Hojo Fan City

 

 

 

Data File

Rated G - Prose

 

Auteur: Mercury80

Status: Complète

Série: City Hunter

 

Total: 55 chapitres

Publiée: 11-04-21

Mise à jour: 24-08-21

 

Commentaires: 36 reviews

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DrameRomance

 

Résumé: "Je survivrai par n'importe quel moyen pour celle que j'aime." Survivras-tu pour moi ?

 

Disclaimer: Les personnages de "Toi et moi sans toi" sont la propriété exclusive de Tsukasa Hojo.

 

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   Fanfiction :: Toi et moi sans toi

 

Chapitre 5 :: Chapitre 5

Publiée: 09-05-21 - Mise à jour: 09-05-21

Commentaires: Bonjour, voici la suite de l'histoire. Bonne lecture et merci pour vos commentaires^^

 


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Chapitre 5  

 

- Monsieur Saeba, il est l’heure. Vous devez vraiment vous en aller.  

 

Je lève les yeux vers l’infirmière qui s’est présentée à moi ce matin et dont je ne me souviens même pas du nom avant de tourner le regard vers toi. Ma tête a compris la consigne : il faut que je te laisse jusque demain matin dix heures, tu as besoin de repos, moi aussi mais mon corps refuse de bouger. Pourtant, il le faut. Je ne sais où je trouve la force ni d’où vient le message qui guide mes mouvements et je finis par me redresser, prenant appui sur les accoudoirs de la chaise. A part les vingt minutes où je me suis fait éjecter de la chambre ce matin à la fin du service de l’infirmière Yoshi, où elle m’a forcé à la suivre jusqu’au rez de chaussée pour prendre au moins un café et un biscuit à avaler, je n’ai pas bougé de là. Mes membres ankylosés hurlent mon manque de mouvements mais je m’en fous. Mon cœur hurle de devoir te laisser pour les quinze prochaines heures.  

 

- Je m’en vais. Donnez-moi juste une minute, s’il vous plaît., demandé-je à la jeune femme.  

 

Elle acquiesce et s’en va et je me retrouve seul avec toi, te faisant face. Doucement, précautionneusement, je me penche sur toi et pose les lèvres sur ta joue à un tout petit endroit qui n’est ni marqué par un hématome, ni porteur de coupure. Ta peau reste douce et tiède, ma Kaori, et c’est un tout petit peu de réconfort pour moi. Les traces de sang qu’elle portait ont été effacées par l’infirmière Yoshi ce matin avec beaucoup de douceur et, si la vue reste douloureuse, elle est un peu plus agréable malgré tout.  

 

- N’oublie pas ta mission, Sugar. S’il te prend l’idée saugrenue d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, je serais capable de t’y rejoindre pour te botter les fesses., plaisanté-je.  

 

Je me demande néanmoins un bref instant où s’arrête la plaisanterie et où pourrait commencer la réalité ou le contraire peut-être : sans les cinq derniers mots, ça n’a rien de drôle, ce pourrait même être la vérité. Je sais à quel point je t’aime mais je ne sais pas à quel point je suis fort pour résister à ton absence. Mon visage descend et mes lèvres se collent à ton oreille. Mon nez frotte contre le bandage qui entoure ton crâne, ravivant un peu la sensation de tes cheveux me le chatouillant quand je te serre dans mes bras. Il ne manque que l’odeur de ton shampooing pour donner l’illusion. Je ferme les yeux, luttant contre l’angoisse : ça ne peut pas être la dernière fois que je vis cela. Je dois te faire confiance et me dire que, demain matin, je te retrouverai là où je t’ai laissée.  

 

- Je t’aime, Kaori. J’aurais dû te le dire depuis un an. N’oublie pas que je t’ai confié une mission., te rappelé-je avant de poser les lèvres sur ta tempe, sentant les fils agacer mes lèvres.  

 

Est-ce la dernière fois ? Je chasse à nouveau cette pensée inopportune qui trahit beaucoup trop la peur que j’ai de te perdre. Ce sera la première fois que nous ne dormirons pas ensemble depuis le début de notre histoire, certainement pas la dernière mais je m’accroche au fait que ce sera temporaire. Nous dormirons à nouveau ensemble même si ça doit prendre des jours, des semaines ou des mois. Je m’accroche à cela et j’arrive à m’éloigner malgré mon estomac qui se noue à l’idée de te laisser cette nuit.  

 

- Vous avez bien mon numéro de téléphone ?, demandé-je à l’infirmière juste avant de quitter le service.  

 

Je vois son regard errer sur mon corps avec une certaine appréciation, ce qui m’aurait certainement fait partir dans des délires rocambolesques il y a plus d’un an. C’est vrai que, sans la blouse, la charlotte et les sur-chaussures je dois être plus à mon avantage mais je n’en ai cure.  

 

- Vous l’avez ?, me répété-je, m’impatientant de son examen un peu trop méticuleux.  

- Euh… oui, pardon. Oui, nous avons bien votre numéro., me confirme-t-elle avec un sourire.  

- Vous m’appelez à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je veux savoir tout ce qu’il se passe.  

- Ce sera fait, ne vous inquiétez pas., m’assure-t-elle.  

- Merci. Bonne soirée, à demain., la salué-je.  

 

Je jette un dernier coup d’œil vers ta chambre aux parois vitrées, une dernière pensée pour que tu tiennes jusque demain, le temps que je revienne près de toi et te redonne la force de tenir encore jusqu’au lendemain, jusqu’à ce que les forces te reviennent et que je puisse de nouveau croiser ton regard noisette et je me force à sortir de là. Je sens soudain l’air frais frapper mon visage et me rends compte que je suis dehors, déjà. Je ne me souviens même pas si j’ai pris les escaliers ou l’ascenseur. Je sors mon paquet de cigarette, vais pour en sortir une mais finalement le range et, les mains dans les poches, je pars de là.  

 

J’erre pendant un long moment dans les rues de Shinjuku sans réel but. Je n’ai aucune envie de rentrer chez nous pour trouver un appartement vide. Je ne suis pas sûr d’avoir la force d’y faire face, pas encore. Je sais que je rentrerai à un moment ou à un autre parce que j’ai une mission à accomplir, que je dois te rapporter des petites choses qui te raccrocheront à la vie, des papiers à fournir à l’hôpital en espérant que tout n’était pas dans ton sac à main… Ton sac, tes papiers… Est-ce que tout a été détruit ? La voiture n’a pas explosé, il est donc possible que tout soit encore là mais où ? Dans quel état ? Entre quelles mains ?  

 

Ici…  

 

C’est ici que tout a basculé hier soir, me dis-je en observant le carrefour. J’essaie de reconstituer la scène qui reste floue pour moi encore aujourd’hui. Tout s’est passé si vite… Je vois les traces de pneus du camion très larges présentes sur une certaine distance jusqu’au point d’impact d’où partent les rayures dans le macadam qui cessent un peu plus loin de nouveau à l’intersection où la voiture arrivait de la quatrième voie. Je me tourne vers l’autre côté de la rue et je vois là où la mini s’est encastrée dans le poteau. Il n’y a plus de voiture, plus de poteau… seules restent les traces sur la voirie.  

 

Je traverse et mes yeux fixent l’endroit où les ambulanciers se sont occupés de toi. Il reste aussi une légère trace de ton sang qui s’est imprimée dans le bitume du trottoir. Il ne suffira que de quelques averses pour achever le travail de nettoyage et, je ne sais pas pourquoi, cette idée me rend fou. Parce que les traces de ce qui s’est passé ici seront plus vite effacées que tu ne te rétabliras ? Parce que ce fait est sûr et pas ta guérison ? Parce que j’ai peur d’oublier moi-même ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je ne peux pas rester là et je m’en vais.  

 

- Ryo ! Ryo-chou !, entends-je, passant devant l’arche du Kabuki.  

 

Je m’arrête et vois deux demoiselles très courtement habillées approcher de moi. Aller oublier en me saoulant et faisant la fête serait une possibilité… Une possibilité certes mais je n’en ai aucune envie. Malgré tout, je dois garder la face et ne pas trahir mes émotions. Tout se sait très vite ici, trop vite même alors j’esquisse un sourire aguicheur comme à mon habitude et les saisis par la taille.  

 

- Tu viens avec nous passer la soirée. Tu nous manques, Ryo-chou…, minaude l’une d’elles.  

- C’est vrai, on ne t’a pas vu depuis une semaine…, renchérit l’autre, boudeuse.  

- C’est que je n’ai pas que vous deux à satisfaire, les filles. Il y a toutes vos acolytes. Ca fait beaucoup, même pour l’Etalon de Shinjuku., réponds-je, me faisant jovial alors que le cœur n’y est pas.  

- Alors viens. Ce soir, tu es à nous., insiste la première, me prenant par le bras.  

- Non, pas ce soir. J’ai une affaire à traiter., lui dis-je, me dégageant.  

- Soyez sages, les filles. Enfin, pas trop non plus.  

 

Je m’éloigne du Kabuki, le cœur encore un peu plus lourd. Je réalise que, contrairement à mon souhait le plus cher, je ne vais pas pouvoir agir exactement à ma guise. Je voudrais être à tes côtés de dix heures du matin à dix-neuf le soir, sept jours sur sept, mais je vais devoir composer et me montrer discret. J’avais une routine que j’avais légèrement ajustée depuis qu’on était ensemble mais cela n’avait posé aucune question. Mes allées et venues n’avaient pas été modifiées : l’immeuble, le Cat’s, la clinique de temps à autre, les rues de Shinjuku.  

 

Là, ça va être plus compliqué : si on s’aperçoit que je passe mon temps à l’hôpital, ça posera question. Les fouineurs vont se mettre à roder et tu risques d’être en danger sans même pouvoir te défendre. Je ne pourrai même pas te mettre un émetteur… Non, il va falloir que je la joue finement pour continuer à me montrer présent dans les rues de Shinjuku à différents moments de la journée tout en assurant au maximum à l’hôpital. Je sais que tu comprendras, que c’est ce que tu m’encouragerais à faire mais ça ne me remonte pas le moral pour autant. J’ai encore une fois l’impression que le reste du monde passe avant toi et ce n’est pas juste.  

 

Soudain, je m’arrête et lève les yeux. Je ne suis même pas surpris de l’endroit où je suis arrivé. Devant moi, se dresse la grille du cimetière. Imperceptiblement, je lâche un soupir : soulagement ou appréhension ? Un peu des deux peut-être, ce qui est idiot parce que mon ami ne va pas revenir d’entre les morts pour m’engueuler d’avoir failli à ma promesse. C’était un accident, un bête, stupide, imprévisible accident de la route. Nous n’avons pas été visés en tant que City Hunter, nous n’avons été que les victimes d’un aléa de la vie comme Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Moi qui ai eu tendance à aspirer à une vie normale dernièrement, ce n’est pas cette partie-là que j’ai espérée mais peut-être est-ce la façon que le destin a de me rappeler que je n’ai pas le droit à cela.  

 

- Tu le crois, Maki ?, demandé-je à mon ami, faisant face à la stèle de granit dans laquelle il repose.  

 

Mes yeux se posent sur l’éraflure présente, celle à laquelle je dois la vie. Tu m’as protégé ce jour-là, Maki. J’espère qu’aujourd’hui, c’est sur Kaori que tu veilles. Tu me l’as confiée et, si j’ai un peu tardé à assurer son bonheur, c’est le cas maintenant alors ne me la reprends pas. J’ai besoin d’elle et j’ai encore tant de choses que je veux vivre avec elle.  

 

- Laisse-la moi, Hide. Protège-la, veille sur elle, fais ce que tu as toujours fait mais ne la reprends pas., imploré-je mon ami.  

 

Tu es son frère et tu as certainement plus de droits que moi mais j’ai besoin d’elle. C’est égoïste de ma part peut-être mais elle est celle qui me préserve de moi-même, celle qui a retiré les chaînes qui entouraient mon cœur pour les mettre autour des ailes de l’ange tant redouté. Je ne veux plus revoir cet homme-là. Il me fait honte, une honte assortie d’une culpabilité qui m’a longtemps empêché de réellement vivre et il a fallu toute la chaleur et la lumière de ta sœur pour réussir à me faire relever la tête intérieurement et accepter que j’avais moi aussi le droit de vivre… et d’aimer celle qui m’aimait. Ca n’efface pas ce que j’ai fait, ça ne nous donnera jamais le droit d’avoir une vie normale mais ça nous permet de goûter à des moments heureux.  

 

- Je te promets que je ferai tout ce qu’il faut pour elle. C’est ma femme, Hide, ma femme et, si je n’aurais pas dû l’occulter jusque là, je ne l’oublierai plus désormais. Laisse-la moi. Laisse-moi encore du temps pour l’aimer., le supplié-je.  

 

Je sens mes jambes trembler et je me demande quand elles vont céder et me mettre à genoux. Je me souviens être déjà venu ici quand tu as été enlevée. C’était un moment particulier pour moi et j’étais venu ici pour lui rappeler ce qu’il avait à faire comme je savais ce que j’avais à faire. Aujourd’hui, je suis de nouveau là à implorer l’aide de mon ami, du frère de celle que j’aime pour qu’il continue de la protéger et me laisse continuer à tenir ma promesse.  

 

- Ryo…  

 

Je me retourne et fais face à Saeko et son regard améthyste. C’est comme un électrochoc et je me reprends un peu. Je la vois approcher et s’arrêter à mes côtés, son regard se voilant légèrement quand elle pose les yeux sur le granit.  

 

- Quand j’ai vu que tu n’étais ni chez toi ni au Cat’s, je me suis dit que tu serais là., m’indique-t-elle.  

- J’aurais pu être à l’hôpital., lui fais-je remarquer, mon cœur approuvant douloureusement cette assertion.  

- A vingt heures passées ? Les heures de visite sont largement dépassées., me retourne-t-elle.  

- Quoique je ne doute pas que tu serais capable de te glisser dans sa chambre sans être vu., ajoute-t-elle.  

- J’ai des choses à récupérer à l’appartement pour elle et il faut bien que je me change de temps à autre., lui réponds-je, taisant le « ne me tente pas » que j’avais sur le bout de la langue.  

- Et que tu dormes aussi, Ryo. Si tu veux être là pour elle, il faut que tu fasses attention à toi aussi., me dit-elle.  

- Elle est plus importante…, murmuré-je avant de ricaner cyniquement.  

- Et pourtant elle devra passer après tout le reste si je veux la protéger., ajouté-je, glissant mes poings serrés d’amertume dans mes poches.  

 

Je sens sa main entourer mon bras et son corps se presser contre le mien. Elle et moi savons qu’il n’y a rien de plus que de l’amitié dans ce geste. Elle sait comme moi ce que j’ai à faire. Elle sait que le monde n’arrêtera pas de tourner parce que tu es inconsciente sur un lit d’hôpital entre la vie et la mort. Elle sait aussi que, si quelqu’un de malveillant l’apprenait, il pourrait être tenté de précipiter ton passage dans l’autre monde. Elle le sait et m’épargne une réponse qui ne servirait à rien.  

 

- J’ai des affaires à vous dans la voiture. Tu viens avec moi ?, me propose-t-elle.  

- On te les a confiées ?  

 

Je suis étonné. Je ne savais comment je pourrais les récupérer mais elle m’a devancé.  

 

- Prérogative d’ancienne collègue. Je leur ai dit que je savais où trouver la famille de la petite sœur de mon ancien collègue. Ca ne grille en rien nos relations., m’explique-t-elle.  

- En revanche, pour ta mini, il n’y aura rien à faire. Ce n’est plus qu’un amas de ferraille informe., m’apprend-elle.  

 

J’ai un petit pincement au coeur pour celle qui m’a accompagné pendant tant d’années mais je m’en remettrai même si elle véhiculait beaucoup de souvenirs pour nous deux.  

 

- J’ai la panda. C’est un peu moins classe mais elle fera l’affaire en attendant., tenté-je de plaisanter.  

- Un petit tour en Porsche te remontera peut-être le moral., me dit-elle avec un léger sourire, entrant dans mon jeu.  

 

Arrivés à la voiture, nous échangeons un long regard et je n’ai même pas à répondre. Il n’y a qu’une chose qui me remonterait le moral et, si je garde espoir, je n’ai aucune illusion sur le fait que ça arrivera aujourd’hui ni même demain. Tu as besoin de temps.  

 

- Voilà ce qu’on a récupéré., m’apprend-elle.  

 

Elle ouvre le coffre et les sacs plastiques qu’il contient pour me montrer des vêtements plus ou moins sales ou abîmés.  

 

- Tiens, c’est son sac à main. Une chance qu’elle n’avait pas son arme avec elle., pipe-t-elle.  

- Je lui avais dit que ce n’était pas la peine, qu’on serait en sécurité là où on allait., expliqué-je.  

- Au moins une chose sur laquelle je ne me suis pas trompé., soupiré-je, passant une main sur mon visage.  

- Tu es surtout fatigué. Ils étaient tous au Cat’s. Tu veux y aller ou je te ramène à ton appartement ?, me demande-t-elle.  

 

Je contemple les deux options un instant : rentrer à l’appartement et me retrouver seul ou aller au café et répondre aux questions. Aucune ne me fait sauter de joie mais je ne peux laisser nos amis dans l’attente. Je me doute qu’ils ont trépigné d’impatience toute la journée, se demandant comment tu allais.  

 

- Allons au Cat’s., réponds-je.  

- Tu es sûr ? J’ai parfois des absences momentanées, tu sais., me dit-elle, me lançant un clin d’œil malicieux.  

 

Je lui souris, touché par sa prévenance. Elle me connaît presque aussi bien que toi. Avant, c’était peut-être ce que j’aurais fait, me terrer et tenter d’oublier mais pas aujourd’hui. Je ne suis plus seul. C’est quelque chose que j’ai compris au fil des ans à ton contact. Il y a toi et tous nos amis… même si l’un d’eux était l’un de mes vieux ennemis et qu’en tout, trois d’entre eux ont essayé de me tuer. Nos amis, notre famille, ils étaient là cette nuit pour nous soutenir, alors c’est à mon tour d’être là pour eux.  

 

- Le Cat’s. J’ai bien le temps de rentrer. Pas sûr que j’arrive à fermer l’oeil de la nuit de toute manière., lui avoué-je.  

- Il faudra bien, Ryo. Tu ne tiendras pas à ce rythme-là et Kaori a besoin de toi. On est là si tu as besoin d’aide, tu sais., me dit Saeko, grimpant en voiture.  

- Je sais.  

 

Mais j’ai besoin de réparer les dégâts que j’ai causés, pensé-je. J’imagine bien ton regard désapprobateur à cette pensée mais je ne peux me défaire de cette culpabilité. Nous faisons la route dans le silence et je note qu’elle prend un détour pour arriver au café, m’évitant de devoir passer devant l’hôpital où tu es. C’est peut-être mieux ainsi. Ca m’évite de lui demander de s’arrêter pour que je fasse le pied de grue dans le hall d’entrée toute la nuit jusque dix heures demain matin. J’ai vraiment besoin de passer à l’appartement pour toi et pour moi aussi. Je frotte mon menton où ma barbe commence à se faire sentir. Une douche ne me fera pas de mal non plus… à moins que je ne tente de te réveiller par mon odeur atroce, me dis-je légèrement ironique. Non, tu mérites mieux. On va d’abord essayer la méthode douce.  

 

- Nous y sommes. Quand tu le voudras, je te ramènerai chez toi., me fait-elle savoir.  

- Merci Saeko. J’apprécie.  

- Ce n’est qu’un juste retour., m’affirme-t-elle.  

 

Je m’arrête juste avant de rentrer dans le café. Je ne peux m’empêcher de repenser à vendredi où nous sommes venus avant de partir. Mon entrée était tout à fait différente de celle que je m’apprête à faire.  

 

Je me suis envolé dans les airs, mes habits volant dans tous les sens, la seule pièce restant étant mon caleçon à cœurs… comme d’habitude.  

 

J’ai fini mon vol plané sur ta massue… comme d’habitude.  

 

On s’est enguirlandés comme des chiffonniers… comme d’habitude.  

 

Tu as joué le jeu, moi aussi… comme d’habitude.  

 

Aujourd’hui, je fais mon entrée dans le Cat’s comme un homme normal mais tu n’es pas là pour le voir. Je suis sûr que tu aurais juste été heureuse d’avoir ce moment ensemble.  

 

- Salut tout le monde., fais-je, prenant place à mon siège habituel.  

 

Je note la place qui reste vide à mes côtés et ça fait mal. J’entends les bonsoir m’accueillir, ressens momentanément un certain malaise face à tous ces regards expectatifs et me cache en consultant mon téléphone. Ca me permet aussi de vérifier qu’il fonctionne toujours et que je n’ai pas loupé un appel de l’hôpital.  

 

- Tiens, je me suis dit que ça te serait utile. Il est chargé et rendu intraçable., me dit Mick, me tendant un nouveau portable.  

 

Je le regarde, un instant surpris qu’il ait pensé à cela aujourd’hui mais je m’attendais à quoi ? Mon regard balaye alors toute l’assemblée et je vois dans leurs yeux ce que j’ai vu dans les siens : ils sont tous là pour nous.  

 

- Merci., balbutié-je, prenant l’appareil et insérant la carte SIM dedans avant de le rallumer.  

- Kaori était dans un état stable quand je suis parti. La journée n’a pas été sans heurts mais elle s’accroche., leur apprends-je, me massant les tempes.  

- Elle a fait un nouvel arrêt ?, me demande Kazue, soucieuse.  

 

Je revois ton corps soulevé sous les électrochocs, le spectacle horrible de cette équipe qui se réunit autour de toi alors que je dois rester à l’écart, le son plat de ton cœur qui s’est arrêté, de la côte supplémentaire qu’on t’a cassée et ces regards attendant encore mon assentiment pour cesser cet acharnement. Ils peuvent toujours attendre et me considérer comme un monstre. Tant qu’il y aura une chance, je n’abandonnerai pas. Incapable de répondre malgré tout vocalement, je lève trois doigts puisque tu m’as fait le coup encore en pleine matinée et en début d’après-midi. Ne recommence pas cette nuit. Je ne serai pas là pour m’assurer qu’ils ne te laissent pas partir.  

 

- Elle a refait trois arrêts ? Et ils l’ont ranimée ?, murmure Miki.  

- Elle est forte, Miki., lui réponds-je.  

- Je sais mais… c’est tellement… horrible., réplique-t-elle.  

- Je ne te le fais pas dire… Le côté positif, c’est qu’ils n’ont pas dû la ramener en chirurgie en urgence. Si les dernières opérations pouvaient se faire de manière programmée, ce serait bien. Ca voudrait dire qu’elle a de meilleures chances., affirmé-je.  

- On peut la voir ?, demande Mick, soucieux.  

- Pas pour le moment. Elle est trop faible.  

 

Ce sont les consignes du médecin pour le moment. Je suppose que, s’il change d’avis avant que tu ailles mieux, ce sera mauvais signe.  

 

- De toute manière, il faudra faire attention dans nos déplacements quand nous pourrons tous y aller. Il est hors de question qu’on attire l’attention sur l’hôpital. Kaori y est trop vulnérable., leur fais-je remarquer.  

- Tu veux dire qu’on ne pourra pas du tout y aller ?, s’étonne Miki, désemparée.  

- Non, juste qu’il faudra rester discret… pour son bien., lui dis-je.  

 

Je vois la peine et la compréhension flasher dans leurs regards à tous. Ils voudraient être là pour toi, pour te soutenir et te donner cette envie de revenir mais ils savent aussi que le milieu ne laissera jamais passer une si belle occasion.  

 

- Le Professeur me charge de te dire qu’il voudrait que tu lui envoies une copie de son dossier si tu peux en prendre des photos, des traitements qui lui sont donnés, de tout ce qu’il se passe. Il veut garder un œil sur elle à sa manière., m’apprend Kazue.  

- Je le ferai. Si je le pouvais, je la lui confierais mais je suppose qu’il est hors de question de la déplacer actuellement., lui dis-je.  

- Effectivement et, même si nous sommes bien équipés à la clinique, nous n’avons pas tout ce qu’il faut pour gérer matériellement. Nous ne pourrions non plus jamais avoir plusieurs chirurgiens pour l’opérer en même temps si c’était nécessaire., m’informe-t-elle avec honnêteté.  

- Dis-lui que je le ferai et que je ne suis pas fâché., lui demandé-je.  

 

Je sors de ma poche intérieure mon paquet de cigarette et mon briquet et un papier tombe par terre. Mick le ramasse et me le tend.  

 

- Carte d’identité, d’assuré… drôles de prénoms…, me taquine-t-il.  

- Ce sont les papiers que je dois ramener à l’hôpital en plus d’autres petites choses. Il faut que je rentre. Je dois me lever tôt demain matin pour avoir le temps de faire le tour des rues avant d’aller à l’hôpital.  

 

Je me lève et remets le papier et mes cigarettes dans ma veste. Je m’aperçois que je n’ai pas touché au verre qu’Umi a posé devant moi à mon arrivée et le descend d’un trait. L’alcool brûle ma trachée et je sens tout son parcours jusqu’à mon estomac qui proteste alors que je n’ai rien avalé de solide depuis ce matin. Ca m’aidera peut-être malgré tout à supporter mon retour chez nous.  

 

- Je te raccompagne., me dit Saeko, déjà derrière moi.  

- Ryo, si tu as besoin d’aide pour passer un coup de balai, tu sais que tu peux compter sur nous., m’affirme Mick.  

 

Je le regarde puis mon vieil ami caché derrière ses lunettes noires avant d’acquiescer.  

 

- Je sais. Je sais que je peux compter sur chacun d’entre vous. Je vous le ferai savoir.  

 

Je les salue et suis Saeko qui me dépose au pied de l’immeuble.  

 

- Tu es sûr que tu ne veux pas que je reste ?, me propose-t-elle.  

- Tu as des regrets ?, la taquiné-je, tapotant la poche où je garde le petit carnet objet de nombreuses négociations.  

 

Je ne ressens aucune légèreté mais si ça peut lui cacher mon malaise à rentrer seul chez nous…  

 

- Idiot… Je voulais juste t’aider si tu t’y perdais dans les papiers., réplique-t-elle avec une petite moue désapprobatrice.  

- Je sais, Saeko. J’ai toujours fait attention à elle, à ses moindres gestes malgré les apparences. Ca ira. J’ai besoin d’être seul., lui dis-je, reconnaissant de son amitié.  

- Très bien. A plus tard alors., me salue-t-elle, repartant.  

 

Je me tourne vers l’immeuble, tout en entendant la voiture s’éloigner… avant de s’arrêter. Elle est juste au coin de la rue, veillant certainement le moment où j’ouvrirai les lumières pour savoir que tout va bien avant de repartir. Je n’ai pas le choix. Je rentre et monte les escaliers, essayant de ne pas penser à tous ces moments où je t’ai vue grimper ces marches comme un cabri. Ma main reste immobile sur la poignée un long moment avant que je ne la tourne et rentre chez nous, allumant la lumière. Tout est comme nous l’avons laissé avant de partir, propre, net, rangé. Tout est normal… sauf que tu n’es pas là. 

 


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