand même. Si seulement ce mal de crâne voulait bien partir…  

 

Je passe près d’une demi-heure à cogiter tout en balayant et, quand j’ai enfin fini, je repose le balai et sors de la cabane. Il faut que je chasse ce brouillard de mon esprit et quoi de mieux pour cela qu’un bon bain frais ? Au bord du lac, je me déshabille, jetant mes vêtements sans égard au sol avant d’avancer dans l’eau froide. Les frissons me prennent mais je continue à avancer malgré tout avant de plonger d’un mouvement souple. Je sens le froid entourer tout mon corps, le caresser et reste sous l’eau jusqu’à ce que mes poumons réclament de l’air. Je remonte à la surface et m’éloigne du rivage dans un crawl puissant et rythmé.  

 

Sans la distraction des demoiselles en maillot de bain, c’est un exercice sain et presque cathartique de forcer son corps à l’action pour lutter contre le froid de l’eau… surtout en cette fin novembre. Je nage ainsi pendant près d’une heure sans relâche, bloquant toutes les pensées parasites. Je nage et ne pense qu’à cela. Droite-gauche-droite-gauche-droite. Respiration. Gauche-droite-gauche-droite-gauche. Respiration. Et ainsi de suite. Il n’y a rien d’autre que moi, la nage et l’eau. Pas de question existentielle, pas de distraction futile, rien. Je n’ai conscience que de moi-même et de mon environnement immédiat.  

 

Epuisé, je me retourne sur le dos et me laisse flotter dans un pur moment d’oubli comme je n’en ai que très rarement. C’est inconscient de ma part. Je suis ainsi une proie facile. Mon arme est sur le rivage, je suis complètement exposé mais je m’en fiche. Il me reste une capacité : celle de sentir les auras et je suis seul, complètement seul avec moi-même. Alors je me permets cette petite folie : je ferme les yeux et me laisse porter.  

 

- Tu comptes faire quoi ?, tonne la voix d’Umibozu.  

 

Les souvenirs remontent à la surface. Il est apparu devant moi hier soir comme un pantin sorti de sa boîte, faisant hurler les filles de peur.  

 

- Ca se voit, non ? Mes amies et moi allons passer un bon moment. Allez, venez, les filles. Vous m’avez promis tout un tas de délicieuses choses pour cette nuit., fais-je en les rattrapant.  

- Je ne pense pas. Tu vas venir avec moi., m’ordonne-t-il.  

- Je n’ai pas d’ordre à recevoir de ta part, Umi. Je compte bien prendre du bon temps toute la nuit et la journée de demain. Ca fait longtemps que je n’ai plus eu de plan à trois et je vais en profiter.  

- C’est ce qu’on va voir., m’affirme-t-il.  

 

Il a terrifié les filles qui sont parties en courant, me laissant seul face à lui, franchement en colère. Pour une fois que tu n’étais pas sur mon dos pour me casser les pieds, je me trouvais un autre troubleur d’ambiance. Je me souviens m’être jeté sur lui, essayant de l’assommer avec toute la rage qui courait dans mes veines depuis le matin mais mes gestes étaient décousus, preuve que finalement l’alcool avait eu un peu plus d’emprise que je ne le pensais. Je lève mes poings hors de l’eau et les observe un moment avant de couler et remonter à la surface. Comment ça s’est fini ? Je ne me souviens plus et, exaspéré, je me retourne et repars vers le rivage.  

 

Nu devant l’étendue bleue, j’observe les arbres et l’immuabilité apparente de l’eau un long moment avant de me décider à me sécher à l’aide de mon tee-shirt. Passant sur ma joue, je sens un éclair de douleur et repasse sur l’endroit. Il m’a assommé… Ca me revient. Il m’a décroché un uppercut en pleine mâchoire et je me suis effondré. Là où je me suis déchaîné comme un diable, il ne lui aura fallu qu’un coup de poing bien placé pour m’immobiliser. Le reste, je ne peux que l’imaginer : il a dû me hisser sur ses épaules comme un sac à patates puis me jeter à l’arrière de sa jeep avant de m’emmener jusqu’ici. Pourquoi ? J’enfile mon jean et tourne et retourne cette question dans mon esprit.  

 

Je pense soudain à toi. A-t-il appris ? Qui aura vendu la mèche ? Je me secoue. Ni le Professeur ni Kazue n’auront parlé et Umi ne croise pas Tatsuya. Alors pourquoi m’a-t-il amené ici ? Il m’a laissé le choix dans son mot : réfléchir ou me saouler… Le choix est vite fait, me dis-je, retournant à la cabane. J’ouvre la première caisse et en sort une bouteille. Je ne veux pas réfléchir. Je ne veux pas penser. Rien que le fait de m’être demandé ce qui a motivé mon ami m’a rappelé ce que je voulais oublier et a fait remonter la douleur et la colère. Coulant un regard sombre, je débouche la bouteille et l’emmène avec moi. Je m’assieds sur le seuil de l’entrée et commence à la descendre en jetant un regard peu amène aux alentours.  

 

Je passe ainsi toute mon après-midi à boire, embuant mon esprit dans les vapeurs éthyliques avec plus ou moins de succès. J’espère qu’un peu de chance fera arriver une miss mokkori randonneuse à qui je pourrai offrir le gîte et surtout la chaleur mais la nuit tombe et anéantit mes espoirs. Malgré tout, je reste dans le noir, tenant entre mes doigts mon amie la bouteille, concentré uniquement sur le fait de ne pas penser, de ne pas me souvenir. Le froid finit par me forcer à rentrer et je titube jusqu’au lit sur lequel je m’écroule et m’endors comme une masse.  

 

Je me réveille le lendemain matin dans la même position, attendant que tu arrives pour me tirer de là. Je tends l’oreille, guettant le bruit de tes pas agacés. Rien ne vient. Où es-tu, Kaori ? Je n’entends aucun bruit dans l’appartement… ni en dehors d’ailleurs. J’ouvre un œil en grognant alors que mon mal de crâne affirme sa présence. J’ai du mal à focaliser. J’entends juste la pluie qui bat sur la fenêtre… qui ne se situe pas au bon endroit. Je me redresse brusquement, me cognant la tête dans le montant du lit du dessus.  

 

- Putain de bordel de merde !  

 

Je me lève et me rends compte que je suis dans la cabane, pas à l’appartement. Je vois les deux bouteilles vides sur la table, ouvre le placard vide à part pour la cafetière en métal qui reste là en permanence.  

 

- Même pas de café dans cette putain de piaule. Ca vaut le coup de tenir un bar, Umi.  

 

Je tourne en rond un moment, me languissant des petits-déjeuners que tu me préparais. Quand je suis debout, j’adore te regarder faire. On discute, on plaisante, on se cherche… C’est plaisant, c’est… Agacé, je stoppe net mes pensées et ouvre la caisse, en sortant une nouvelle bouteille. J’en descends la moitié d’une traite et l’effet est presque immédiat. Mes pensées se brouillent alors j’avale quelques gorgées de plus et j’arrive à oublier… un peu. J’ai besoin de bouger. Je sors de la cabane tout en embarquant une bouteille. On ne sait jamais. Je m’enfonce dans la végétation et marche pendant des heures. Dès qu’un souvenir remonte à la surface, je prends une gorgée d’alcool.  

 

- Il faudra que j’en prenne une deuxième la prochaine fois., maugrée-je, la dernière goutte coulant dans ma gorge.  

 

Ca me demande beaucoup d’énergie de ne pas penser alors je porte mon regard sur les environs et me concentre pour voir le maximum de choses aussi insignifiantes soient-elles. Observer, me concentrer, ne pas penser… Ca me permet de tenir jusqu’au moment où je rentre à la cabane. Lâche, me dis-je en attrapant une nouvelle bouteille dans la caisse. Je sais. Je ne fais qu’éviter le problème, me voiler la face une nouvelle fois. Ca ne m’empêche malgré tout pas de dévisser le bouchon et de reprendre une gorgée. De toute façon, quand je les aurai toutes finies, je n’aurai plus le choix.  

 

Au fil des heures, des jours, les bouteilles vides remplacent les pleines dans la caisse et je finis par ouvrir la deuxième, puis la troisième. Dans quelques moments de lucidité, j’attrape des poissons pour me nourrir, je nage jusqu’à épuisement, je taille des piques juste pour me concentrer sur autre chose et ne pas penser. Je ne veux pas penser parce que penser, c’est souffrir, culpabiliser, m’inquiéter. La colère est passée, au moins celle que je ressentais contre toi. J’en veux toujours au destin de ce qu’il nous fait mais je ne suis plus fâché contre toi parce que tu n’as jamais cherché à me tromper.  

 

- Tu ne pourras plus reculer après celle-là.  

 

Ce sont mes paroles lorsque je sors la dernière bouteille de la troisième caisse. Ca fait huit jours que je suis là maintenant. Huit jours à boire et oublier, huit jours à fuir la réalité, à noyer le poisson dans l’alcool… on peut le dire de tant de façons… Je dévisse le bouchon et embarque la bouteille en me rendant au bord du lac.  

 

Un vent froid m’accueille, venant par bourrasques. Repas arrosé ce soir mais avant, il va falloir que je mouille la chemise. Les poissons deviennent plus difficiles à pécher avec les températures qui ont baissé. Ca me prend deux heures pour en attraper deux. Je les regarde griller au dessus du feu rougeoyant, séchant mes vêtements en même temps. La chaleur vient jusqu’à moi, douce le plus souvent, insupportable par moments. Je ne sais pourquoi ça me fait penser à toi. J’aime quand tu m’entoures et me fais me sentir bien mais je déteste quand tu me pousses hors de mes limites même si finalement, je n’en suis jamais mort. Je ne me laisse pas envahir et j’avale une gorgée d’alcool puis une deuxième pour assurer le coup.  

 

Dès que le poisson est cuit, je mange de bon appétit, m’abreuvant de whisky entre deux bouchées. Ma gorge semble insensibilisée à la brûlure de l’alcool fort et c’est un peu déconcertant mais, si cette douleur familière n’est pas là pour me servir de dérivatif, l’effet est là malgré tout. C’est ma dernière soirée ivre en ces lieux. Après… Après, soit je rentre et reprends ce que j’avais commencé, c’est-à-dire foutre en l’air notre vie, soit je reste ici un peu plus longtemps et je fais ce que j’ai à faire, essayer de recoller les morceaux ou imaginer un autre puzzle que celui prévu. Mais, ça, ça sera après.  

 

Le repas fini, la bouteille à moitié entamée, je m’allonge dans l’herbe, profitant de la chaleur du feu. Le ciel est dégagé par endroits et je peux voir les étoiles briller. Je m’abîme en contemplation, calquant mon esprit sur le noir en toile de fond. Le noir, c’est la couleur idéale pour ne pas remarquer les nuances, c’est la couleur unie par excellence à mon avis. Le blanc est trop influençable, même la lumière peut lui donner différents reflets, pas le noir. Le blanc se teinte des autres couleurs, pas le noir. Je veux être le noir, uni, sans nuance, neutre, non influençable. Pour le moment, je me sens gris foncé et ça ne me suffit pas. J’avale une nouvelle gorgée. Je veux être noir.  

 

Je ne sais pas combien de temps je reste là mais je finis par bouger alors que le feu s’éteint et que le vent monte. Les nuages arrivent et couvrent les étoiles et la toile que je contemple. J’éteins le feu rapidement et retourne à la cabane, m’asseyant sur les marches du seuil. Je finis de siroter le whisky restant dans la bouteille, le regard rivé sur les arbres plongés dans l’obscurité. Je ne les vois pas mais je les sais là. La dernière goutte évaporée, je rentre, jette la bouteille avec les autres et m’allonge sur le lit, me laissant prendre par Morphée dans un sommeil sans rêve.  

 

Le lendemain me trouve éveillé, le regard perdu dans les nuages qui défilent bas dans le ciel. Je me sens groggy par le froid qui m’entoure et me force à me lever, frottant mon menton. Je sens alors ma barbe qui a poussé et, en mettant ma main devant ma bouche, mon haleine de chacal à m’être négligé pendant aussi longtemps. Heureusement que je me baignais régulièrement sinon ça puerait le fauve ici aussi, quoique mes vêtements ne sentent pas la rose. J’avise les trois caisses pleines de bouteilles vides et j’ai honte. Je sais que, s’il y en avait eu une quatrième, elle y serait passée aussi parce que c’était ce que je voulais, oublier, retrouver celui que j’étais. Maintenant que je n’ai plus cela, je n’ai plus vraiment le choix. Il va me falloir affronter la réalité ou fuir en pleine conscience sans femme ni alcool pour me voiler la face, au moins le temps de retrouver Shinjuku.  

 

Je décide de commencer par quelque chose de basique mais efficace. J’attrape le savon et vais jusqu’au lac. Je me dévêtis et, à genoux dans le froid hivernal qui s’est invité, je me mets à frotter mes vêtements avec force et détermination. Quand j’en ai fini, je loue le créateur de la machine à laver et je maudis l’hiver qui fout la chair de poule. Je rince le tout rapidement avant d’aller le pendre aux branches d’un arbre pour que ça égoutte. Pendant ce temps, c’est moi qui rentre dans l’eau et me savonne avant de plonger sous l’eau pour me rincer. Malgré le froid, je prends mon temps comme si ce passage était un acte de pénitence, un mal nécessaire pour laver tout le mal que j’ai fait.  

 

- Je te maudis, Ryo., entends-je en remontant à la surface.  

 

Je tourne la tête dans tous les sens, te cherchant avant de réaliser que ça ne peut-être qu’un souvenir et, regardant la rive, ça revient à la surface. Je t’ai emmenée ici il y a quelques mois pour parfaire ton entraînement. Pendant une semaine, je t’ai fait faire un stage de survie version intensive et, malgré le manque de confort, tu as voulu rester quelques jours de plus. Je me revois allongé sur la rive, nu, alors que tu te lavais le premier jour après la fin de l’entraînement. Tu étais frigorifiée et je te voyais frissonner.  

 

Tu es sortie de là en courant et mes yeux se sont fixés sur tes seins qui pointaient fièrement. Moi, c’est un autre membre qui s’est mis à pointer et je ne pouvais pas me cacher, je ne le voulais même pas. Je t’ai offert mes bras pour te réchauffer, n’en attendant pas plus. Malgré tout, j’ai été surpris quand tu as fait le premier geste, me prenant en main et me caressant. Je ne pensais pas que tu voudrais faire l’amour dans la nature au risque d’être surprise et, pourtant, tu as lancé l’offensive et ça n’a pas été la seule… pour mon plus grand plaisir.  

 

Je soupire en regagnant la rive. Tout cela n’arrivera plus. Même si je change d’avis et que je reviens, comment oser me présenter devant toi après mon comportement indigne et ce que j’ai failli faire, ce que j’aurais fait si Umi n’était pas intervenu ? Tu mérites quelqu’un de stable et de fiable. J’ai fui. Je t’ai abandonnée. Je reprends mes vêtements au passage et regagne la cabane alors que le vent se lève. Je me mets face au miroir face au lavabo, miroir que j’ai évité de regarder depuis que je suis arrivé et je fais face au minable qui a pris ma place depuis quelques jours.  

 

Ce type-là, ce n’est pas l’homme que tu aimes. Ce type-là, ce n’est pas l’homme qui a décidé de profiter de chaque moment qu’il pouvait désormais avoir avec toi, de construire sa vie avec toi parce que c’était nettement plus agréable que tout ce qu’il avait vécu jusque là, parce que ça allait de soi et qu’il avait décidé de te croire, de croire qu’il était devenu suffisamment bien pour toi, que ça pouvait être beau.  

 

J’ai honte, Kaori. J’ai fui. Je t’ai abandonnée depuis des jours et, si j’ai mal de ne pas être avec toi, je ne sais pas si ce n’est pas la meilleure chose à faire pour toi. Pourtant, je t’ai fait une promesse. Je t’ai dit que je serai là jusqu’au bout mais j’avais présumé de mes forces. Je ne m’attendais pas à ce retournement-là. Tu es enceinte et j’ai ton sort et le sort de ton bébé entre mes mains. Seulement on n’a jamais parlé de ce qui arriverait si ça arrivait. Je me suis dit qu’après tout ce qu’on avait vécu, le destin cesserait de nous chercher des noises mais je me suis trompé. Je sens la colère monter en moi et je me retiens de justesse de frapper dans le miroir.  

 

J’ai besoin de trouver un exutoire. Je regarde dehors et m’aperçois qu’il pleut averse. Mes vêtements sont toujours mouillés. Il est hors de question que je sorte. Je n’ai pas le choix. Je me mets à faire des pompes pendant un très long moment avant de trouver de quoi m’agripper et faire des tractions et de continuer par des abdominaux. Je sens mes muscles chauffer puis brûler, la sueur couler le long de ma colonne vertébrale, de mon front. Je continue ainsi jusqu’à ce que la colère ne soit qu’un lointain souvenir. Je finis au sol, le souffle court alors que j’ai poussé mon corps très proche de ses limites.  

 

Le regard fixé sur les planches de bois du plafond, je repense à tout ce qu’on a vécu depuis qu’on se connaît. Beaucoup de choses entre nous ont été instinctives : la confiance qu’on s’est portés, notre manière de fonctionner, l’affection grandissante, une certaine forme de respect… Pour d’autres, ça a été un long et éprouvant apprentissage et le plus dur, ça a été de te laisser prendre ta place dans mon cœur. Ca a pris des années, des années à te laisser approcher un peu plus, à baisser la garde lentement, à me laisser réchauffer par ce sentiment que je ne connaissais pas et que j’ai dû apprivoiser.  

 

 

Je ne veux pas perdre tout ça mais puis-je accepter de passer de deux à trois ? Ou alors dois-je me montrer égoïste et privilégier notre couple sur ce bébé ? Peut-être que ce serait vraiment une raison de santé que de t’avorter… Peut-être que tu pourrais revenir plus vite… Peut-être que ce serait la bonne solution que d’imposer cette solution pour nous éviter tout un tas de complications… Tu comprendrais peut-être les raisons qui auraient poussé ce choix. Peut-être que tu accepterais et réussirais à vivre avec cette blessure en toi… Je ferme les yeux, essayant de ne pas voir ton visage triste. Je ne sais pas ce qui est bien, Kaori. Je ne sais pas quoi faire.  

 

La journée défile à la lenteur d’un escargot et les pensées vont et viennent telles les vagues qui se fracassent sur le rivage. Moi, je tourne en rond, incapable de prendre la moindre décision. Revenir en coup de vent et te dire adieu ou revenir et te demander de me pardonner. Décider de décider ou de déléguer la responsabilité à un autre. Garder ce bébé ou te faire avorter. Vivre seul, à deux ou à trois. Je ne sais pas. Je n’arrive à solutionner aucune de ces questions bien que je passe la nuit à les tourner et retourner dans ma tête. C’est insoluble.  

 

Le petit matin arrive teinté de gris. Le vent souffle, la pluie tombe encore et je reste appuyé à la fenêtre, contemplant sans vraiment le voir le paysage. Je me sens nostalgique. Mon cœur semble battre douloureusement et j’ai mal… de toi.  

 

- A quoi tu penses ?  

 

J’entends ta voix et ce n’est pas un souvenir, je le sais. J’ai l’impression de te sentir m’entourer et ça me réchauffe.  

 

- Tu me manques.  

- Alors reviens. Tu attends quoi ?  

- Je ne suis pas celui que tu pensais, Kaori. Je… Je ne suis pas à la hauteur.  

- Si tu ne tiens pas ta promesse, ce sera le cas.  

- C’est ce qu’il y a peut-être de mieux pour toi.  

- Tu vas encore une fois décider à ma place pour cette question-là ?  

 

J’ai l’impression de voir ton reflet dans la vitre. C’est faux, irréel, je le sais, mais je t’imagine très bien les sourcils froncés sur un regard flamboyant.  

 

- Il y a d’autres décisions plus importantes, Ryo. Moi, je veux rester avec toi. J’ai besoin de toi.  

- Moi aussi.  

 

Ma voix n’est qu’un murmure. Je sais que j’ai fantasmé toute cette conversation, que tu n’es pas vraiment là mais elle semble si réelle...  

 

- Alors reviens.  

 

Deux mots qui résonnent dans ma tête pendant un long moment. Curieusement, ils revêtent beaucoup plus que mon simple retour sur Tokyo. J’attrape le couteau laissé par Umi, me plante devant le lavabo et je fais mousser le savon dont j’enduis ma barbe avec l’eau de la citerne qui alimente le robinet. M’observant dans le miroir, je fais glisser la lame habilement sur mes joues, mon cou comme j’ai appris à le faire sur les champs de guerre dès que j’ai été en âge de me raser. En dix minutes, j’ai repris une apparence normale. Je nettoie l’endroit très rapidement et sors de là, laissant les bouteilles vides. Je les débarrasserai à un autre moment.  

 

Sans un regard en arrière, je descends le chemin qui mène à la route. Je fouille rapidement mes poches. J’ai mon portefeuille avec un peu d’argent, une bonne poignée de préservatifs qui ne me seront pas d’une grande utilité, mon téléphone mobile qui ne capte pas dans ce coin et deux-trois bricoles… Ca va me prendre trois jours pour regagner Tokyo à pieds mais je peux le faire.  

 

Soudain, je m’arrête et éclate de rire. Accroché à un arbre, bien en hauteur, je vois un sac à dos et je sais qu’il m’attend. Je grimpe prestement et le décroche, trouvant une nouvelle note dans la poche avant.  

 

- Il était temps. Evite de te faire écraser sur la route., lis-je à nouveau.  

 

Sacré Umi… J’ouvre rapidement la fermeture et découvre le contenu. Quelques bouteilles d’eau, des biscuits et fruits secs. C’est frugal mais ce sera mieux que rien. Il est fort peu probable que je trouve de quoi manger sur le chemin du retour. Sac à dos sur l’épaule, je me mets en marche. J’essaie de ne pas trop penser au départ mais ça monte tout seul.  

 

Je repense à notre « conversation ». Reviens, m’as-tu dit. Je suis sur le retour, Kaori, physiquement. Je rentre sur Tokyo, j’ai repris mon allure normale mais je ne sais pas si je suis prêt à redevenir celui que tu voyais en moi. Cet homme existe-t-il encore ? A-t-il même existé ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J’avais envie d’y croire mais, après ce que j’ai fait, mes doutes sont plus que légitimes, non ? J’ai baissé les bras. Comment pourras-tu me pardonner de t’avoir abandonnée alors que tu as besoin de moi, que tu tiens ta part du marché en te battant encore et toujours ? Je ne sais pas si je pourrais me pardonner moi-même.  

 

Je suis en colère contre moi, si fâché, tu n’imagines même pas. J’ai été soumis à la tentation et j’avais résisté mais, cette fois-ci, je t’ai délibérément tourné le dos. J’étais prêt à te tromper dans une de ces nuits de débauche avec non pas une mais deux femmes qui me promettaient des choses dont tu rougirais très certainement, des choses qui m’excitent mais qui ne me satisferont jamais autant que ce qu’on partage. Je mériterais une de tes massues.  

 

Je marche sans relâche toute la journée malgré le vent et le froid, malgré les voitures qui passent un peu trop près et m’éclaboussent. Le soir arrive et soudain, un véhicule s’arrête à ma hauteur.  

 

- Je vous avance ?  

 

C’est une jolie jeune femme comme je les aime, un visage fin et délicat, des lèvres pulpeuses légèrement ourlées en un fin sourire appréciateur, visiblement de longues jambes et un corps souple… comme je les aime.  

 

- Non merci, Mademoiselle. Et un conseil, ne prenez jamais un auto-stoppeur au risque de vous mettre en danger., lui dis-je simplement.  

 

Sans plus un mot, je reprends ma marche et, peu après, elle se remet à mon niveau, la vitre baissée.  

 

- Vous êtes sûr ?  

- Oui. Filez et ne vous arrêtez plus.  

 

Je fixe le regard droit devant moi et avance. Je pense que mon téléphone capterait arrivé ici mais je ne le sors pas. Umi avait raison : ça me fait des pattes de faire ce chemin à pieds mais ça fait du bien aussi. Je décide enfin de faire une pause et m’assois sous un lampadaire pour avaler quelques biscuits et fruits secs avant de somnoler un peu, histoire de reprendre des forces. Une heure après, je suis déjà reparti. Trois jours, c’est le temps qu’il me faut pour retrouver mon appartement, assez de temps pour trouver quelques réponses à la plupart de mes questions.  

 

Avant de penser à prendre la panda pour aller te retrouver, je file sous la douche, me rase, me change et je repars. Je ne me demande même pas si tu es réveillée. Si tu l’étais, je suis sûr qu’Umi serait venu me chercher sans tarder. Il est onze heures quand j’arrive à la clinique et je croise Mick qui sort de ta chambre. Quand il me voit là, son regard vire au bleu glacial.  

 

- Franchement, j’ai très envie de te foutre mon poing dans la gueule, Ryo. Partir aussi longtemps… Je ne comprends pas., me fait-il savoir.  

- Moi non plus… mais je suis là maintenant et je ne compte plus m’éloigner.  

- Si t’avais des soucis, tu aurais pu venir nous parler plutôt que de disparaître ainsi. On ne savait même pas quoi lui dire., réplique-t-il, furieux.  

 

Ca m’apprend que mon ami n’a probablement pas expliqué ce qu’il a vu ni fait aux autres. Je lui dois certainement une fière chandelle.  

 

- C’est à moi de le faire, pas à vous. Je suis désolé, Mick., lui dis-je, sincère.  

- Ouais… mais ça me reste quand même en travers de la gorge. Déconne plus ainsi., m’ordonne-t-il, s’en allant sans un au-revoir.  

 

J’avance vers ta chambre et, tout en sachant que je n’aurai pas à affronter ton regard, je me sens malgré tout nerveux. Je prends une profonde inspiration avant de rentrer et d’approcher de toi. Je t’observe longuement avant de saisir ta main tout en m’asseyant à tes côtés.  

 

- Je suis là, Kaori. Je suis de retour et je ne te quitte plus.  

 

Je pose les lèvres sur tes doigts, sentant une émotion intense me prendre et les larmes piquer mes yeux. Je me sens moche, humble et coupable de tellement de choses mais une seule compte pour le moment.  

 

- Pardonne-moi de t’avoir laissée. Je t’en supplie, pardonne-moi, Kaori. 

 


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